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Saisons hautes, contrats précaires : le paradoxe du marché de l’emploi en Occitanie

Emploi. Entre ralentissement économique et mutation des besoins, moins d’une entreprise sur quatre prévoit de recruter en 2026 en Occitanie. Une prudence accrue qui s’accompagne d’une progression des contrats courts, 41 % des intentions d’embauche sur le territoire étant liées à des activités saisonnières.

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En Occitanie, la part des recrutements liés à une activité saisonnière est très élevée : 41 % contre 32 % en France. Une particularité due au poids du tourisme et de l’agriculture dans l’économie du territoire. (©Pixabay)

Alors que le climat économique national comme international est de plus en plus incertain, le ralentissement du marché de l’emploi se confirme à l’échelle nationale. Selon l’enquête Besoin de main-d’œuvre publiée le 21 avril par France Travail [1], 2,3 millions de recrutements sont prévus cette année dans l’Hexagone, un chiffre en recul de 6,5 % sur un an, après un repli de -12,5 % enregistré l’an passé. Il s’agit du plus bas niveau enregistré depuis 2018.

Une baisse de 8 % des intentions de recrutement

Toutes les régions sont affectées par ce ralentissement mais certaines enregistrent des baisses des intentions d’embauche encore plus marquées, à l’image de l’Ile-de-France (-11,8 %) ou de la Normandie (-9,9 %). Avec un recul de 8 % des projets de recrutement, l’Occitanie n’est donc pas épargnée. 200 470 recrutements sont en effet prévus cette année sur le territoire. Toutefois, le coup de frein est moindre que celui observé il y a un an. En 2025, le nombre des projets de recrutement avait fléchi de 16,7 % en région.

Autre signe de décélération de l’économie régionale : moins d’une entreprise sur quatre souhaite recruter cette année. De fait, après avoir nettement progressé dans les années post covid, le nombre d’entreprises occitanes qui déclarent vouloir étoffer leurs effectifs stagne depuis 2025. Il s’établit désormais à 23 % alors qu’elles étaient 33 % en 2022. Des projets en grande partie portés par les PME-TPE : 47 % des intentions d’embauche émanent d’établissements de moins de 10 salariés.

Les services principaux pourvoyeurs d’emploi

C’est dans les services que l’on trouve le plus grand réservoir de projets de recrutement. Près 132 200 embauches sont envisagées dans ce secteur (soit 66 % du total), dont 57 800 dans les services aux particuliers, près de 41 230 dans les services aux entreprises et 33 170 dans l’hôtellerie-restauration. L’agriculture et l’agroalimentaire sont également de gros pourvoyeurs d’emplois. En Occitanie, le secteur concentre 14 % des recrutements projetés, soit plus de 27 600. L’industrie (hors IAA) et la construction, avec chacune un peu plus de 9 000 embauches prévues, représentent l’une et l’autre près de 4,5 % du total régional.

Ces projets de recrutement, qui répondent pour une bonne partie d’entre eux (67 %) à une augmentation d’activité de l’entreprise (+ 5 points en un an), concernent dans 58 % des cas seulement des emplois durables, à savoir des CDI ou des CDD de six mois ou plus. Leur proportion a chuté de cinq points par rapport à 2025 tandis qu’on note le poids grandissant des contrats courts dans les prévisions d’embauche (42 % vs 37 % en 2025).

Quatre recrutements sur 10 jugés difficiles

Si les difficultés de recrutement restent fortes dans des secteurs clés du quotidien, elles diminuent en Occitanie où 41 % des projets d’embauche sont jugés difficiles (- 6 points), contre 44 % dans l’Hexagone. Ces moindres difficultés à recruter s’expliquent malheureusement par un taux de chômage plus élevé en Occitanie (9,4 % vs 7,9 % pour la France au 4e trimestre 2025) et donc une main-d’œuvre disponible plus importante.

Première région agricole de France et deuxième destination touristique de l’Hexagone, l’Occitanie doit à cette double spécificité d’avoir un très fort taux de projets de recrutement liés à une activité saisonnière : ils représentent 41 % du total des embauches projetées en région contre 32 % en France.

Hors activités saisonnières, le top 10 des métiers les plus recherchés sont les agents d’entretien de locaux, les aides à domicile et auxiliaires de vie, les aides-soignantes, les aides de cuisine, les infirmières et sage-femmes, les personnels de ménage chez les particuliers, les employés de libre-service, les éducateurs spécialisés, les cuisiniers et enfin les secrétaires.

À noter que les aides à domicile et auxiliaires de vie constituent le troisième métier où les difficultés à recruter sont les plus élevées, derrière les ouvriers de maintenance générale et les mécaniciens, et devant les animateurs socioculturels et les aides-soignantes.

Des feuilles de route par filière

À l’issue de la publication de son enquête BMO, France Travail a dévoilé sa nouvelle stratégie afin de mieux accompagner les entreprises dans leurs besoins de recrutement. Une trentaine de filières stratégiques ont été identifiées dont 11 jugées prioritaires : santé, BTP, hôtellerie restauration, commerce distribution, transport logistique, agriculture, industrie, emploi public, numérique, nucléaire et énergies.

Une feuille de route a été définie pour chacune d’entre elles et des actions vont être menées pour à la fois rendre les métiers visibles et attractifs, former rapidement aux compétences réellement attendues par les entreprises, accélérer les mises en relation et aller au plus près des besoins – c’est de travail des 6 000 conseillers France Travail Pro déployés sur le terrain – et enfin, sécuriser les parcours professionnels en accompagnant les transitions et les mobilités intersectorielles.

Contexte géopolitique oblige, le secteur de la défense fait également l’objet d’une attention particulière. Notamment en Occitanie, la région étant la troisième base industrielle et technologique de défense (BITD). Cette dernière rassemble 430 entreprises et près de 21 000 emplois, soit 10 % des effectifs nationaux. Ce sont en outre 1 300 PME et ETI qui contribuent également à concevoir et produire des équipements pour les armées.

Pour accompagner la montée en puissance des entreprises de la BITD et répondre à leurs besoins en main d’œuvre, France Travail met en avant différents dispositifs tels que la méthode de recrutement par simulation (MRS), l’immersion, ou encore la préparation opérationnelle à l’emploi (POE). Des méthodes qui ont montré leur efficacité avec des taux de retour à l’emploi de 62 % six mois après une MRS, voire de plus de 86 % après une POE.

[1L’enquête BMO est réalisée chaque année entre octobre et décembre. En Occitanie, près de 167 000 entreprises ont été interrogées.