Entreprises

Spatial : l’Occitanie mobilise 30 M€ supplémentaires d’ici 2030 pour renforcer la filière

Financements. La Région Occitanie annonce une nouvelle enveloppe de 30 M€ en faveur du spatial, dont 10 M€ issus de son fonds souverain régional. Présenté dans le cadre du Space Summit for a Resilient Future, à Toulouse, ce dispositif doit soutenir l’innovation, les applications face au changement climatique, la lutte contre les débris spatiaux et la formation aux métiers du secteur.

Lecture 11 min
Le centre de congrès Pierre Baudi a accueilli les 27 et 28 octobre 2026 le Space Summit for a Resilient Future, un événement organisé par Novaspace avec le soutien de la Région Occitanie (ici représenté par Jalil Benabdillah, vice-président délégué à l’économie, l’emploi, l’innovation et la réindustrialisation). Le SSRF est le nouveau rendez-vous mondial du spatial qui vise à mettre en relation les acteurs internationaux du secteur et à favoriser l’émergence de solutions innovantes et concrètes. (© Léo Arcangeli – Région Occitanie)

L’Occitanie entend consolider sa place dans l’économie spatiale européenne. Dans cette optique, la Région annonce la mobilisation de 30 M€ supplémentaires d’ici 2030 pour accompagner les entreprises de la filière et développer des technologies au service de la résilience climatique et de la sécurité des infrastructures. Sur cette enveloppe, 10 M€ proviendront du fonds souverain régional, destiné à consolider les filières stratégiques du territoire, notamment le spatial, l’aéronautique et la cybersécurité.

Cette nouvelle initiative s’inscrit dans un contexte de concurrence internationale accrue, de tensions géopolitiques et de transformation technologique du secteur. Elle a été présentée dans le cadre du Space Summit for a Resilient Future, organisé les 27 et 28 octobre au Centre des congrès Pierre Baudis, à Toulouse, un événement organisé par Novaspace avec le soutien de la Région.

« Le spatial est bien plus qu’une filière d’excellence technologique, il est un atout stratégique pour anticiper les crises, préserver notre environnement et renforcer notre souveraineté. Aujourd’hui, face à des crises toujours plus complexes, nous devons franchir un cap : faire du spatial un véritable levier de résilience pour notre société. C’est tout le sens du Space Summit for a Resilient Future : mobiliser les acteurs du spatial autour du développement de nouvelles solutions concrètes pour répondre aux grands défis de notre temps », a précisé à cette occasion Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. Et l’élue d’ajouter :

Parce que le spatial de demain se construit dès aujourd’hui, nous faisons le choix d’un spatial plus résilient, plus durable, engagé au service de notre société. Et c’est en Occitanie que nous voulons lui donner toute sa portée. »

Pour la collectivité, l’enjeu est double : conforter le poids industriel du territoire dans l’économie spatiale et favoriser le développement de solutions capables de répondre à des défis terrestres, de la gestion de l’eau à la prévention des risques naturels.

Un nouveau levier pour les applications climatiques

Une partie des financements annoncés doit favoriser le développement d’applications spatiales répondant aux conséquences du changement climatique. Observation de la Terre, surveillance de l’environnement, gestion des ressources en eau, prévision des crues et lutte contre les feux de forêt figurent parmi les domaines ciblés.

La Région accompagne déjà plusieurs entreprises positionnées sur ces marchés. À Toulouse, Agenium, spécialisée dans le traitement d’images pour l’observation de la Terre, a bénéficié de 1,5 M€. Terranis, basée à Ramonville et tournée vers les services de géo-information pour l’agriculture, la viticulture et l’environnement, a reçu 840 000 €. La start-up toulousaine Vortex-io, spécialisée dans l’hydrologie spatiale, a quant à elle bénéficié de 120 000 €.

La Région a également lancé, avec l’entreprise CLS, le programme Gaia Predict. Doté de 1,8 M€ sur trois ans, ce projet vise à cartographier et à suivre les milieux naturels d’Occitanie afin de mieux intégrer la biodiversité dans les décisions publiques. Il s’appuie notamment sur les images satellitaires Sentinel du programme européen Copernicus, complétées par des images à très haute résolution et d’autres données géographiques.

L’objectif est de transformer les capacités d’observation spatiale en outils d’aide à la décision pour les territoires, confrontés à des risques environnementaux croissants.

