Qui sont les cinq nouvelles entreprises qui viennent d’intégrer le programme d’incubation de Nubbo ?
Innovation. L’incubateur régional vient de dévoiler les noms des cinq nouvelles entreprises qui rejoignent son programme d’incubation. Avec des thématiques telles que l’intelligence artificielle, le spatial, la lutte contre les incendies et l’énergie décarbonée… elles illustrent parfaitement les révolutions technologiques en cours au service de la souveraineté industrielle, de la transition énergétique et de la performance économique.
40. C’est le nombre de start-up que Nubbo ambitionne d’accompagner cette année à travers ses différents programmes. Installé à la Cité, dans le quartier Montaudran à Toulouse, l’incubateur régional prévoit en effet de soutenir 25 jeunes pousses en phase d’incubation et d’accélération et 15 autres entrepreneurs en pré-incubation et pré-incubation deeptech. Des projets majoritairement technologiques avec un modèle économique orienté B2B.
Forte aujourd’hui de neuf salariés, la structure a ainsi accéléré depuis sa création en 2000 le développement de 402 entreprises, représentant au global plus d’1,57 Md€ de fonds levés. À cette kyrielle de start-up, on peut désormais ajouter les noms de Kepplair Evolution, Swan-H, Vecteur, Alyzai et Practicl.ai.
Dans un communiqué daté du 9 mars, Nubbo vient en effet de dévoiler l’identité des cinq nouvelles pépites qui rejoignent son parcours incubation. Dans ce cadre, elles vont bénéficier pendant 12 mois d’un accompagnement à tous les stades de leur évolution, depuis la création jusqu’au démarrage commercial en passant par la structuration financière. Elles peuvent également prétendre à une avance remboursable allant jusqu’à 50 000 €.
Intelligence artificielle, spatial, lutte contre les incendies, énergie décarbonée… les projets retenus illustrent la montée en puissance de technologies de rupture. Un choix assumé par Anne-Laure Charbonnier, directrice de Nubbo. « Cette nouvelle promotion de startups confirme une fois de plus la dynamique de l’écosystème occitan et sa capacité à répondre aux enjeux environnementaux et sociétaux majeurs », assure-t-elle. Et d’ajouter :
Nous sommes fiers d’accompagner ces projets vers la réussite, car nous sommes convaincus que l’innovation locale peut répondre aux grands défis de ce monde. »
Souveraineté industrielle et transition énergétique
Fondée en 2012 par David Joubert, ancien pilote de ligne, et son associé Dominique Legendre, enseignant chercheur à l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse, Kepplair Evolution planche depuis deux ans sur la conversion d’un avion de transport régional en bombardier d’eau. Pour réussir ce pari un peu fou, elle mise sur les qualités de l’ATR 72, un turbopropulseur maniable et robuste construit à Toulouse.
Son objectif ? Faire de cet appareil déjà largement éprouvé un avion de lutte contre les incendies multirôle : l’engin une fois modifié pourra larguer 7,5 tonnes d’eau, mais également effectuer d’autres missions telles que le transport cargo et les évacuations sanitaires. Un choix stratégique qui permet de réduire à la fois la durée et les coûts de développement.
En janvier 2026, la société dont le siège social a été transféré l’an dernier de Paris à Toulouse, a levé 5 M€ pour accélérer les études sur ce nouvel appareil dont la mise en service est prévue avant la saison des feux de l’été 2027. Le projet est par ailleurs soutenu par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSP) ainsi que la Fédération française des métiers de l’incendie.
Verdir la production d’ammoniac (NH3), un composé chimique très utilisé puisqu’il permet notamment de fabriquer les engrais azotés employés en agriculture, c’est l’ambition de l’entreprise toulousaine Swan-H, créée fin 2021, – avec le soutien de Toulouse Tech Transfer (TTT) - par Nicolas Mézailles et Augustin de Bettignies. Cette spin-off du CNRS veut en effet révolutionner la fabrication d’ammoniac qui repose aujourd’hui sur d’énormes usines très énergivore, fortement dépendantes des énergies fossiles. De fait, cette industrie est responsable de 2 % des émissions de CO2 à l’échelle mondiale.
Lauréate en février 2026 du concours les Inn’Ovations de la Région Occitanie, la start-up qui compte une douzaine de salariés, a développé une technologie électrochimique brevetée qui permet de produire de l’ammoniac à partir d’air et d’eau, à basse température et basse pression, ouvrant la voie à une production compatible avec les énergies renouvelables intermittentes (solaire, éolien).
