Passe Temps, le magasin de jeux de société toulousain qui fait jouer toute la France
Série 1/3. Les Français sont devenus accros aux jeux de société. Porté par un marché de 624 M€, le secteur s’est structuré autour d’un véritable écosystème réunissant créateurs, fabricants, revendeurs et bars à jeux. À Toulouse, le magasin Passe Temps accompagne cet essor en diversifiant son activité : après sa boutique historique rue des Lois, l’enseigne a ouvert un second magasin à Montauban et mise sur les réseaux sociaux pour développer ses ventes en ligne. Un pari gagnant.
Il est 14 heures à Toulouse, en ce lundi 20 juillet. Le soleil est à son zénith et, dans la rue des Lois, l’ombre se fait rare, tout comme les passants. À cette heure-ci, les commerçants ne semblent pas débordés. Mais au numéro 30, la boutique Passe Temps ne désemplit pas. Ce n’est pas la fraîcheur de la salle climatisée qui attire les clients, mais bien les dernières nouveautés en matière de jeux de société, exposées en vitrine : Athlètes de Compète, Attraction ou bien Encore.
Fondée en 1999 par Bruno Desch, l’enseigne est devenue une institution dans la Ville rose, mais aussi bien au-delà. En 2007, Simon Murat rejoint l’aventure comme vendeur avant d’en reprendre les rênes 14 ans plus tard. L’entreprise, qui emploie entre 15 et 17 salariés, génère un chiffre d’affaires annuel de 2,7 M€.
Deux points de vente et un rachat
Si le jeu de société a le vent en poupe, c’est aussi parce qu’un événement planétaire a changé la donne : la pandémie de Covid-19, en 2020. Dans une France confinée, privée de nombreuses activités, les jeux de société sont devenus une véritable échappatoire pour des milliers de personnes. En 2018, le marché national pesait 348 M€. Huit ans plus tard, il atteignait 624 M€, selon les organisateurs du Festival international des Jeux, qui s’est tenu à Cannes en mars dernier.
Un engouement qui fait les affaires de Simon Murat. « Il y a encore 20 ans, le marché était microscopique et la plupart des jeux étaient conçus en Allemagne », explique celui qui était alors chargé de traduire les fameuses règles glissées dans chaque boîte. Aujourd’hui, la filière compte plus de 150 éditeurs francophones et plus d’un millier d’autrices et auteurs de jeux de société actifs sur le territoire.
Porté par cette dynamique, le Toulousain exporte désormais son modèle dans d’autres villes. En janvier 2025, il a ainsi repris le fonds de commerce du magasin Trollune, à Lyon, alors en redressement judiciaire. Fondée en 2005, l’enseigne est considérée comme une véritable institution locale. C’est pourquoi Simon Murat insiste sur sa volonté d’en préserver l’identité.
« Ce nouveau point de vente bénéficie du soutien du Passe Temps tout en conservant son nom et ses particularités commerciales. » Loin d’en faire une franchise, le dirigeant entend capitaliser sur les atouts qui font la réputation de Trollune, notamment sa librairie spécialisée dans les littératures de l’imaginaire, ainsi que ses rayons consacrés au jeu de rôle et aux figurines.
En parallèle, le spécialiste a également annoncé, en février 2026, l’ouverture d’un nouveau magasin de 100 m² rue de la Résistance, en plein cœur de Montauban. Une seconde vitrine destinée à mettre en valeur l’étendue de son catalogue.
Plus de 4 000 références
Concrètement, Passe Temps s’approvisionne directement auprès des éditeurs avant de revendre leurs créations en magasin. Sur un jeu dont le coût de fabrication est estimé à 5 €, le prix de vente peut atteindre 35 €. Cette somme est ensuite répartie entre les différents acteurs de la filière : 35 à 40 % pour la boutique, 7 à 10 % pour l’auteur et l’illustrateur, environ 20 % pour l’éditeur, tandis que près de 20 % reviennent à l’État au titre de la TVA. Un partage de la valeur qui permet de rémunérer l’ensemble de la chaîne.
Dans sa boutique de la rue des Lois, où plus de 4 000 références sont proposées, la passion des joueurs ne faiblit pas. « Nous accueillons au minimum une trentaine de clients par jour, et ils n’achètent pas qu’un seul jeu », observe Simon Murat.
L’activité est également rythmée par de fortes variations saisonnières. « La période des fêtes de fin d’année représente entre 20 et 33 % de notre chiffre d’affaires annuel. Nous enregistrons aussi un pic de ventes pendant l’été, avec des personnes qui nous suivent sur les réseaux sociaux et profitent de leur passage à Toulouse pour venir nous voir. »
Une vitrine pour les éditeurs
Cette visibilité se traduit aussi sur les réseaux sociaux, où Simon Murat s’est imposé comme une référence. De YouTube à TikTok, en passant par Facebook et Instagram, Le Passe Temps rassemble plus de 270 000 abonnés. « Depuis 2016, nous publions des vidéos dans lesquelles nous présentons les nouveautés et nos jeux coups de cœur. Pour résumer, je fais de l’influence pour le jeu de société », plaisante-t-il.
Avec des vidéos qui dépassent parfois le demi-million de vues, les contenus du Passe Temps sont devenus d’importants supports de communication pour les éditeurs et les auteurs. « Prenons l’exemple d’Athlètes de Compète, sorti le 3 juin dernier. Trois semaines avant son lancement, nous l’avons testé, puis nous avons publié plusieurs contenus consacrés à ce jeu de dés et de plateau. Quelques jours plus tard, son éditeur, Iello, nous a confié n’avoir jamais connu un démarrage aussi fort, avec plusieurs milliers de commandes enregistrées dès les premiers jours. »
Cette notoriété nourrit aussi le développement de son activité en ligne. Véritable vitrine de l’enseigne, le site internet du Passe Temps représente désormais une part importante de son chiffre d’affaires, qui pourrait bientôt atteindre le million d’euros de ventes annuelles. « Nous expédions nos jeux dans tous les pays francophones, mais aussi dans toute l’Europe », précise par ailleurs le chef d’entreprise.
L’édition d’un deuxième jeu made in France
Autre levier de développement : l’enseigne a lancé sa propre maison d’édition éponyme. Commercialisé le 10 mai 2025, son premier jeu, Camarade, une réédition de Risk Express réalisée en partenariat avec l’éditeur alsacien Offline Éditions, a rencontré un vif succès auprès de sa communauté. Plus de 900 boîtes ont notamment été vendues le jour de son lancement, lors du festival toulousain L’Alchimie du Jeu.
Un succès d’autant plus marquant pour Simon Murat que le jeu est fabriqué à 100 % en France. Un choix auquel il est particulièrement attaché. Et pour cause, « 70 % des jeux disponibles sur le marché sont fabriqués en Chine et 30 % en Pologne », regrette-t-il.
Celui qui reste avant tout un joueur passionné, annonce déjà la sortie d’un deuxième jeu, Mystère, prévue en septembre 2026 à l’occasion du Festival de Vichy. Les dés sont désormais lancés !