Reprise de Fibre Excellence : rejet de l’offre Pigasse, Saint-Gaudens encore en sursis
Industrie. Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté l’offre de reprise du papetier Fibre Excellence portée par Combat Holding. Si l’usine de Tarascon se dirige vers la liquidation, le site de Saint-Gaudens obtient un ultime sursis jusqu’à la fin août. En Haute-Garonne, les salariés occupent l’usine depuis le 21 juillet et promettent de poursuivre leur mobilisation pour sauver le site.
Douche froide pour les 670 salariés de Fibre Excellence répartis sur les sites de Saint-Gaudens en Haute-Garonne et Tarascon dans les Bouches-du-Rhône. Alors que depuis plusieurs mois les élus de terrain et les organisations syndicales se sont fortement mobilisés pour sauver l’industriel, placé en redressement judiciaire le 27 avril 2026, le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté, lundi 27 juillet, l’offre de reprise déposée par le groupe Combat Holding de Matthieu Pigasse.
Une décision qui ne surprend pas totalement Cédric Bye, secrétaire du CSE de Fibre Excellence Saint-Gaudens et élu CGT. « L’offre de M. Pigasse comportait des conditions. On savait que cela pouvait poser problème », explique-t-il. En revanche, il dit ne pas comprendre « l’inaction de l’État » dans ce dossier.
Une nouvelle offre de reprise ?
Seul motif d’espoir : alors que la juridiction consulaire a requis une liquidation en ce qui concerne le site de Tarascon, elle a retenu la lettre d’intention déposée par un industriel pour la reprise du site de Saint-Gaudens. Selon un communiqué publié par la présidente de Région Carole Delga, les juges ont accordé « un délai de 48 heures pour le versement d’une somme de 2 M€ consignée sous forme de garantie ». Ce versement doit conditionner « l’octroi d’un sursis jusqu’à fin août pour présenter une offre de reprise crédible ».
Cette décision n’a pas manqué de faire réagir l’élue PS. Outre une pensée pour les salariés potentiellement concernés par cette liquidation et leurs familles, la présidente de Région fait part de sa colère, regrettant amèrement que « dans notre pays, malgré les promesses, il est si difficile de maintenir l’activité industrielle ».
Un regret d’autant plus fort que le projet de reprise formulé par l’ancien haut fonctionnaire et entrepreneur était, selon elle, « fondé sur un business plan réaliste, une gouvernance solide et une véritable ambition industrielle ». Elle rappelle également que la Région Occitanie pourrait investir jusqu’à 5 M€ dans le projet afin de préserver la filière de la pâte à papier sur le territoire, tandis que la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur pourrait contribuer à hauteur de 3 M€.
Les salariés occupent le site
Sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas. Depuis le 21 juillet, les salariés de Saint-Gaudens ont « pris possession de l’usine ». Ils contrôlent les entrées et les sorties du site et n’autorisent l’accès qu’au personnel indispensable à la sécurité des installations et à la continuité de l’activité.
Pour Cédric Byé, cette occupation répond aussi à une nécessité. L’usine, classée Seveso 2, abrite des produits chimiques nécessitant une surveillance permanente. Elle exploite également une station d’épuration qui traite les eaux usées des communes de Saint-Gaudens, Villeneuve-de-Rivière et Estancarbon. « Les mandataires n’ont pas confirmé qu’un roulement de sécurité serait assuré en cas de liquidation. Nous avons donc pris nos responsabilités pour préserver l’outil de travail et garantir la sécurité du site », explique-t-il.
« Un séisme comparable à la perte d’Airbus pour Toulouse »
Loin de baisser les bras dans ce dossier aux forts enjeux en matière d’emplois, d’attractivité et d’autonomie stratégique, Carole Delga a elle aussi réaffirmé sa détermination. Elle annonce sa volonté de travailler sur cette nouvelle offre de reprise « qui porte une réelle vision industrielle pour le site commingeois. Elle doit permettre de sauver des emplois, d’assurer un avenir pour la filière française de la pâte à papier et plus largement pour notre souveraineté industrielle ».
Pour les représentants des salariés, l’enjeu dépasse largement le sort des seuls employés. « Le maintien de Fibre Excellence est capital pour tout le territoire. Sa disparition serait un séisme comparable à la perte d’Airbus pour Toulouse », estime Cédric Byé. Il rappelle également que l’entreprise joue un rôle essentiel dans la valorisation de la forêt française.
Cette décision du tribunal intervient alors que le ministre de l’Économie Roland Lescure avait récemment estimé que le projet de reprise « n’était pas au niveau ». Une déclaration que conteste fermement l’élu CGT. « Dire que l’offre n’était pas au niveau, c’est une chose. Mais l’argent public serait bien mieux utilisé pour sauver ces sites que pour financer leur liquidation », estime l’intéressé. Des propos qui rejoignent ceux de la CGT et de sa secrétaire générale Sophie Binet, qui avait vivement dénoncé sur X des « calculs politiciens indignes quand des milliers d’emplois sont en jeu ».
Les syndicats assurent en tout cas que la mobilisation se poursuivra dans les prochains jours. « C’est notre usine, on la sauvera », martèle ainsi Cédric Byé. Un communiqué national de la CGT est d’ailleurs attendu ce mardi afin de réaffirmer le soutien de l’organisation aux salariés de Fibre Excellence et de demander une implication plus forte de l’État dans ce dossier.