Débris spatiaux : deux dispositifs pour accompagner les entreprises

Autre priorité de cette nouvelle mobilisation : la lutte contre les débris spatiaux, devenue un enjeu pour la durabilité des activités en orbite et la résilience des infrastructures spatiales.

La Région prévoit deux dispositifs complémentaires. Le premier, baptisé « Zéro Débris Lab », prendra la forme d’un consortium associant laboratoires et entreprises. Il doit favoriser l’émergence de projets susceptibles de répondre aux appels à projets européens, notamment dans le cadre du programme Horizon Europe et de son volet consacré à l’espace. Le second, « Zéro Débris Venture », sera un fonds de co-investissement destiné à accompagner les start-up du secteur aux côtés d’investisseurs privés majoritaires.

Cette orientation fait écho à la présence croissante d’entreprises spécialisées dans les nouvelles activités spatiales en Occitanie. Le britannique Astroscale, acteur du retrait actif de débris spatiaux, a ainsi choisi Toulouse pour implanter une ligne de production en 2024, en lien avec le CNES. Cette implantation a permis la création de 30 emplois, avec l’accompagnement de l’agence régionale de développement économique Ad’Occ.

Une continuité dans le soutien régional à la filière

Cette enveloppe supplémentaire vient prolonger un effort engagé depuis 2016. La Région indique avoir mobilisé plus de 50 M€ pour l’ensemble de la filière spatiale. Avec Ad’Occ, elle revendique avoir contribué à l’installation de 23 entreprises et à la création de 500 emplois depuis 2021.

Plusieurs implantations récentes témoignent des investissements industriels associés à cette politique. Infinite Orbits, spécialisée dans les solutions destinées à prolonger la durée de vie des satellites, a reçu 3,75 M€ de soutien régional, dont 1,95 M€ via le fonds souverain. L’entreprise, installée à Toulouse depuis 2022, a récemment inauguré sa première usine de production et d’assemblage de satellites.

Venturi Space, positionnée sur la mobilité spatiale pour l’exploration de la Lune et de Mars, a annoncé de son côté un investissement de 250 M€ d’ici 2030 sur son site toulousain. L’entreprise, qui emploie actuellement 25 salariés, ambitionne d’atteindre 200 salariés dans sa prochaine usine, dont la mise en service est prévue d’ici fin 2027. Ad’Occ accompagne le projet.

Enfin, OSMOS X, qui développe des solutions technologiques pour les satellites, ouvre un deuxième site à Toulouse. Cette implantation doit permettre la création d’une dizaine d’emplois d’ici fin 2026.

Les compétences, autre chantier de la stratégie

Le développement industriel suppose également de répondre aux besoins de recrutement d’une filière en évolution. Pour accompagner cette montée en puissance, la démarche régionale s’appuiera sur le consortium Cometes – Compétences et Métiers pour l’espace – coordonné par l’Isae-Supaero.

Ce collectif rassemble 26 partenaires, dont 14 issus d’Occitanie. Il vise à augmenter le nombre de formations d’excellence et à créer de nouveaux parcours adaptés aux besoins des entreprises, notamment dans les métiers du New Space.

La Région s’appuie par ailleurs sur une coopération renouvelée avec le CNES. Signée en septembre 2024 par Carole Delga et Philippe Baptiste, président-directeur général du CNES, la convention 2024-2027 prévoit des actions communes en faveur de l’innovation, des capacités technologiques, des compétences et des coopérations internationales.

Cette coopération prolonge la feuille de route spatiale 2023-2027, adoptée fin 2023 avec l’État, le CNES, l’Agence spatiale française, Aerospace Valley et le Club Galaxie. Dotée de 30 M€, cette première feuille de route prévoyait notamment de consacrer 10 M€ au développement de solutions duales fondées sur les technologies spatiales, avec l’objectif de créer 2 000 emplois nets dans la filière en cinq ans.

Cette feuille de route s’est notamment traduite par une initiative autour de la constellation de satellites développée par le toulousain Kinéis et dédiée à la connectivité mondiale. Objectif de l’initiative ? Étudier le cycle de vie d’une mission New Space et son impact environnemental.

Avec cette nouvelle enveloppe de 30 M€ à mobiliser d’ici 2030, l’Occitanie entend donc poursuivre son investissement dans un secteur qui associe souveraineté technologique, développement industriel et applications environnementales. Pour Toulouse et son bassin économique, l’enjeu sera de transformer ces moyens en innovations, en capacités de production et en emplois, tout en consolidant le positionnement international de la filière régionale.