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Occitanie : Samuel Hervé alerte sur une « crise permanente » qui fragilise les entreprises

Conjoncture. En Occitanie, les signaux d’alerte se multiplient pour les entreprises. Plusieurs secteurs voient leur activité et leurs marges se dégrader, sur fond de défaillances en hausse. Face à ce climat économique tendu, Samuel Hervé, président du Medef Occitanie, détaille ses inquiétudes et ses priorités, alors qu’il brigue un nouveau mandat à la tête de l’organisation patronale.

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Président du Medef Occitanie, Samuel Hervé, sera candidat à sa succession pour briguer un nouveau mandat à partir de décembre prochain. (©Gazette du Midi)

Le pays s’apprête à vivre une rentrée particulièrement mouvementée. Entre un projet de budget 2027 que le gouvernement doit présenter d’ici la fin du mois et une mobilisation sociale qui se profile dès le 8 septembre, avant une nouvelle journée nationale le 29, les prochaines semaines s’annoncent tendues.

Agents de l’hôpital public, du médico-social et du sanitaire, pompiers, enseignants… plusieurs branches professionnelles se préparent déjà à descendre dans la rue. C’est dans ce contexte explosif que le président du Medef Occitanie, Samuel Hervé, a tenu un point presse le 2 septembre dernier pour évoquer l’actualité économique régionale des prochains mois et dresser un état des lieux du climat des affaires en Occitanie.

Face à la guerre en Ukraine, qui fait rage depuis 2022, à l’instabilité politique en France, à la guerre commerciale menée par les États-Unis de Donald Trump, à la croissance soutenue de la Chine, mais aussi au conflit au Moyen-Orient et à la hausse des cours du pétrole, les entreprises françaises ont appris à composer avec une succession de crises. Pour Samuel Hervé, cette situation relève désormais d’une « crise permanente », qui pèse sur la croissance comme sur la viabilité des entreprises.

Le constat est particulièrement préoccupant en Occitanie. Le territoire affiche un taux de 6,3 % de défaillances sur un an, un niveau qui dépasse le précédent record établi en 2013. Autre signal inquiétant pour l’attractivité régionale : seulement 900 emplois ont été créés au premier trimestre 2026.

Jusqu’à 60 % de baisse de fréquentation dans la restauration

Le tourisme figure parmi les secteurs les plus durement touchés. « 45 % des professionnels du tourisme en Occitanie ont jugé leur activité satisfaisante en juillet, alors qu’ils étaient 61 % le mois précédent », souligne Samuel Hervé. Avec 135 000 emplois, soit 7 % des salariés du territoire, la filière pèse pourtant lourd dans l’économie régionale.

La tendance ne se serait pas inversée en août, notamment sous l’effet des conditions météorologiques. « À la faveur des incendies et des canicules, un grand nombre de touristes potentiels ont déserté notre destination pour se rapatrier vers d’autres régions », constate le président du Medef Occitanie (25 000 entreprises adhérentes).

Les disparités restent toutefois importantes selon les départements. Les chiffres de la Fédération de l’hôtellerie de plein air font notamment état d’une perte de 60 % de fréquentation dans les campings du Lot par rapport à l’été précédent. La restauration connaît elle aussi un net recul, avec une baisse de 40 % dans certains territoires, selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, présidée par Thierry Marx.

« À titre d’exemple, le département du Gard a subi cette année une baisse de 30 % par rapport à l’année dernière », précise Samuel Hervé. Dans une filière composée majoritairement de petites structures, ce recul fait craindre de nouvelles défaillances dans les prochains mois.

Près de 400 défaillances dans le bâtiment

Le bâtiment n’échappe pas à la dégradation du climat économique. Selon l’Insee, 392 défaillances d’entreprises ont été enregistrées au premier trimestre 2026, contre 350 en 2025, soit une hausse de 12 % sur un an. À l’échelle nationale, le nombre d’appels d’offres a parallèlement reculé de 28 % par rapport à 2025, selon l’intéressé.

