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141e année

Lono démocratise la domotique

Numérique. Lono, expert en stratégie de digitalisation des bâtiments, poursuit son développement en visant deux autres marchés de niche, le secteur du maintien à domicile et l’hôtellerie. Pour ce faire, l’entreprise espère boucler un second tour de table cet été.

Jérôme Barthès et Angelo Blot ont cofondé Lono en 2016. DR

Après une première levée de fonds de 300 000€ bouclée avant l’été 2019, la start-up montpelliéraine MaSmartHome, fondée en 2016 par Jérôme Barthès et Angelo Blot, s’est diversifiée en 2019 avec le lancement d’une nouvelle plateforme dédiée au logement connecté multimarques baptisée Lono Conception, un véritable outil d’aide à la maîtrise d’ouvrage « smart ». Elle s’est, par la même occasion, dotée d’une nouvelle identité éponyme Lono. Depuis, elle continue de s’imposer sur le territoire national. Lors de la création, au vu de l’essor de la domotique auprès du grand public, les cofondateurs ont ainsi fait le choix de créer un estimateur de logement connecté en ligne, MaSmartHome, qui proposait des services supplémentaires aux acquéreurs de logements.

Un an plus tard, le marché des particuliers étant difficile à atteindre, la start-up décide alors de cibler les promoteurs immobiliers et les constructeurs de maisons individuelles et obtient un premier contrat-cadre, en 2017, avec Icade, le 4e acteur national, afin de gérer l’ensemble de sa stratégie connectée. En outre, un autre service est né durant la crise sanitaire, Lono Expérience, une plateforme de services pour gestionnaires et résidents.

« Nous avons fait le constat, pendant la pandémie, que nos technologies permettaient de mieux palier certaines situations comme la gestion à distance d’un bâtiment, la téléconsultation, etc. Et puis, nous avons profité d’une baisse d’activité des permis de construire due cette fois à la période électorale pour nous concentrer sur un nouveau service qui permet d’exploiter au mieux l’ensemble du bâtiment connecté. Lono Expérience vient ainsi en aval, après l’accompagnement de la concept ion du bâtiment connecté. Les promoteurs immobiliers interviennent lors de la première phase, et les gestionnaires immobiliers prennent ensuite le relais », explique Jérôme Barthès, le cofondateur.

Dynamiser les résidences séniors et l’hôtellerie

La pépite, hébergée au sein de du Village by CA de Montpellier, qui a près de 70 promoteurs bailleurs au compteur et cinq contrats-cadres dont le Crédit Agricole Immobilier et Urbat, promoteur occitan, vise pour cette nouvelle année deux marchés de niche, à savoir le secteur du maintien à domicile et l’hôtellerie particulièrement touchée par la pandémie. Pour ce faire, les dirigeants veulent franchir un nouveau cap cet été grâce à un deuxième tour de table de 1,5 M€, auprès des investisseurs historiques et de fonds d’investissement régionaux.

« Cette opération nous permettra de nous placer sur le secteur du maintien à domicile des personnes âgées. Une personne sur trois aura plus de 65 ans en 2040. C’est donc un véritable enjeu sur l’ensemble de l’Hexagone. Pour l’heure, soit les logements ne sont pas adaptés, soit l’offre est trop onéreuse. Il existe un réel besoin de réajustement pour équiper les différents logements, tels que les Ehpad, les résidences services, les résidences adaptées et les logements existants à moindre coût », explique le dirigeant. Pour l’heure, Lono propose trois fonctionnalités clés qui se déclinent en fonction des marchés visés : la gestion d’agenda partagé, par exemple entre occupants, aidants et gestionnaires ce qui permet de générer des codes d’accès temporaires pour les visites médicalisées, et le rappel des rendez-vous quotidiens très utiles aux personnes âgées, la gestion de visio-conférences telle qu’une séance de yoga en groupe, et enfin la remontée d’information, avec la détection de chutes et d’anomalies, etc.

Un doublement du CA comme objectif

« Nous imaginons d’autres services, notamment le développement d’un accompagnement administratif tel que l’analyse des abonnements des résidants pour optimiser leurs dépenses ». À ce titre, un partenariat avec le bailleur nordiste Vilogia est déjà en cours pour équiper une cinquantaine de logements seniors. Le secteur de l’hôtellerie, qui a accusé une baisse de ses effectifs, mise lui aussi sur la domotique pour séduire de nouveaux clients. « Nous utilisons le même assistant vocal et interactif, multilingue pour nous adapter au profil de chaque visiteur. Notre assistant peut ainsi proposer la carte du menu du jour, effectuer des réservations, proposer une réduction sur les offres. Si le visiteur rencontre un problème, l’assistant prend le relais ce qui permet à l’hôtelier de prioriser au mieux les tâches de ses collaborateurs », détaille le cofondateur.

Ces deux nouveaux segments de marché devraient ainsi accélérer la croissance de la pépite occitane et lui permettre de doubler son chiffre d’affaires en 2022 (400 K€ en 2021) et d’atteindre 1,5 M€ d’ici deux ans. Lono, qui équipe 5 000 logements par an, ambitionne de doubler également le nombre de promoteurs immobiliers régionaux et nationaux en fin d’année, lesquels fournissent 70% de la production nationale. Bien que l’Ile-de-France représente 40% de son activité, l’Occitanie arrive en deuxième position, avec cependant de fortes disparités. « Tandis qu’à Montpellier et Perpignan, villes résidentielles, nous avons affaire à des promoteurs, à Toulouse, il s’agit surtout d’investisseurs. » Quid de la valeur ajoutée par rapport aux concurrents ? « Nous cassons les coûts liés à la conception des logements connectés car notre outil a la capacité de réaliser des études optimisées. Nous pratiquons des forfaits fixes ce qui nous permet de pénétrer le marché rapidement ».

Marché européen visé

Lono, leader en France sur la partie conception, son premier coeur de métier, compte bien asseoir sa notoriété sur le marché national concernant la gestion d’appartements connectés, un secteur de plus en plus concurrentiel. L’entreprise entend également exporter son savoir-faire au-delà des frontières hexagonales d’ici 2023.

« Nous avons des contacts avec des promoteurs bien implantés à l’étranger notamment dans les pays francophones comme la Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Nous envisageons également de nous positionner sur des marchés où les produits connectés sont déjà développés. C’est notamment le cas en Angleterre, en Espagne et en Allemagne. En effet, si la domotique est davantage utilisée dans ces pays et qu’un foyer sur deux outre-Manche est équipé d’un assistant vocal, la technologie est cependant moins avancée que la nôtre. En France, nous pouvons faire beaucoup de choses mais le taux de pénétration reste encore faible. »

Forte d’une dizaine de collaborateurs, la proptech entend doubler son effectif d’ici deux ans avec des profils techniques, des commerciaux et des responsables de zones pour quadriller le territoire national. Les cofondateurs ont également d’autres idées dans les cartons concernant les appartements dits en « queue de programme immobilier » : « Ce sont des logements que nous aimerions proposer à la vente et les transformer, par exemple, en coliving pour leur redonner une nouvelle vie et relancer le marché des programmes qui ont du mal à se vendre », conclut Jérôme Barthès.

Jennifer Legeron