Ouverture d’usines : l’Occitanie tient-elle le choc face au ralentissement national ?
Industrie. Si la réindustrialisation française ralentit au premier semestre 2026, l’Occitanie continue de faire émerger des projets industriels stratégiques. D’Inits près de Montpellier à Diam Bouchage à Céret, la région a vu plusieurs inaugurations : entre lignes pilotes, extensions de sites et nouvelles unités de production.
Faire passer la part de l’industrie de 10 % à 15 % du PIB d’ici à 2030. En mai 2023, dans un entretien accordé à Challenges, Emmanuel Macron faisait de la réindustrialisation la « mère de toutes les batailles ». Trois ans plus tard, le cap reste fixé, mais le rythme ralentit. Dans un contexte économique marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et un investissement plus prudent, la reconquête industrielle française montre des signes d’essoufflement. Sans pour autant s’arrêter.
C’est le principal enseignement de l’Observatoire Industrie de Bpifrance, publié le 28 juillet dernier. Entre janvier et juin 2026, 101 sites industriels ont été inaugurés en France, contre 136 sur la même période en 2025. Les nouvelles ouvertures compensent toutefois les fermetures, ramenant le solde à l’équilibre, après un premier semestre 2025 qui affichait déjà un bilan positif de 25 sites.
Toutes les catégories d’entreprises n’évoluent cependant pas au même rythme. Les PME et ETI conservent une dynamique d’investissement solide malgré une hausse des fermetures, tandis que les grands groupes ralentissent leurs ouvertures. Les start-up, elles, retrouvent un niveau d’inaugurations proche de celui de 2024, tout en affichant une forte capacité de financement. Bpifrance indique en effet que ces dernières ont levé 1,94 Md€ au premier semestre 2026, soit une progression de 42 % sur un an, portée notamment par « plusieurs opérations supérieures à 100 M€ ».
Dans ce paysage contrasté, les filières liées à l’innovation et à la transition écologique continuent de tirer leur épingle du jeu, contrairement aux industries plus traditionnelles, davantage exposées à la concurrence internationale.
Inits ouvre la voie à Montpellier
Dans le détail, les jeunes pousses industrielles ont inauguré 20 nouveaux sites au niveau national au premier semestre 2026, contre 42 un an plus tôt et 19 au premier semestre 2024. L’Auvergne-Rhône-Alpes et la Provence-Alpes-Côte d’Azur concentrent respectivement quatre et trois ouvertures. L’Occitanie n’en compte qu’une.
Cette unique inauguration est à mettre au crédit d’Inits. En février dernier, la société de services pharmaceutiques a inauguré à Mauguio, près de Montpellier, sa nouvelle unité de bioproduction dédiée aux médicaments en essais cliniques, au sein du parc Industries Or Méditerranée. Un projet industriel de santé de premier plan, représentant un investissement de 28 M€.
Dans un post publié sur LinkedIn, Irdi Capital Investissement (partenaire historique du projet) souligne qu’il s’agit de l’aboutissement « de six années de travail collectif ». Baptisée INITS-SMO, cette plateforme mutualisée de 3 200 m² a été conçue pour permettre aux entreprises de biotechnologie « de produire elles-mêmes leurs lots précliniques et cliniques, tout en bénéficiant d’un accompagnement intégré en matière de réglementation, de qualité, de production et de gestion de projet ». Le site accueille également des laboratoires de R&D, des suites de production répondant aux normes GMP ainsi que des capacités de contrôle qualité.
Pour la société de gestion de portefeuilles, cette nouvelle infrastructure dépasse le seul cadre régional. Elle doit contribuer à renforcer « la souveraineté sanitaire française et européenne en offrant aux innovations issues des biotechnologies les moyens de franchir le cap de l’industrialisation sans quitter le territoire ». Aux côtés d’Inits, plusieurs partenaires publics et privés ont accompagné le projet, parmi lesquels la Région Occitanie, la Banque des Territoires, Bpifrance, Ad’Occ, MedVallée et la communauté d’agglomération du Pays de l’Or.
À l’échelle nationale, ces 20 inaugurations se répartissent entre six lignes pilotes ou démonstrateurs, deux extensions de sites existants et 12 nouvelles unités de production à grande échelle, dont six premières usines.
Huit PME-ETI investissent en Occitanie
Ce sont une nouvelle fois les PME et ETI qui alimentent l’essentiel de la dynamique industrielle française. Elles totalisent 68 inaugurations au premier semestre 2026, contre 64 un an plus tôt et 56 en 2024.
L’Occitanie en concentre huit. Parmi elles figurent l’usine de combustibles solides de récupération de PSI Environnement, l’unité de fabrication de piquets en bois d’Ucopac, le site de production de cartes électroniques d’Erems, l’usine de surtri plastique d’Environnement Massif Central, l’unité de pièces métalliques de Laser Socmel, l’usine de robots d’analyses médicales de DiaSys Technologies (Gorka Holding), le site d’embouteillage de vin d’Oppidum Conditionnement ainsi que l’usine de traitement de surface de Propirox.
Au-delà du volume, la nature des investissements illustre une industrie qui poursuit sa montée en capacité. Parmi les 68 inaugurations recensées, 26 concernent de nouvelles usines « à l’échelle », 15 correspondent au déménagement vers des sites plus vastes, 14 à l’installation d’une nouvelle ligne de production dans une usine existante et 13 à l’extension d’un site déjà en activité.
Diam Bouchage modernise Céret
Le ralentissement est en revanche plus marqué chez les grands groupes. Treize nouveaux sites ont été inaugurés au premier semestre 2026, contre 29 un an plus tôt. Huit correspondent à de nouvelles usines « à l’échelle », trois à des extensions et deux à l’ajout de nouvelles lignes de production.
La Nouvelle-Aquitaine se distingue avec quatre ouvertures. L’Occitanie enregistre pour sa part une opération majeure portée par Diam Bouchage, filiale du groupe français Oeneo et numéro deux mondial du bouchon en liège. Le 23 avril dernier, l’entreprise a dévoilé trois nouvelles lignes d’emballage automatisées sur son site industriel des Pyrénées-Orientales.
Implantée à Céret, Diam Bouchage emploie 653 collaborateurs répartis sur trois sites de production en France, en Espagne et au Portugal. Avec un chiffre d’affaires de plus de 222 M€ au 31 mars 2025, elle produit près de 2 milliards de bouchons par an. Fruit d’un investissement de 3,6 M€, cette nouvelle zone d’emballage automatise un outil industriel qui conditionne près de 500 millions de bouchons par an à Céret. Intégrant notamment des technologies d’intelligence artificielle, ces équipements remplacent les anciennes lignes manuelles. Objectifs affichés ? Améliorer la qualité de production, la réactivité industrielle et les conditions de travail.
« Il était important d’utiliser une majorité d’équipementiers français pour nous accompagner dans l’automatisation de notre outil d’emballage », expliquait il y a quelques mois dans un communiqué François Garcia, directeur de l’usine de Céret. Cette transformation s’inscrit dans le plan industriel 2030 du groupe, avec le lancement prévu « de quatre nouveaux produits dans les 12 prochains mois », confirmant l’ancrage industriel français, occitan et catalan de Diam Bouchage.