Sécheresse : la double peine des agriculteurs, entre baisse des rendements et hausse des charges
Canicule. La sécheresse met les exploitations agricoles sous pression en Occitanie. Dans l’Aveyron, Cédric Pouget a dû avancer d’un mois l’alimentation de son troupeau de 140 vaches, puisant dans ses réserves de foin. Son exploitation, qui pourrait perdre jusqu’à 32 % de son chiffre d’affaires, illustre les difficultés croissantes des agriculteurs, éleveurs et viticulteurs face au manque d’eau.
Avec 99 des 101 départements impactés en France, dont 67 en situation de crise, la sécheresse de 2026 est en passe de devenir la plus importante de l’histoire, avec un impact économique à tous les niveaux. Si le coût de la sécheresse de 2022 avait été évalué à 5,6 Md€, dont 1,1 Md€ pour le seul secteur agricole, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a anticipé un coût de l’ordre de 10 à 15 Md€ lors d’un point presse qui s’est tenu le 12 août dernier.
Toutes les filières agricoles françaises sont touchées. Après une première canicule dès le mois de juin, la récolte de blé tendre a reculé de 3,9 %, à 31,9 millions de tonnes cette année. De même, le déficit de pluie de près de 70 % enregistré rien que pour le mois de juillet pourrait faire chuter la production de maïs de près de 35 %, à son plus bas niveau depuis 1980.
En Occitanie, la profession tire la sonnette d’alarme. « Les rendements baissent, les charges explosent. Si l’on continue comme ça, 15 à 20 % des agriculteurs ne tiendront pas », a prévenu Jérôme Bayle, président des Ultras de l’A64, auprès de nos confrères de La Dépêche du Midi. En l’absence quasi totale de précipitations le mois dernier, le territoire a mis en place des restrictions d’eau. Sur le terrain, les exploitants peinent à se maintenir.
12 K€ de dépenses supplémentaires
Si les niveaux des nappes phréatiques d’Occitanie ne sont pas les plus bas de l’Hexagone, selon le site Info Sécheresse, le stress hydrique des sols en surface est, lui, bien plus important. Les pâturages ont abandonné leur couleur verte pour le jaune des herbes séchées. « Cela fait maintenant plus d’un mois que j’ai arrêté d’emmener mes bêtes au pâturage », explique Cédric Pouget, trésorier adjoint de la Coordination rurale nationale et éleveur dans l’Aveyron, qui témoigne des conséquences de la sécheresse sur son activité.
À la tête d’un cheptel de 140 vaches, l’exploitant a dû adapter ses pratiques, une situation qui l’oblige à prévoir des dépenses supplémentaires au cours de l’année. « Mes animaux sont nourris avec une partie des stocks de foin prévus pour l’hiver prochain, des stocks que j’ai faits moi-même. » Résultat : il estime devoir dépenser plus de 12 K€ pour reconstituer ces stocks la saison prochaine.
« Nous avons commencé à nourrir les animaux avec ces stocks 40 jours plus tôt que prévu », détaille l’intéressé. Il explique par ailleurs que son troupeau consomme habituellement ces stocks à partir de la mi-août. Avec une consommation de deux tonnes de fourrage par jour, Cédric Pouget estime que cela représente 300 € de dépenses supplémentaires quotidiennes. Une sécheresse qui intervient alors que les veaux, en pleine croissance, doivent également consommer près de 150 kg d’aliments par jour pour l’ensemble du troupeau.
Avec la mise en place de ce nouvel apport alimentaire depuis le 1er juillet, l’agriculteur évalue que l’ensemble de la crise pourrait lui coûter jusqu’à 32 % de son chiffre d’affaires d’ici à la fin de l’été. « En cumulant les charges que j’attribue à la sécheresse, j’ai calculé que j’allais diviser mon résultat d’exploitation par trois », alerte-t-il.
Adapter les prairies avec des légumineuses résistantes
L’éleveur attend désormais un coup de pouce de la part des autorités. « Nous espérons pouvoir bénéficier du régime de calamité agricole, qui doit nous aider à réparer les dégâts non assurables sur nos moyens de production. » Un soutien qui ne pourra être évalué qu’à partir du mois de novembre, car il dépend de l’état de destruction de la végétation :
C’est à ce moment-là que l’on pourra voir si les prairies sont complètement mortes ou si elles peuvent repartir en végétation. »
Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a également annoncé une réunion avec les préfets le 27 août prochain afin de calibrer la mise en place d’un plan destiné à venir en aide aux agriculteurs. Ce plan doit comprendre « des aides d’urgence à la trésorerie et à la relance de la production », ainsi que des indemnisations, a-t-elle déclaré sur RTL.
De son côté, Cédric Pouget se dit sceptique. « Nous attendons une action concrète de la part du gouvernement. » Également propriétaire de 180 hectares d’exploitation, composés de 150 hectares de prairies, de 20 hectares de céréales et de 10 hectares de maïs, l’éleveur craint un impact à long terme sur les périodes de semis.
« Si nous devons faire face à des situations similaires ces prochaines années, il va nous falloir ressemer nos prairies afin de produire davantage de fourrage et de compenser la consommation de foin durant la période estivale, en plus de celle de l’hiver », s’inquiète-t-il. Une démarche qui pourrait lui coûter jusqu’à 30 K€ de plus par an.
Pour s’adapter à un aléa climatique de plus en plus précoce et intense, tout en répondant à des besoins de productivité importants malgré des prix de vente du lait et de la viande particulièrement bas, le syndicaliste explique qu’il cherche à diversifier ses variétés de cultures. « Depuis plusieurs années, nous avons intégré à nos prairies des légumineuses qui résistent mieux à la sécheresse et sont particulièrement riches en protéines pour le bétail », conclut-il.