Une véritable innovation de rupture qui permet d’envisager une production locale, modulaire et évolutive, moins coûteuse et moins dépendante des importations. Mais avant de mettre sa solution sur le marché – évalué à 200 Md$ –, elle doit franchir une dernière étape : le développement d’un prototype. Pour le financer, après avoir réalisé en septembre 2024 un tour de table de 1,3 M€ auprès de Thermi Lyon Développement, Irdi Capital et Bpifrance, Swan-H cherche à boucler une nouvelle levée de fonds de 2 M€ cette année. Un objectif bien engagé : la société a déjà convaincu deux fonds d’investissements prêts à investir 1,5 M€.
L’IA au service de la performance économique
Spécialiste de la vision par ordinateur chez Airbus Defence & Space, Adrien Hadj Salah a créé Vecteur en avril 2024 à Flourens, en banlieue toulousaine. Ce diplômé de l’École nationale de l’aviation civile et de l’université technologique de Berlin, s’est donné pour ambition d’accélérer le design des systèmes spatiaux. Une tâche aujourd’hui lente et fragmentée qui peut prendre jusqu’à deux ans pour certains, une durée incompatible avec les exigences et les contraintes des acteurs du New Space.
Sa solution repose sur une approche globale et unifiée du design spatial, intégrant ingénierie, industrie, supply chain et dimensions business au sein d’un même outil. Grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle, l’outil développé par le Toulousain permet de concevoir des systèmes spatiaux jusqu’à 10 fois plus rapidement mais aussi de réduire les risques dans les phases amonts du cycle de développement. Des atouts devenus essentiels dans un marché marqué par une concurrence effrénée.
Alyzai Solutions est une jeune entreprise créée en juillet 2025 par Pierre-Jean Tiné. Cet ingénieur diplômé de l’Insa Toulouse et de TBS Education est passé par Continental, Airbus, Alstom, Safran ou encore Sopra Steria. Après l’échec d’une première start BeOn IoT, lancée en 2019 et spécialisée dans la conception et la production d’objets connectés, Pierre-Jean Tiné a su rebondir en créant Alyzai avec pour ambition cette fois de capitaliser sur son parcours industriel.
L’entreprise développe en effet une plateforme tout-en-un qui aide les entreprises à déployer l’intelligence artificielle à grande échelle. Elle agrège des agents IA, l’automatisation des flux de travail et l’organisation des connaissances dans un espace de travail unique, permettant ainsi de réduire les tâches manuelles et d’accélérer la prise de décision. Cette automatisation des processus concerne l’ensemble des fonctions : la finance, les ventes, les RH, les achats ou encore les opérations. Dans ce dernier domaine, Alyzai permet de concevoir des agents IA dédiés au traitement des aléas comme les non-conformités, les ruptures d’approvisionnement ou les pannes de machines, permettant aux équipes de gagner jusqu’à 25 % d’efficacité opérationnelle tout en réduisant les coûts associés.
Practicl AI, elle, a tout juste trois mois d’existence. Elle a été fondée par Martin Shillo, titulaire d’un MBA de l’Edinburgh Business School. Le dirigeant cumule plus de 10 ans d’expérience à la tête d’équipes d’ingénierie centrées sur l’IA et le machine learning et huit ans dans le secteur des technologies juridiques. C’est justement dans ce domaine que travaille la jeune pousse. Practicl AI a développé en effet ComplianceOS, un agent IA qui automatise l’examen de documents complexes. Objectif ? S’assurer que l’entreprise respecte l’ensemble des lois et normes qui lui sont applicables (le mot anglais compliance signifie conformité). Un enjeu essentiel face à l’accumulation rapide des réglementations, notamment pour les institutions financières.
De fait, aujourd’hui les processus de vérification restent manuels, chronophages et sujets à erreurs. Pour éviter ces écueils, le moteur de traçabilité de Practicl AI garantit, grâce à des outils IA spécialisé dans le droit et la finance, des analyses sourcées, vérifiables et auditables. Résultat ? Le temps d’examen est divisé par 10, permettant d’augmenter la capacité de traitement mais aussi de réduire les coûts et les risques d’erreur.
Avec cette nouvelle promotion, Nubbo confirme sa volonté de soutenir des projets technologiques à fort potentiel, capables de répondre à des défis industriels, environnementaux et économiques majeurs. De l’aéronautique à l’énergie décarbonée en passant par l’intelligence artificielle appliquée aux entreprises ou au secteur juridique, les start-up sélectionnées illustrent la diversité et le dynamisme de l’écosystème d’innovation occitan. Reste désormais pour ces jeunes pousses à transformer l’essai, en passant du prototype ou de la promesse technologique à la conquête de leurs marchés.