La Fédération française du bâtiment, présidée par l’entrepreneur toulousain Frédéric Carré, évoque par ailleurs une perte d’un quart de l’activité dans le secteur en Occitanie. Un constat également confirmé par Guy Durand, son président régional. D’après l’organisation professionnelle, la baisse atteindrait 5 % au premier trimestre 2026.

Pour Samuel Hervé, la fragilité du tissu entrepreneurial régional pourrait rapidement avoir des conséquences sociales. « Le secteur du bâtiment est en partie constitué de sociétés qui emploient une dizaine de collaborateurs. Si nous comptons plusieurs défaillances de telles structures, le nombre de salariés qui se retrouvent sans travail passe rapidement la barre de la centaine », rappelle-t-il. Un risque important pour la région, qui affiche un taux de chômage de 9,5 %, l’un des plus élevés de France, selon l’Insee.

Les retards des aides aux transporteurs routiers

Le transport routier et la logistique connaissent eux aussi des difficultés, notamment en raison de la flambée des prix des carburants. Avec plus de 4 000 entreprises en Occitanie, le secteur repose par ailleurs largement sur les TPE et PME.

En 2026, ces sociétés ont bénéficié, comme partout dans l’Hexagone, d’une aide exceptionnelle au carburant comprise entre 70 € et 500 €, selon le type de véhicule, dans la limite de 60 000 € par société. Mais les délais de traitement des dossiers suscitent l’inquiétude du Medef Occitanie.

« La Fédération régionale des transports routiers nous a fait remonter l’information selon laquelle 39 % des dossiers de la première vague de demandes, au mois d’avril dernier, auraient été traités et payés », alerte celui qui est aussi vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Hérault.

D’après la fédération du secteur, aucune aide n’a été versée pour le mois de mai. Le gouvernement n’a par ailleurs pas annoncé de renouvellement pour les mois de juin à août. Une situation qui, selon Samuel Hervé, fragilise directement leur trésorerie : « Cela veut dire que celles qui en ont fait la demande sont en train de faire fondre leurs réserves pour ne pas réduire leur activité. »

Le secteur de la propreté dans le rouge

La propreté fait également partie des activités fragilisées. Le secteur, qui emploie une main-d’œuvre importante et compte de nombreux contrats à temps partiel, fait face à une accumulation de contraintes. En juillet et août 2026, les services aux entreprises, qui comprennent notamment les sociétés de nettoyage, ont enregistré 956 ouvertures de procédures collectives dans toute l’Occitanie, selon le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC).

Parmi les principales difficultés signalées au Medef figurent la hausse des coûts de l’énergie et celle du coût du travail. Cette dernière préoccupe particulièrement les professionnels depuis la décision du ministre des Comptes publics, David Amiel, de réduire les allègements généraux de cotisations.

Ces dispositifs permettent aux employeurs de diminuer le montant des cotisations sociales patronales sur les bas et moyens salaires. L’objectif est de réduire le coût du travail et de favoriser l’emploi et l’embauche de salariés rémunérés au niveau ou à proximité du Smic. L’allègement est maximal pour les salaires minimaux, puis dégressif jusqu’à 1,6 fois le Smic.

« Cette nouvelle annonce vient impacter les marges, qui étaient déjà dégradées, alors que la main-d’œuvre représente 90 % du coût de revient dans ce secteur », regrette Samuel Hervé, qui a également pointé les retards de paiement de l’hôpital public, l’un des donneurs d’ordre de ces sociétés. « Avec des délais de paiement qui s’étalent entre 8 et 9 mois, quand vous êtes le prestataire de l’État ou de collectivités territoriales, vous avez intérêt à avoir des trésoreries très solides ! »

Une situation qui pousse désormais le Medef Occitanie à appeler les entreprises à la prudence avant de répondre aux marchés publics. « Nous alertons aujourd’hui nos adhérents sur le fait de répondre à de tels appels d’offres, au risque de mettre en danger la santé financière de leur société. »