Production de drones : Delair noue une alliance stratégique avec le géant allemand Schaeffler
Défense. La PME toulousaine et le groupe allemand annoncent une coopération stratégique pour bâtir depuis la France une nouvelle capacité industrielle européenne dans le domaine des drones. À la clé ? Une ligne de production capable de livrer 100 unités par jour d’ici novembre 2026.
Les annonces s’enchaînent pour Delair. Quelques jours seulement après avoir officialisé un partenariat stratégique avec le parisien Cerbair autour de la lutte anti-drones, le spécialiste toulousain des systèmes de drones poursuit son changement d’échelle. Le 19 juin 2026, l’entreprise a noué une nouvelle alliance, cette fois-ci avec l’équipementier allemand Schaeffler afin d’accélérer l’industrialisation de la production européenne de drones.
L’objectif est clair : passer à la vitesse supérieure. Les deux partenaires prévoient en effet le lancement d’une nouvelle ligne de production en France capable de livrer 100 drones et intercepteurs par jour d’ici novembre 2026. Une montée en puissance qui doit permettre à Delair de répondre plus rapidement à la demande croissante des marchés de défense, alors que les drones occupent désormais une place centrale dans les conflits modernes.
Cette coopération associe deux expertises complémentaires. D’un côté, Delair apporte son savoir-faire dans la conception, la fabrication, l’intégration et le déploiement opérationnel de systèmes de drones. De l’autre, Schaeffler met à disposition ses capacités industrielles de production à grande échelle. Concrètement, l’accord porte sur la fabrication de drones multirotors et de leurs sous-systèmes associés.
Un virage stratégique pour Schaeffler
Pour le groupe allemand, cette collaboration avec Delair s’inscrit dans une transformation plus large. Équipementier historique de l’industrie automobile, Schaeffler a engagé depuis plus d’un an un virage stratégique majeur pour diversifier ses activités face aux difficultés rencontrées par ce marché.
Comme le rapportait récemment notre confrère Thibaut Madelin dans Les Échos, l’entreprise entend accélérer son développement dans trois nouveaux secteurs : « les robots humanoïdes, la défense et le spatial ». Ces nouveaux métiers doivent représenter à terme « 10 % du chiffre d’affaires de Schaeffler à horizon 2035 ».
Un changement de cap qui illustre l’évolution des grands industriels, désormais à la recherche de nouveaux relais de croissance dans des secteurs jugés porteurs. L’Europe reste une région stratégique pour l’équipementier, qui y compte 62 000 salariés répartis sur plus de 120 implantations, soit plus de la moitié de son effectif mondial de 120 000 personnes, et plus de 250 sites dans 55 pays. En France, il emploie quelque 3 500 collaborateurs sur dix sites, dont six unités de production. L’Occitanie représente à elle seule 1 400 emplois, avec notamment des usines implantées à Toulouse et Foix.
Une nouvelle étape pour la filière drone européenne
Cette coopération doit notamment permettre la fabrication du drone Damoclès, déjà qualifié par la Direction générale de l’armement (DGA) et utilisé par l’Armée de Terre française, ainsi que du nouvel intercepteur Aspik, développé par Delair pour répondre aux nouveaux besoins liés à la menace drone.
Déjà engagée dans la fourniture de drones d’observation, de reconnaissance et de munitions téléopérées notamment destinés à l’Ukraine, la PME élargit ainsi encore son empreinte industrielle. Basée dans la Ville rose et présente également à Marseille, Grenoble et Paris, Delair emploie désormais 250 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 50 M€ en 2025, contre 30 M€ un an plus tôt.
Après son rapprochement avec Cerbair, qui vise à proposer une offre souveraine intégrée allant de la détection à la neutralisation des drones hostiles, Delair franchit une nouvelle marche, celle de la production à grande échelle. L’enjeu est désormais de fabriquer davantage, et plus vite, tout en conservant une maîtrise européenne des technologies critiques.
« Cette collaboration avec Schaeffler marque une étape majeure dans le développement industriel et européen de Delair », explique Bastien Mancini, son PDG dans un communiqué daté du 19 juin dernier, avant de poursuivre :
En combinant notre savoir-faire en matière de systèmes de drones avec l’excellence et la force de frappe industrielle de Schaeffler, nous ambitionnons de renforcer notre capacité de production et d’accélérer la livraison de systèmes de drones de pointe à nos clients. »
Une réponse aux enjeux de souveraineté industrielle
Cette montée en cadence répond à une évolution profonde des usages militaires des drones. Leur faible coût à produire, leur flexibilité d’emploi et leur adaptation rapide aux besoins du terrain en ont fait des équipements incontournables sur les théâtres d’opérations contemporains. Pour les industriels, l’enjeu est désormais de pouvoir produire en série et ainsi d’accompagner la structuration d’une nouvelle filière. « Nous sommes convaincus du potentiel qu’offre l’accompagnement de Delair dans sa croissance, que ce soit par l’assemblage en série, le passage à l’échelle industrielle ou la fourniture de composants », indique ainsi de son côté Rémy Triouleyre, PDG Europe de Schaeffler.
Pour Delair, cette alliance confirme une dynamique de croissance déjà bien engagée. Spécialisée dans la conception et la fabrication de drones civils et de défense, la PME accélère son développement, portée par la demande croissante des marchés militaires. Avec le développement de nouveaux systèmes, le renforcement de ses capacités anti-drones et une production appelée à changer d’échelle, le Toulousain s’impose plus que jamais comme un acteur français majeur des systèmes aériens autonomes.