Scop et Scic : ces quatre entreprises d’Occitanie qui font le choix du collectif
Entrepreneuriat. De la formation à l’industrie, en passant par l’architecture et le sport, les Scop et Scic gagnent du terrain en Occitanie. L’Urscop Occitanie Pyrénées présente quatre structures qui ont opté cette année pour ce modèle coopératif, dans la continuité d’une dynamique marquée en 2025 par 18 créations, 136 emplois et plus de 15,4 M€ de chiffre d’affaires.
Le modèle coopératif poursuit son essor en Occitanie. En 2025, l’Union régionale des Scop Occitanie Pyrénées (Urscop) a accompagné la création de 18 nouvelles entreprises coopératives, contre 14 en 2024. À la clé, 136 emplois créés, contre 76 un an plus tôt, et plus de 15,4 M€ de chiffre d’affaires, contre 8,8 M€. Une progression qui confirme l’intérêt croissant des entrepreneurs pour ces structures où la gouvernance et le partage des responsabilités occupent une place centrale.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance nationale. Longtemps marginales, les sociétés coopératives et participatives (Scop) et les sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic) représentent désormais 3 % des entreprises françaises de deux salariés et plus, soit 4 558 structures et près de 88 000 emplois. Leur autre atout tient en partie à leur résistance dans le temps. 79 % sont en effet encore en activité cinq ans après leur création, contre 61 % pour les entreprises classiques.
Un modèle économique ancré dans les territoires
Derrière ces deux statuts, des fonctionnements distincts. Dans une Scop, les salariés détiennent la majorité du capital et des droits de vote. La Scic, elle, porte un objectif d’utilité sociale en produisant des biens ou des services d’intérêt collectif, en associant potentiellement salariés, bénéficiaires, entreprises et collectivités.
« Dans les deux cas, ce sont des entreprises pleinement économiques, comme les autres, mais dont la singularité tient à leur gouvernance démocratique et leur responsabilité collective », rappelle Nathalie Perrot, dirigeante de l’agence d’architecture Enzo & Rosso et présidente de l’Urscop Occitanie Pyrénées. À fin 2025, l’Occitanie comptait 580 Scop, représentant 7 682 emplois et 778 M€ de chiffre d’affaires. Sur le périmètre de l’ex-Midi-Pyrénées, le réseau en recensait 332, pour 4 407 emplois et 529 M€ de CA.
Pour soutenir cette progression, l’Urscop, basée à Toulouse, mobilise une équipe de 16 personnes et 12 délégués de terrain répartis sur huit départements : Ariège, Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Tarn et Tarn-et-Garonne. L’organisation accompagne les porteurs de projets de la structuration initiale au développement de leur activité, avec du conseil stratégique, de l’ingénierie financière et un suivi après la création. Elle facilite également les mises en relation avec les acteurs économiques locaux.
Cet accompagnement s’appuie sur un réseau de partenaires. La Région Occitanie mobilise environ 150 000 € par an via des appels à projets et des subventions dédiées à la création d’entreprises. Le Département de la Haute-Garonne soutient les initiatives à forte dimension sociale, tandis que l’Urscop collabore avec les fédérations professionnelles, Toulouse Métropole Impact et les incubateurs Première Brique et Alter’Incub, spécialisés dans l’innovation sociale.
Quatre trajectoires coopératives
La diversité des projets qui choisissent ce modèle illustre son potentiel. Dans un récent communiqué, l’Urscop Occitanie Pyrénées met en avant quatre structures ayant fait le choix de la coopération, qu’il s’agisse de transformer une association en entreprise, de consolider une organisation existante ou de porter un équipement collectif.
À Toulouse, Fonetix a franchi le pas en 2026. Spécialisée dans la correction phonétique du français, la structure propose une plateforme d’autoapprentissage de la prononciation, des cours et des formations destinés notamment aux enseignants de français langue étrangère (FLE). Le projet pédagogique a été lancé en 2016 avant une première structuration juridique en 2018. Fondée par trois professeurs, l’activité est née d’une volonté de transmettre des savoir-faire et de mutualiser les compétences.
Le passage en Scop doit désormais permettre de consolider le projet et de l’ouvrir progressivement à de nouvelles compétences. Pour les deux associés Laure Fesquet et Sébastien Palusci, « cette transformation en coopérative n’est pas une rupture, mais la suite logique de notre trajectoire. Nous voulions un cadre juridique aligné avec notre manière de travailler : partager les décisions, co-construire, et permettre au projet d’accueillir d’autres énergies. » En phase d’investissement, Fonetix vient par ailleurs d’être élue Coup de cœur de France Active MPA-Occitanie, réseau qui accompagne les entrepreneurs dans leur financement et leur développement.
Le changement de statut concerne aussi des activités industrielles. À Albi, CRITT Automatisation & Robotique conçoit, développe et installe depuis 1989 des procédés automatisés et robotisés sur mesure pour les entreprises, notamment les PME. La société, dont l’activité intègre la robotique industrielle depuis 2007, emploie 14 personnes, parmi lesquelles huit ingénieurs issus de grandes écoles.
En passant du statut associatif à celui de Scop, la structure entend placer ses équipes au cœur de ses décisions économiques. Douze des 14 salariés sont associés. Un choix de gouvernance qui lie directement les collaborateurs à la conduite de l’activité, dans un secteur où l’expertise technique et l’adaptation aux besoins industriels constituent des leviers de développement.
« Un cadre solide et adapté à chaque projet »
Dans l’architecture, Projet 310 a également choisi de formaliser une pratique collaborative déjà au cœur de son fonctionnement. Fondée en 2009, l’agence toulousaine est devenue une Scop le 1er mai 2026. Ses cinq architectes et chefs de projet interviennent en Occitanie et dans les Pyrénées, en construction neuve comme en réhabilitation ou en réemploi de bâtiments anciens, pour des maîtres d’ouvrage publics et privés.
Le statut coopératif s’inscrit dans une approche qui « revendique l’intelligence collective, le partage du travail et des idées, l’attention portée aux usages et aux habitants ainsi qu’un engagement écologique et bioclimatique », assure l’agence qui a par ailleurs décroché cette année le Trophée national architecture en santé, décerné par la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH), en partenariat avec l’Union des architectes francophones pour la santé (UAFS).
Autre secteur, autre configuration avec Up to You ! À Capdenac, près de Figeac, cette société coopérative d’intérêt collectif a lancé un complexe dédié au padel indoor. Son modèle repose sur 84 sociétaires réunis autour d’un projet commun : développer des équipements sportifs accessibles et ancrés dans le territoire.
La Scic permet d’associer au capital variable des profils divers, des particuliers aux entreprises en passant par les collectivités. Elle revendique également un fonctionnement sans distribution de dividendes, avec 100 % de ses réserves impartageables. « Des équipements sportifs financés par le territoire, pour le territoire, sans banque et sans dividendes », telle est la logique défendue par la structure, qui souhaite faire primer l’intérêt général dans le développement de ses installations. La prochaine étape est déjà engagée avec la préparation d’une nouvelle salle multisport consacrée au futsal, au pickleball et au basket 3x3.
Ainsi, pour Nathalie Perrot, « les Scop et les Scic garantissent un cadre solide et adapté à chaque projet, tout en assurant le respect de l’ADN de l’entreprise ». Pour l’Urscop l’enjeu principal reste donc d’accompagner cette diversité de trajectoires en tenant compte de l’histoire et des besoins de chaque structure, afin d’assurer leur pérennité.