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Risque cyber : le Gifas met plusieurs millions d’euros sur la table pour sécuriser sa supply chain

Aéronautique. Face à l’explosion des cybermenaces qui ciblent l’industrie aéronautique, le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) lance Cyber Boost. Le programme, doté de plusieurs millions d’euros, doit accompagner 200 PME et ETI de la filière d’ici fin 2027. Avec un objectif : faire de la cybersécurité un nouveau standard de performance industrielle.

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La montée en maturité cyber de la supply chain aéronautique, spatiale et défense est devenue "une priorité absolue" selon Olivier Andries, son président, également directeur général de Safran. (Airbus SAS 2024)

En juin 2025, Thales, un des leaders mondiaux dans le domaine de la cybersécurité, alertait sur la hausse spectaculaire des attaques par rançongiciel dans le secteur aéronautique : +600 % en un an. Dans un rapport dédié aux cybermenaces dans le secteur de l’aérien publié il y a un an, le groupe indiquait avoir recensé 27 attaques majeures impliquant 22 groupes de ransomware entre janvier 2024 et avril 2025. Compagnies aériennes, aéroports, systèmes de navigation, constructeurs et fournisseurs : aucun maillon de la chaîne n’est épargné.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que les cybermenaces évoluent. Elles ne visent plus seulement à interrompre un service. Elles peuvent désormais chercher à dérober des données stratégiques, espionner des entreprises ou accéder à des technologies sensibles. Dans le même document, Thales souligne notamment la progression du cyber-espionnage industriel et les risques pesant sur les systèmes et les chaînes d’approvisionnement.

Or, dans une industrie où les entreprises sont étroitement interconnectées, la vulnérabilité d’un sous-traitant peut rapidement mettre en danger toute une chaîne de production. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) en a encore fait le constat en 2025. Entre janvier et juin, l’agence a observé la compromission par rançongiciel de plusieurs entreprises industrielles impliquées dans la chaîne d’approvisionnement de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) française. Certaines interviennent dans la conception ou la fabrication de systèmes, de pièces et de logiciels pour les secteurs de l’armement et de l’aéronautique, et peuvent donc détenir des informations sensibles susceptibles d’être exposées lors d’une attaque.

« Ces événements de sécurité rappellent ainsi l’importance d’identifier ces sous-traitants essentiels et de les aider à améliorer leur sécurité informatique », souligne l’Anssi dans son Panorama de la cybermenace 2025. C’est précisément sur ce maillon de la chaîne que le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) entend désormais agir.

200 PME et ETI accompagnées d’ici fin 2027

Le groupement qui réunit aujourd’hui 546 membres (grands groupes, ETI, PME et start-up) vient en effet de lancer Gifas Cyber Boost, un programme destiné à renforcer la maturité cyber des PME et ETI de la supply chain aéronautique, spatiale et de défense. Un objectif érigé en « priorité absolue » par Olivier Andriès, président du Gifas et directeur général de Safran dans un communiqué daté du 27 juillet 2026.

Le programme prévoit d’accompagner 200 entreprises d’ici fin 2027 : environ 150 adhérentes du Gifas et 50 membres de pôles ou clusters de la filière aéronautique et spatiale. L’objectif est de leur permettre d’identifier leurs vulnérabilités, de définir des priorités d’action et surtout de progresser en matière de cybersécurité.

De fait, pour le Gifas, la cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux directions informatiques. Elle devient une composante de la performance industrielle. Et de préciser :

Au même titre que la qualité, les délais ou la capacité à livrer, la maturité cyber conditionne désormais la continuité de production, la confiance entre donneurs d’ordres et fournisseurs, l’accès aux marchés et la souveraineté industrielle. »

AirCyber comme référence commune

Le groupement ne part pas d’une feuille blanche. Depuis 2019, la filière dispose d’un référentiel commun avec AirCyber, opéré par BoostAeroSpace, une entreprise fondée en 2011 par quatre géants du secteur : Airbus, Dassault, Safran et Thales. Ce référentiel permet aux entreprises d’évaluer leur niveau de protection, de définir une feuille de route et de progresser selon trois niveaux de maturité : Bronze, Argent et Or. Plus de 430 entreprises ont déjà amélioré leur résilience cyber grâce à ce programme, selon BoostAeroSpace.

Gifas Cyber Boost doit donc accélérer cette dynamique, en particulier auprès des PME et ETI qui ne disposent pas toujours des moyens humains ou financiers nécessaires pour engager seules une démarche de cybersécurité structurée.

Le parcours proposé combine plusieurs leviers : sensibilisation et formation, tests de vulnérabilité et simulations de phishing, diagnostic initial AirCyber, feuille de route personnalisée et dix jours d’accompagnement par des consultants experts. Le dispositif prévoit également une mise en relation avec des partenaires bancaires afin d’aider les entreprises à financer les solutions identifiées.

Un parcours à 21 K€ financé jusqu’à 100 %

Pour les PME et ETI, le principal frein reste souvent le coût. Le Gifas entend justement lever cet obstacle. Le parcours représente en moyenne 21 K€ par entreprise, mais peut être financé jusqu’à 100 % par le groupement. Une condition toutefois : l’entreprise doit démontrer une progression effective dans le référentiel AirCyber. L’enjeu financier est loin d’être théorique. Le Gifas estime le coût moyen d’un incident cyber entre 110 K€ et plus d’1 M€.

Pour une PME industrielle, une cyberattaque peut en effet rapidement dépasser le seul périmètre informatique : arrêt de production, perte de données, perturbation des échanges avec les donneurs d’ordre ou encore vol de propriété intellectuelle. Pour les grands industriels, le risque est tout aussi important. Alors que les constructeurs et équipementiers cherchent à accélérer leurs cadences pour répondre à des carnets de commandes bien remplis, une défaillance chez un fournisseur peut se répercuter sur l’ensemble de la chaîne.

La pression est également réglementaire. La directive européenne NIS2 renforce les exigences en matière de cybersécurité pour un nombre élargi d’acteurs et contribue à faire de la protection des systèmes d’information un enjeu de gouvernance et de continuité d’activité.

Protéger la production autant que les données

Avec Cyber Boost, le Gifas cherche donc à changer d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de sensibiliser les entreprises au risque cyber, mais de leur donner les moyens de mesurer leur niveau de protection, de corriger leurs failles et de progresser dans un référentiel commun à la filière.

Une logique qui répond à un enjeu industriel autant que sécuritaire. Dans une supply chain aéronautique fortement numérisée, la cybersécurité devient une condition pour produire, livrer et rester référencé auprès des grands donneurs d’ordre.

« La cybersécurité est devenue une condition de la performance industrielle », résume Frédéric Parisot, délégué général du Gifas. L’enjeu, ajoute-t-il, est que l’effort demandé aux PME et ETI reste « accessible et soutenable », afin qu’elles puissent continuer à investir dans leur production, leurs compétences et leur transformation.

Pour s’inscrire au programme Gifas Cyber Boost, les entreprises peuvent cliquer ici. Elles ont jusqu’en décembre 2026 pour se porter candidates.