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Pour relancer le centre commercial de Roques, Klépierre va investir entre 10 et 15 M€

Interview. À l’image de nombreux centres commerciaux en France, celui de Roques, au sud-ouest de Toulouse, est en perte de vitesse. Désireux de lui redonner une nouvelle impulsion, le propriétaire de la galerie commerciale, l’entreprise Klépierre, sort le carnet de chèques pour financer un projet ambitieux de transformation. Objectif ? Renforcer son l’attractivité en attirant de nouvelles enseignes phares et en créant une synergie naturelle avec le retail park voisin.

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Louis Bonelli, directeur général France et Belgique de Klépierre. Le portefeuille du groupe est estimé à 19,9 Mds€ ( juin 2024), et compte de grands centres commerciaux dans plus de 10 pays en Europe continentale. (©Klépierre)

Avant de parler du projet de réhabilitation du centre commercial de Roques, pouvez-vous revenir sur l’histoire de ce complexe XXL situé aux portes du muretain, au sud-ouest de Toulouse ?
Louis Bonelli, directeur général France et Belgique de Klépierre : « Ouvert en 1995, le centre commercial de Roques a longtemps bénéficié d’une dynamique forte, portée par son hypermarché Leclerc et son Drive. En 2009, une extension majeure a enrichi l’offre avec l’arrivée de restaurants et d’enseignes comme Zara, H&M ou Midi Cinq, renforçant ainsi son attractivité dans la région. Aujourd’hui, les attentes des enseignes et des visiteurs évoluent, et certains espaces ne correspondent plus tout à fait aux formats recherchés. C’est pourquoi la partie droite du centre va être réaménagée afin d’accueillir de nouvelles moyennes surfaces, mieux adaptées aux besoins actuels du marché et aux envies des clients. »

À l’image du centre commercial l’Hippodrome à la Cépière ou encore de Toulouse Purpan, le centre commercial de Roques et sa galerie marchande s’est peu à peu vidé de ses enseignes et de ses clients. Quel flux génère-t-il aujourd’hui et pour quel chiffre d’affaires ?
Louis Bonelli : « Le paysage commercial autour de Toulouse connaît une transformation profonde, reflétant les évolutions significatives du secteur au cours des dix dernières années. Nous ne communiquons pas le chiffre d’affaires de nos centres commerciaux. La fréquentation, elle, reste stable depuis plusieurs années avec environ quatre millions de visiteurs. »

Plus largement comment expliquez-vous ce désamour pour ces grands centres commerciaux ? Certains pointent l’inflation, la concurrence des plateformes de e-commerce, la rareté du foncier, la saturation du marché…
Louis Bonelli : « Les facteurs que vous citez ont permis aux centres commerciaux de se transformer pour répondre aux attentes des consommateurs. Le contexte inflationniste a favorisé l’émergence de nouvelles enseignes “petits prix” que les centres commerciaux souhaitent désormais accueillir. Avec la montée en puissance du e-commerce, les centres commerciaux développent de nouveaux services, comme les lockers Amazon et Vinted, pour offrir aux visiteurs les avantages du shopping en ligne sur place. Quant à la rareté du foncier et à la saturation du marché, elles accentuent la polarisation du commerce : les acteurs réussissant à se transformer continuent à attirer de nombreux clients. Nous observons une évolution de la demande : les nouveaux commerces plébiscités aujourd’hui nécessitent des formats beaucoup plus grands, qui n’existaient pas forcément dans les anciennes configurations. C’est la raison pour laquelle notre projet à Roques vise à restructurer une partie du centre commercial pour accueillir notamment des pôles incluant des boutiques plus grandes. Notre projet ajoute également une dimension servicielle, renforçant ainsi son ancrage dans la vie quotidienne de ses visiteurs. »

Pour redynamiser le site, vous avez annoncé un projet ambitieux de transformation pour je cite « créer un véritable lieu de vie moderne et attractif, ancré dans son territoire ». Combien allez-vous investir dans ce chantier et surtout quels sont les changements et nouveautés majeurs prévus  ?
Louis Bonelli : « La galerie marchande, rénovée en 2008, évolue pour mieux répondre aux besoins actuels. L’objectif est donc de repenser la configuration et d’adapter les formats pour mieux s’aligner aux nouvelles attentes des consommateurs. Pour ce faire, nous prévoyons d’investir entre 10 et 15 M€. Concrètement, le centre commercial de Roques se réinventera à travers quatre univers distincts dont un pôle shopping dynamique d’une quarantaine de boutiques à proximité de l’hypermarché Leclerc. Les visiteurs pourront profiter également d’un nouvel espace de restauration de près de 3 000 m² comprenant 10 points de restauration, dont trois nouveaux restaurants. Un troisième espace renforcera l’offre commerciale avec un pôle grand format permettant d’accueillir de nouvelles locomotives sur les nouveaux formats de nombreuses enseignes. Enfin, un espace de vie de plus de 6 000 m² sera aménagé à l’étage du centre. Multifonctionnel ce dernier réunira des commerces à vocation servicielle. Nous souhaiterions y accueillir par exemple une salle de sport, un ou plusieurs acteurs de loisir, un acteur médical, une zone de co-working pour les travailleurs de la zone. À terme, le centre commercial accueillera environ 70 enseignes. »

Quels sont vos objectifs à court et moyen terme pour ce projet qui doit s’achever à horizon 2027 ?
Louis Bonelli : « La première étape est le transfert des boutiques présentes dans la zone à restructurer, dans le pôle shopping proche de l’hypermarché Leclerc. Puis, les travaux de restructuration sont envisagés au second semestre 2026, sous réserve de la finalisation des signatures et transferts d’enseignes en cours, ainsi que de l’obtention des autorisations administratives. »

Vous avez par ailleurs déclaré que ce projet s’inscrivait dans une vision plus large et devait permettre de créer « une synergie naturelle avec le retail park voisin ». Qu’entendez-vous par là ?
Louis Bonelli : « Nous espérons que le projet de réhabilitation du centre commercial aura naturellement un impact positif sur l’attractivité de la zone, ce qui serait positif pour le retail park voisin, autrement dit les enseignes voisines. »

Sur ces deux dernières années, un seul centre commercial de grande taille a été livré dans l’Hexagone. Ce ralentissement est-il conjoncturel ou traduit-il la fin d’un modèle ?
Louis Bonelli : « Ce ralentissement observé s’inscrit avant tout dans un contexte de transformation du secteur, plus que dans la fin d’un modèle. Loin de disparaître, il s’agit d’un renouveau. Les centres commerciaux évoluent pour s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs et aux enjeux territoriaux. La dynamique actuelle privilégie la restructuration et l’optimisation des complexes existants plutôt que la création de nouveaux sites, avec une approche plus mixte alliant commerces, loisirs et services pour renforcer leur rôle de destination incontournable. Véritables moteurs économiques et sociaux, les centres commerciaux jouent un rôle clé dans le dynamisme de leur territoire. En attirant une diversité d’enseignes et en intégrant de nouveaux usages, ils adaptent leur offre aux attentes évolutives des consommateurs, affirmant ainsi leur responsabilité et leur ancrage local. »