Occitanie Géotex : un investissement de 30 M€ pour transformer le chanvre et la laine en pépite industrielle
Industrie. Depuis Larroque d’Olmes en Ariège, la future usine produira du géotextile biosourcé pour le BTP et l’agriculture. Un projet porteur d’une quarantaine d’emplois soutenu par l’État et la Région qui répond à de multiples enjeux : réindustrialisation, souveraineté économique, innovation mais aussi transition écologique.
La réindustrialisation française passe par l’Occitanie. En atteste la pose de la première pierre à Larroque d’Olmes en Ariège le 27 avril dernier en présence du président de la République Emmanuel Macron, de l’usine d’Occitanie Géotex. Un projet innovant alliant géotextiles biosourcés, transition écologique et ancrage territorial.
Des géotextiles 100 % naturels pour le BTP et l’agriculture
Créée en 2023 par Victor Lamego - également président de Biotex Technologies, spécialiste des tenues de travail installé à Lavelanet -, Occitanie Géotex développe une technologie brevetée pour produire des géotextiles à base de chanvre et de laine locaux, issus de filières agricoles régionales. Grâce au procédé d’hydroliage, ces matériaux techniques sont fabriqués sans colle ni déchets, offrant une alternative écologique aux produits pétrosourcés du secteur.
La production annuelle prévue de 10 millions de m² permettra d’approvisionner le BTP, le génie civil et l’agriculture avec des produits durables et décarbonés. Des secteurs gros consommateurs de géotextiles, soit 145 millions de m² en 2022.
Un projet industriel de 30 M€ soutenu par l’État et la Région
Accompagné dès l’origine par Ad’Occ, l’agence régionale de développement économique, le projet représente un investissement de 30 M€, soutenu à la fois par les collectivités et le privé. La Région Occitanie a engagé près de 9 M€, dont près de 3 M€ investis directement au capital de l’entreprise via l’Agence régionale des investissements stratégiques (ARIS) et des prêts garantis. L’État intervient également à hauteur de 6 M€, par le biais de France 2030 et du dispositif Prêt nouvelle industrie (PNI) de Bpifrance.
Côté privé, le groupe Magellim, via ses filiales Baltis et Magellim Reim, spécialiste de l’investissement immobilier en région, finance l’acquisition du foncier et la construction d’un site industriel de 11 000 m² sur une ancienne friche industrielle.
Conçu pour répondre aux besoins spécifiques d’Occitanie Géotex dans le cadre d’un BEFA (Bail en l’Etat Futur d’Achèvement) d’une durée de 11 ans, le bâtiment comprendra des zones de production, de stockage, des espaces de bureaux et des locaux techniques. Le futur site intégrera des panneaux photovoltaïques pour l’autoconsommation énergétique et des procédés économes en eau.
En amont du financement de l’outil de production, Baltis, la plateforme d’investissement de Magellim, a organisé en fin d’année 2025 une levée de fonds d’1 M€ pour accompagner le développement d’Occitanie Géotex. L’opération a ainsi réuni 213 investisseurs particuliers, dont plus de 20 % originaires d’Occitanie, avec l’appui d’un acteur local de la gestion de patrimoine, témoignant de l’ancrage territorial et de l’attractivité du projet.
Une quarantaine d’emplois à la clé
La nouvelle usine contribuera à la création de 40 emplois directs et de plus de 120 emplois indirects, impliquant plusieurs centaines d’acteurs économiques dont de nombreux agriculteurs dans un rayon de 150 kilomètres autour de l’usine (Ariège, Aude, Haute-Garonne et Tarn) pour une production de 8 000 ha de chanvre d’ici 2028.
Chaque année, 16 000 tonnes de chanvre et 1 100 tonnes de laine seront transformées sur place, en partenariat avec des acteurs locaux comme Sage Automotive Interiors et Superyarn, favorisant la réindustrialisation du Pays d’Olmes, un territoire historique du textile français durement affecté par la crise qu’a connu le secteur. À terme, Victor Lamégo espère conquérir 5 à 7 % du marché national du géotextile, soit un CA de l’ordre de 30 M€.
Pour Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, ce projet répond à de multiples enjeux : réindustrialisation, souveraineté économique, innovation et transition écologique. « Là où certains parlent de réindustrialisation, en Occitanie nous la faisons concrètement. En Ariège, nous transformons une friche en usine d’avenir, des ressources locales en innovation, et une ambition politique en emplois, affirme-t-elle. Avec Occitanie Géotex, nous ne posons pas seulement la première pierre d’une usine, nous bâtissons une nouvelle industrie française : plus souveraine, plus décarbonée et profondément ancrée dans nos territoires. » Et d’ajouter :
Ce projet mobilise un écosystème régional complet associant agriculture, industrie et recherche. Il valorise nos ressources locales – laine et chanvre – et illustre une relocalisation concrète des chaînes de valeur, au service de la souveraineté industrielle et de la transition écologique. »
Lors de son déplacement en Ariège, le président Macron a souligné de son côté la pertinence du projet. « lci s’écrit l’avenir de notre industrie textile. C’est bon pour l’emploi, notre souveraineté et le climat », a-t-il ainsi ajouté.
En combinant innovation technique, impact environnemental et retombées économiques, Occitanie Géotex s’impose comme de fait une « véritable vitrine du renouveau industriel français », démontrant que la transition écologique et le développement économique peuvent aller de pair.