Entreprises

Municipales 2026 à Toulouse : en cas de victoire LFI, Medef et CPME alertent sur un risque de décrochage

Politique. À Toulouse, l’entre-deux-tours des municipales prend une tournure inédite avec l’entrée en scène du monde économique. Le Medef 31 et la CPME 31 assument une prise de position claire en faveur du maire sortant Jean-Luc Moudenc, invoquant les enjeux d’investissement, d’emploi et d’attractivité pour la métropole.

Lecture 8 min
Au premier tour des élections municipales 2026 à Toulouse, Jean-Luc Moudenc (divers droite) est arrivé en tête avec 37,23 % des suffrages. Il devance le député LFI François Piquemal (27,5%). (©Gazette du Midi)

Le ralliement de la Gauche unie de François Briançon à la liste de la France insoumise portée par le député François Piquemal au lendemain du premier tour des municipales à Toulouse continue de faire couler beaucoup d’encre. Si cet accord divise au sein de la classe politique notamment dans les rangs du parti socialiste plus que jamais divisé quant à la stratégie à mener à l’approche du second tour qui aura lieu ce dimanche 22 mars, il fait aussi réagir les acteurs du monde économique. À commencer par le Medef 31 (750 adhérents) et la CPME 31 (1 500 adhérents) qui appellent aujourd’hui à voter pour la liste du maire sortant Jean-Luc Moudenc (divers droite).

Une consigne de vote pleinement assumée par Pierre-Olivier Nau, président du Medef 31 et PDG de Manatour, société spécialisée dans le tourisme industriel. Le chef d’entreprise met en garde contre la prise du Capitole – et par extension de Toulouse Métropole – par LFI. Une victoire qui permettrait au parti de Jean-Luc Mélenchon de « transformer Toulouse en laboratoire de la décroissance  ». Ces derniers prônant la fin « de notre modèle d’entreprise privée ».

La crainte d’un « laboratoire de la décroissance » à Toulouse

Un non-sens pour Pierre-Olivier Nau rappelant que Toulouse, capitale mondiale de l’aéronautique s’est construite justement « grâce à l’innovation, à l’investissement et à l’engagement quotidien de milliers d’entrepreneurs et de salariés ». Et d’enfoncer le clou :

Les politiques publiques qui fragiliseraient l’investissement, décourageraient l’initiative ou s’opposeraient systématiquement à l’entreprise constitueraient un risque réel pour l’emploi, le pouvoir d’achat des salariés, l’attractivité et le développement de notre territoire. »

Le dirigeant alerte en effet sur des propositions et des choix stratégiques qui pourraient être néfastes pour la place de Toulouse. Il dénonce notamment la prise de position du candidat contre la LGV. « Sachant que les Verts y sont également hostiles et qu’ensemble ils seront majoritaires à la métropole, l’État profitera de cette divergence au sein du conseil métropolitain pour retirer son financement comme il l’a déjà laissé entendre », s’inquiète l’intéressé.

Autre point de friction : le logement, un enjeu majeur alors que le territoire accueille 12 000 nouveaux habitants par an. Le patron du Medef déplore un manque d’ambition en termes de production de logements neufs avec à la clé un risque de hausse des loyers et des difficultés accrues pour se loger. De quoi impacter l’attractivité de la métropole et ce, sur le long terme. « François Piquemal mise avant tout sur la rénovation. Je le dis clairement : cela ne suffira pas ! Toulouse est la 9e ville française en prix de l’immobilier, il faut qu’on garde cet avantage absolument. »

LGV, logement, foncier : des choix stratégiques contestés

L’enjeu du foncier disponible pour l’accueil d’entreprises ou d’industries est aussi au cœur des préoccupations de Pierre-Olivier Nau. « Aujourd’hui dans le programme commun comme initial, il n’y a rien pour favoriser l’installation des sociétés. Non seulement, il ne sera pas fiscalement intéressant de s’implanter sur le territoire, mais pire encore l’ajout de nouvelles normes risque de détourner d’éventuels investisseurs. »

Il craint aussi l’alourdissement de la fiscalité appliquée aux entreprises, condition pour mettre en œuvre certaines propositions du programme LFI qui aujourd’hui, selon lui, ne sont pas financées. Dans son viseur notamment la gratuité des transports en commun pour les jeunes de moins de 26 ans. Estimée à 35 M€, la mesure pourra être mise en œuvre, selon François Piquemal, grâce à la dynamique du versement mobilité. Un choix qui hérisse le PDG de Manatour : « Notre fiscalité qui augmente, ça veut dire moins de possibilité d’investissement et moins de possibilité de recrutement. »

Outre le programme, Pierre-Olivier Nau est aussi très critique vis-à-vis de cette alliance politique qu’il juge « contre-nature ». Sa crainte ? que Toulouse Métropole devienne un “forum à la grecque”. « On va passer des mois et des mois à palabrer et à discuter sur l’avenir du monde avec comme conséquence de perdre du terrain sur les autres métropoles. » Et le deal acté entre les deux têtes de liste avec un partage des responsabilités entre François Piquemal à la mairie et François Briançon à la présidence de la Métropole, n’est pas de nature à le rassurer, le dirigeant excluant que ce dernier parvienne à peser dans les décisions, faute de majorité.

Cet accord met une nouvelle fois en lumière selon lui le fait que les modérés sont de moins en moins présents dans le débat public au profit des extrêmes. « Je ne comprend pas la décision de François Briançon, qui plus est ex-chef d’entreprise. S’il était allé au bout de son projet et s’était maintenu, il est évident que le Medef 31 n’aurait pas donné de proposition de vote », ajoute Pierre-Olivier Nau, précisant : « Si cela avait été le RN j’aurais dit la même chose, car leur programme économique était aussi extrêmement creux. »

Sans entreprises, pas de dynamique économique

Face à la possibilité de voir arriver au Capitole un élu LFI, la CPME 31 se mobilise elle aussi. « Les entreprises ne doivent pas être les victimes d’un compromis électoral », estime son président Nicolas Durand. Très active durant les municipales, l’organisation patronale a formulé 91 propositions destinées à renforcer l’attractivité économique, encourager l’entrepreneuriat et accompagner les transitions écologiques et numériques. Elle a surtout rédigé une charte d’engagement en 10 points, en faveur des TPE et des PME. Signée par plusieurs candidats dont Jean-Luc Moudenc mais pas par le candidat insoumis, celle-ci prévoit notamment que la CPME soit concertée avant toutes décisions impactant les entreprises.

« Nous sommes une organisation apolitique. Notre rôle est de défendre et de représenter les intérêts des entreprises. C’est aussi de promouvoir le dialogue et la concertation mais dans le cas de cette élection municipale – et plus particulièrement à l’approche de ce second tour – nous avons voulu nous exprimer sans langue de bois. Et dire clairement les choses. Il y a deux listes, et une seule a signé notre charte et a été dans l’échange. Appeler à voter pour elle c’est aller au bout de notre démarche. »

Et de rappeler : « Ce sont les entreprises qui créent de l’emploi et de la richesse sur un territoire. Et qui donc contribue grandement à faire fonctionner le système économique et social. Si les sociétés investissent, c’est l’ensemble des acteurs du territoire qui en profitent. Si cette dynamique ralentit ou s’arrête, tout le monde en pâtira. »