Santé au travail : ce que révèle le premier baromètre de Prevaly à Toulouse
Santé. Service de prévention et de santé au travail de Toulouse et de sa grande couronne, Prevaly accompagne plus de 420 000 salariés et 25 000 entreprises. L’association vient de publier son premier baromètre consacré à la santé au travail. Il met en lumière trois problématiques : la santé mentale des dirigeants, les inégalités de genre et les risques chimiques.
La santé au travail comporte encore plusieurs « angles morts », des risques souvent difficiles à détecter et qui échappent parfois aux dispositifs de prévention classiques. « Certains risques ne font pas de bruit. » Pourtant, ils sont bien présents et continuent de fragiliser le monde du travail. C’est pour mieux les identifier et les rendre visibles que l’association toulousaine Prevaly a publié, le 3 novembre 2026, son tout premier baromètre.
Menée à Toulouse et dans son agglomération, l’étude porte sur 420 000 salariés, répartis dans 25 000 entreprises adhérentes aux services de santé Prevaly. « Nous avons imaginé ce baromètre comme le sismographe du monde du travail », explique Céline Bon, présidente de Prévaly. L’ambition est claire : créer un outil permettant aux entreprises d’orienter leurs décisions dans un monde du travail en constante évolution.
« C’est une première pour un service de santé en France », souligne la présidente. Antoine Lefort-Lavauzelle, directeur général de Prevaly, rappelle quant à lui que la santé au travail « représente un enjeu social, mais aussi économique pour les entreprises. Plusieurs études montrent qu’1 € investi en prévention représente 3 € récupérés ».
La souffrance des dirigeants
Cette première édition met en lumière trois enjeux majeurs auxquels sont confrontés les sociétés toulousaines et leurs salariés : la santé mentale des dirigeants, les inégalités de genre face aux risques professionnels et l’exposition aux risques chimiques.
Parmi les constats du baromètre, la situation des dirigeants (chefs d’entreprise, créateurs, artisans et indépendants) interpelle particulièrement. Loin de l’image du chef d’entreprise insensible à la pression et capable d’enchaîner 15 heures de travail sans difficulté, la réalité est tout autre. Si les risques liés à la santé mentale concernent 80 % des salariés suivis, les dirigeants figurent également parmi les populations les plus exposées. Au total, plus d’un tiers d’entre eux présentent un risque élevé ou très élevé d’épuisement professionnel.
Trois facteurs expliquent ces difficultés : la surcharge de travail, le ralentissement de l’activité commerciale, la pression fiscale et les conflits avec les salariés. Pour répondre à cette détresse, Prevaly a mis en place une cellule baptisée « ADELE », composée de professionnels de santé formés à l’accompagnement des dirigeants. Le dispositif est encore récent : en 2025, 92 dirigeants ont ainsi bénéficié de ce service.
Femmes : des risques accrus
« Nous remarquons une répartition inégale des risques de désinsertion professionnelle », constate par ailleurs Monique Marpinard, médecin du travail. Qu’elles soient salariées ou dirigeantes, les femmes sont effectivement davantage exposées aux différents risques professionnels que leurs homologues masculins. Le constat est particulièrement frappant. Une femme a en effet deux fois plus de chances qu’un homme de présenter un risque élevé de désinsertion professionnelle.
Les écarts sont également marqués en matière de stress au travail. Monique Marpinard explique ces inégalités de genre par plusieurs facteurs :
Les femmes sont fortement représentées dans les secteurs du soin, de l’aide à la personne, de la propreté, de l’accueil ou du commerce, où les contraintes sont souvent moins visibles, mais bien réelles. »
Gestes répétitifs, charge émotionnelle et horaires atypiques font ainsi partie du quotidien de nombreuses professionnelles. Mais la santé des femmes ne se résume pas à leurs seules conditions de travail. « Les événements de vie comme les grossesses, la période périnatale ou les aidances familiales peuvent engendrer une usure extra-professionnelle », affirme la professionnelle de santé.
Face à ces constats, Prevaly entend désormais construire « une prévention plus inclusive, plus efficace et mieux adaptée aux transformations du monde du travail ».
Le poids de l’exposition chimique
« Cette première édition du baromètre met également en évidence la place importante du risque chimique dans les activités économiques du territoire », explique Céline Bon. Une exposition qui s’explique notamment par le poids de la filière aéronautique dans l’économie toulousaine. À Toulouse, 90 % des sociétés sous-traitantes de cette filière sont adhérentes à Prevaly. Cela représente plus de 17 000 salariés répartis dans 92 entreprises.
Parmi elles, 64 % ont engagé ou finalisé une démarche d’évaluation du risque chimique en 2025. Une entreprise sur trois a même bénéficié d’un accompagnement des équipes de Prevaly. « La difficulté du risque chimique réside dans son caractère souvent invisible », précise Geoffrey Argiles, toxicologue. « Cette absence de signal d’alerte immédiat constitue l’un des principaux défis. »
Et le phénomène ne concerne pas uniquement l’industrie aéronautique. Certains métiers du quotidien sont eux aussi particulièrement exposés. « En général, on n’y pense pas, mais des professions comme coiffeur, agent d’entretien ou boulanger sont également très exposées à ces risques chimiques », rappelle le toxicologue.
Ce baromètre n’est qu’une première étape pour Prevaly. Cet outil devrait être renouvelé tous les ans pour permettre de comparer les données et continuer de comprendre au mieux le monde du travail en constante évolution.