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140e année

Les espadrilles Payote débarquent à Toulouse

Commerce. Fondée en 2016, la marque Payote continue son expansion et envisage de créer son propre site de production en 2024.

Olivier Gelly, fondateur de la marque Payote.
Olivier Gelly, fondateur de la marque Payote. DR

Si les espadrilles, petites chaussures en toile, courent les rues depuis quelques années, la marque perpignanaise Payote, fondée en 2016 par Olivier Gelly, fait figure de référence sur ce marché en forte évolution, mais principalement estampillé « made in China » – sur 12 millions d’espadrilles vendues en France par an, 9 millions proviennent de l’empire du Milieu. Pour preuve, si l’entrepreneur occitan a vendu la première année près de 20 000 paires, il a atteint en 2020, 1,2 M€ de chiffre d’affaires, soit 200 % de croissance, notamment grâce à son site de vente en ligne. La pandémie n’aura ainsi pas freiné sa notoriété, bien au contraire. L’e-commerce est devenu monnaie courante et la Covid-19 a ramené le « made in France » sur le devant de la scène.
La marque, qui propose près de 400 modèles pour la saison estivale et hivernale, a ainsi ouvert fin 2020, une boutique nichée au cœur d’un temple de la consommation de Perpignan, laquelle représente désormais une part de 30 % de son activité. « Je tenais à garder le cap sur une fabrication française. Étant donné que j’ai commencé l’aventure avec de petits moyens, j’ai opté au début pour de la vente en ligne, mais en gardant à l’esprit l’idée d’ouvrir des boutiques. C’est en effet essentiel de conserver une proximité avec la clientèle et de remettre l’humain au cœur de notre activité. Notre première ouverture à Perpignan a démarré sur les chapeaux de roues puisque nous avons, pour l’heure, multiplié par quatre notre objectif de CA prévisionnel. Cette ouverture a également augmenté les ventes en ligne », sourit-il. 
La marque ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle s’apprête à ouvrir une deuxième boutique, cette fois, dans la Ville rose. Un projet rendu possible grâce aux 130 K€ de fonds levés dans le cadre de la plateforme d’investissement participatif Épargne Occitanie, lancée en avril par la Région et Wiseed. « Nous sommes heureux d’avoir atteint notre objectif. Dès la rentrée, nous partirons à la recherche de locaux pour une ouverture prévue en novembre. Nous avons déjà ouvert la première boutique en quelques semaines seulement ! ». Ce deuxième point de vente s’accompagnera d’une boutique ambulante en vue de sillonner les routes de France lors de festivals et de proposer des événements. Une étape clé avant de marcher vers la capitale – où Payote réalise déjà 40 % de ses ventes en ligne – et d’autres villes françaises d’ici 2025. « Nous souhaitons nous installer à Marseille, Nantes, Lyon, et Bordeaux.  »

« Nous cherchons actuellement un site de 8 000 m2 dans les Pyrénées-Orientales. L’objectif est d’augmenter notre capacité de production, tout en conservant notre collaboration avec notre partenaire. Nous visons une production globale de 800 000 paires par an. »

Site de 8 000 m2

En marge, la marque qui s’est dotée d’un atelier de 600 m2 en interne pour le prototypage voit plus grand afin d’honorer ses commandes qui proviennent également de pays étrangers, comme les États-Unis et le Japon. En effet, la marque n’a pas été en mesure de répondre à la demande du marché global soit 1,5 million de commandes puisque la fabrication, sous-traitée à l’atelier Megam à Mauléon ne peut pas dépasser 65 000 paires par an. « Nous cherchons actuellement un site de 8 000 m2 dans les Pyrénées-Orientales. L’objectif est d’augmenter notre capacité de production, tout en conservant notre collaboration avec notre partenaire. Nous visons une production globale de 800 000 paires par an. »
Le nouveau site de production qui verra le jour en 2024, a également vocation à devenir une vitrine afin de mettre en lumière un savoir-faire local. « Nous souhaitons ouvrir l’usine à la visite, avec la création d’un musée, d’une boutique et d’une salle de projection en vue de raconter l’histoire des espadrilles et de donner envie à de futurs talents de nous rejoindre. Nous espérons atteindre 50 000 visiteurs par an  », détaille Olivier Gelly. En effet, parmi la feuille de route de la marque, figure la création d’emplois locaux. À ce titre, plusieurs municipalités des Pyrénées-Orientales ont déjà fait des propositions de terrain pour accueillir ce projet d’envergure qui vise le recrutement de près de 250 personnes.  « Nous avons besoin de profils très différents et pour cela nous prévoyons aussi de former en interne. »
Si, aujourd’hui, la marque, qui signifie « chiffon » en catalan, surfe sur la vague du succès, il y a quatre ans, l’entrepreneur a essuyé quelques refus. « Adepte d’espadrilles, j’ai décidé un jour de customiser mes paires. La boutique pour laquelle je travaillais depuis 15 ans a remarqué mon travail créatif et m’a demandé d’imaginer des motifs pour les paires du magasin, ce qui a beaucoup plu. De fil en aiguille, j’ai décidé de lancer ma marque en me rapprochant de l’usine Megam. Cependant, les banques n’ont pas cru à mon projet, le marché étant déjà saturé. Face aux difficultés, j’ai persisté, vendu ma voiture et fini interdit bancaire pour acheter mon premier stock et lancer mon site de vente en ligne  », se souvient l’autodidacte. La suite lui donne raison, puisque, actuellement, près de 250 commandes affluent par jour sur la toile. Payote, qui s’est également distingué en 2019 lors de la première édition de "Fabriqué en France", a, cette année, conçu deux modèles pour l’Élysée. Une consécration pour l’entreprise, forte, pour l’heure, de 16 collaborateurs, qui vise 2,5 M€ de chiffre d’affaires en 2021.
Au-delà de ses projets de développement, la marque envisage de cultiver la notion d’écoresponsabilité. Si elle collabore depuis 2018 avec l’association Seaqual Initiative en Espagne, qui affrète des bateaux de pêche pour récupérer les plastiques dans les fonds marins et les transformer en fibre polyester, elle s’est également rapprochée de L’atelier de Pierre, un atelier d’insertion spécialisé dans la collecte qui revalorise la matière. « La toile sert d’isolation pour le bâtiment et le caoutchouc pour la réalisation de tapis de sol des gymnases. Nous réfléchissons également, à la manière de façonner des paires d’espadrilles usées en vue d’éviter le gaspillage », conclut Olivier Gelly.

Jennifer Legeron