Saracroche : l’application toulousaine qui veut faire taire le démarchage téléphonique
Numérique. Face à la recrudescence du démarchage téléphonique, l’application Saracroche, lancée en mars 2025 par Camille Bouvat, bloque gratuitement des millions de numéros indésirables pour ses 800 000 utilisateurs. Son créateur travaille désormais sur une version payante destinée aux entreprises et vise un déploiement international dès août.
« Bonjour ! C’est Éric, votre conseiller énergie. Je vous appelle pour vous proposer de remplacer votre chauffage classique par une pompe à chaleur… » Au bout du fil, la phrase d’introduction est devenue malheureusement familière. Panneaux solaires, forfaits mobiles, rénovation énergétique : les mêmes scripts se répètent, inlassablement, jusqu’à la saturation. Des appels devenus quasi quotidiens parfois à la limite du harcèlement.
En 2025, plus d’un Français sur deux déclarait encore recevoir régulièrement ce type d’appels, selon l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep). Et ce, malgré un durcissement progressif de la réglementation encadrant – voire interdisant dans certains cas – le démarchage téléphonique non sollicité.
Pire, dans le même temps, les pratiques se sont sophistiquées. Aux centres d’appels classiques s’ajoutent désormais des systèmes de conversation automatisée, souvent générés par intelligence artificielle, capables de simuler un échange humain. À cela s’ajoutent les appels frauduleux, abusifs et les usurpations de numéros, dont les signalements ont augmenté de 113 % sur un an, toujours selon l’Arcep.
Face à cette prolifération, les solutions se multiplient. Parmi les applications récemment apparues sur l’App Store et le Play Store, Saracroche, conçu à Toulouse par le développeur web Camille Bouvat, revendique déjà près de 800 000 téléchargements depuis son lancement en mars 2025.
15 millions de numéros traités
« J’ai créé Saracroche en un après-midi sur un coup de tête », raconte Camille Bouvat, encore surpris par le succès fulgurant de son application, qui a enregistré dès la première semaine plus de 5 000 téléchargements. « À la fin de l’année, j’avais atteint les 80 000. En 2026, ce nombre a été multiplié par dix », détaille l’intéressé. Lancée à l’origine pour aider ses proches à éviter les appels indésirables, Saracroche a rapidement séduit de nombreux utilisateurs, répondant à un besoin croissant de filtrer un volume toujours plus important de numéros.
Derrière le démarchage, des banques, des assurances, des opérateurs télécoms et des fournisseurs d’énergie sous-traitent les appels auprès d’entreprises spécialisées, qui ont l’obligation de se déclarer auprès de l’Arcep. Il existe aujourd’hui 17 plages de numéros avec des préfixes spécifiques au démarchage.
Dans le détail, les préfixes utilisés sont les 0162, 0163, 0271, 0377, 0378, 0424, 0425, 0568, 0569, 0948, 0949, ainsi que ceux allant de 09475 à 09479. L’ensemble représente 12,5 millions de numéros. « L’application est open source. Cela signifie que si certains démarcheurs sortent des sentiers battus et ne se déclarent pas, les utilisateurs peuvent signaler les numéros utilisés », insiste le trentenaire.
L’application considère également comme indésirables certains numéros issus d’opérateurs internationaux, par lesquels passent notamment les fraudeurs (Saracroche nomme ceux concernés sur son site web). « Si quatre opérateurs majeurs sont connus en France, en réalité il en existe plus de 1 500 », souligne Camille Bouvat. Cela représente une manne d’environ 2 millions de numéros, dont certains sont rattachés à des téléphones mobiles.
Gratuité, sécurité et anonymat
Avec les ajouts des utilisateurs, l’application bloque aujourd’hui plus de 15 millions de numéros. Camille Bouvat prévoit aussi de nouvelles fonctionnalités, notamment le traitement des SMS, afin de proposer des outils différents de ses concurrents.
Pour se différencier de ces derniers, Saracroche s’appuie surtout sur une solution gratuite. « Je fonctionne avec un système de dons qui me permet de me dégager un revenu », précise Camille Bouvat, qui estime cependant le nombre de donateurs à 0,5 % des utilisateurs.
Autre aspect majeur de son application : la sécurité des données. « Lorsque vous téléchargez l’application, c’est comme si vous téléchargiez un fichier dans lequel se trouvent les numéros indésirables. Ce système permet de traiter l’ensemble depuis le téléphone, sans passer par une base de données externe », explique-t-il. « Comme tout se fait localement, je n’ai pas besoin de stocker d’informations. En revanche, il m’est difficile d’établir le nombre exact d’usagers. » De plus, les ajouts de numéros se font de manière complètement anonyme.
Un outil en B2B à l’international
Fort d’une visibilité grandissante aujourd’hui, Camille Bouvat annonce développer une version destinée aux entreprises, reposant cette fois sur un système d’abonnement, faute de monétisation directe à ce stade. « J’ai été sollicité par plusieurs gérants de sociétés, notamment Scaleway, spécialiste du cloud computing, qui s’avère être l’hébergeur de Saracroche. Ce dernier m’a proposé de loger gratuitement l’application parce que ses employés utilisent ma solution. »
Si l’ingénieur veut conserver une version gratuite pour le grand public, il prévoit le lancement de la version B2B d’ici trois mois. « Ce volet d’activité comprendrait des listes de numéros personnalisées, un annuaire inversé, des signalements, des blocages, avec un déploiement auprès de tous les services des entreprises clientes. »
Grâce à cette nouvelle offre, le créateur de Saracroche espère trouver un nouveau levier de financement pour le développement de l’application, et, à terme, supprimer le système de dons. Autre volet de sa stratégie de croissance : l’internationalisation. « Le démarchage est une problématique dans tous les pays », explique celui qui a déjà été contacté par certains services publics espagnols.