Produire mieux, plus et sûr toute l’année : le pari d’Arterris pour relancer la filière ovine
Agriculture. Face à une demande en produits ovins de qualité qui dépasse l’offre nationale, la coopérative agricole audoise mise sur le développement de la production locale pour réduire les importations et renforcer la filière française, créant ainsi de nouvelles opportunités économiques pour les éleveurs.
Dans un contexte paradoxal où la consommation d’agneau recule mais où l’offre française reste insuffisante pour répondre à la demande en produits de qualité, Arterris entend reprendre la main. Dans un communiqué daté du 10 mars 2026, la coopérative basée à Castelnaudary, dans l’Aude (1,16 Md€ de CA en 2025 et 2 782 salariés) annonce se mobiliser pour relancer « durablement » la production ovine sur son territoire, principalement en Occitanie et en région Sud.
Forte de plus de 600 producteurs réunis au sein de son Groupement ovins, le groupe veut par son action renforcée enrayer une dépendance croissante aux importations. Et les premiers résultats sont là : depuis le début de l’année 2026, quatre nouveaux éleveurs se sont installés en Occitanie, tous engagés en Label rouge (LR). Un label qui désigne des produits, qui par leurs conditions de production ou de fabrication, ont un niveau de qualité supérieur par rapport aux autres produits courants similaires.
Une filière à lisser sur l’année
Pour Arterris, l’enjeu est clair : produire mieux… et surtout plus régulièrement. Car si l’agneau reste associé aux fêtes de Pâques, la demande, elle, s’étale désormais sur toute l’année. « Nous sommes la seule coopérative à proposer un prix garanti fixé à la semaine, assurant aux éleveurs une visibilité sur leurs revenus tout au long de l’année », souligne ainsi Stéphane Gay, directeur du Groupement ovins Arterris.
Ce dispositif de contractualisation sur 52 semaines, avec prix minimum garanti, vise à sécuriser les exploitations tout en incitant à produire en contre-saison, notamment entre septembre et décembre, période encore déficitaire. Pour y parvenir, le Groupement ovins a déployé un dispositif d’accompagnement financier ambitieux :
- Une aide pour inciter de nouveaux éleveurs à produire en contre-saison ;
- Un différentiel de prix de plus de 21 € par agneau par rapport aux périodes de pleine production ;
- Une aide complémentaire, spécifique à la continuité de production, pour les adhérents qui produisent plus de 30 % en contre-saison.
Ainsi, en 2024, 54 éleveurs ont engagé 5 800 brebis en contre-saison. « L’agneau ne doit pas être un produit de fête occasionnel. Notre mission est de structurer une offre régulière, de qualité et rémunératrice pour les éleveurs », ajoute l’intéressé.
Cette stratégie se concrétise déjà chez les nouveaux installés. C’est le cas de Cédric Barbe et de sa compagne Sophie Pacheto, au Gaec de la Combie, près de Réalmont, dans le Tarn. « Nous clôturons notre première année avec un bilan positif, même si tout n’a pas été simple. L’agnelage en contre-saison, que nous avons mis en place l’été dernier, représentait un vrai défi : nous avons produit un peu moins d’agneaux que prévu, mais nous avons pu mieux les valoriser », explique l’éleveur, à la tête de 375 brebis Label rouge, dont une partie en Agneau Fermier des Pays d’Oc. Et de poursuivre :
Depuis notre installation en octobre 2024, l’accompagnement d’Arterris a été déterminant. Nous avons été conseillés sur les aides auxquelles nous pouvions prétendre et nous bénéficions d’un appui technique régulier, que ce soit sur la conduite du troupeau ou les questions sanitaires. Cela nous permet d’avancer avec plus de sérénité. »
Enjeux : qualité et renouvellement des générations
Autre pilier : la montée en gamme. Près d’un adhérent sur deux produit déjà sous signes officiels de qualité (label rouge, bio ou IGP, indication géographique protégée) pour mieux se différencier face à la concurrence étrangère. En parallèle, la question du renouvellement des générations est centrale. Depuis 2023, plus de 150 installations ont été accompagnées, représentant plus de 16 000 brebis. Le profil des éleveurs évolue : en 2025, « 74 % ont moins de 50 ans », signe d’un certain regain d’attractivité insiste la coopérative.
Au-delà des aides classiques, Arterris mise sur des systèmes mixtes associant élevage ovin et cultures céréalières, avec des bénéfices agronomiques à la clé : valorisation des couverts, fertilisation organique, optimisation des surfaces. Derrière cette relance, un objectif plus large : rééquilibrer un marché structurellement déficitaire en production nationale. Reste désormais à mesurer, dans le temps, l’impact réel de ces dispositifs.
Une stratégie agricole globale
À noter que cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de structuration des filières. Ces derniers mois, Arterris a multiplié les partenariats. En février 2025, elle s’est associée à Europastry pour lancer une filière européenne de blé tendre responsable, avec l’ambition de sécuriser les débouchés tout en diffusant des pratiques agricoles plus durables.
Puis, en juillet 2025, un rapprochement a été officialisé avec Val de Gascogne, afin de développer en Occitanie une filière de blé tendre 100 % locale. Dans cette même dynamique, en novembre 2025, la coopérative s’est également associée au distributeur alimentaire Pro à Pro et à la marque Vivien Paille, avec la signature d’une convention tripartite visant à soutenir la filière du riz de Camargue IGP.