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141e année

Stéphanie Joffre, céramiste par passion

Artisanat. C’est un euphémisme, il est difficile de concevoir ce métier autrement que par passion. Stéphanie Joffre est céramiste depuis 20 ans à Martres-Tolosane, le berceau des arts du feu en Haute-Garonne. Elle a créé son entreprise et s’est prouvée qu’on pouvait vivre de sa passion.

Stéphanie Joffre, céramiste à Martres-Tolosane
Œuvre de Stéphanie Joffre, céramiste à Martres-Tolosane

L’histoire de Stéphanie Joffre pourrait sera conter comme un conte. Étudiante en histoire de l’art, la jeune femme choisit d’effectuer un stage dans l’atelier d’un faïencier (Duran) à Martres-Tolosane. Une véritable révélation ! « Les faïenciers m’ont donné un tube en argile et m’ont demandé de façonner un objet, celui qui me passait par la tête. Je n’y connaissais rien, se souvient Stéphanie Joffre, en souriant, j’ai totalement improvisé. » Le résultat devait être prometteur puisque la céramiste en herbe est restée cinq ans dans l’entreprise. Elle a appris toutes les étapes de la fabrication, a passé de longues heures à se perfectionner. Puis, les céramistes l’ont incitée à voler de ses propres ailes. « Le moment était venu de m’exprimer, ajoute Stéphanie Joffre, un élément déclencheur pour lancer mon entreprise. »

COMMENT SE DÉMARQUER

On ne pense pas vraiment à tout quand on s’installe vous dira Stéphanie Joffre, les doutes vous font avancer. « Le métier de céramiste est une remise en question permanente. On apprend tous les jours, c’est un métier qui permet d’évoluer, de rester humble ». À ses débuts, Stéphanie Joffre a voulu fabriquer des pièces en faïence dans l’esprit de Martres. Puis, elle a vite compris que ce n’était pas le motif qui comptait le plus mais le geste de fabrication qu’il fallait transmettre. L’entrepreneuse a acheté des stocks de moules anciens, les a personnalisés, a investi 20.000 € dans un four de potier. « La faïence, c’est comme une madeleine de Proust, on a une affection très particulière pour la matière. Je me sentais héritière d’une tradition familiale. » Elle a remanié tous les décors et personne n’en a pris ombrage. Son audace a même séduit une nouvelle clientèle au-delà des frontières du département, en Belgique, en Suisse... Son CA est en constante augmentation depuis son ouverture.

LES MAINS DANS LA TERRE, RETOUR AUX SOURCES

Depuis un an, Stéphanie Joffre s’est lancée un nouveau challenge. Elle souhaite mettre en valeur les argiles locales. Ce n’est pas un hasard s’il y a un centre de céramistes à proximité d’une carrière d’argile, la matière première n’est pas loin ou plutôt elle n’était pas loin. Les argiles locales ne sont plus exploitées depuis 50 ans, elle a donc décidé de les ressortir de terre. Avec son vélo et sa pelle, elle cherche, elle creuse. « C’est une démarche écologique, il y a moins de transport de matières premières donc moins de pollution. » Stéphanie Joffre a trouvé comment utiliser ces différentes argiles grâce aux terres sigillées, une technique romaine qui rejoint l’histoire de Martres-Tolosane. « Je vais chercher des argiles dans différents lieux, puis par un procédé de décantation, je récupère de fines particules, j’utilise entièrement la matière comme revêtement. Le résultat est surprenant ». Les ressources sont donc à exploiter, la céramiste aimerait aller plus loin en utilisant uniquement de l’argile locale mais il faudrait qu’une structure se monte pour en faire l’extraction, l’appel est lancé… Stéphanie Joffre fait visiter son atelier, transmet ses techniques au lycée Martin Malvy à Cazères, en CAP céramique. Elle envisage de créer une association de potiers. « Il y a un véritable engouement pour ce métier, beaucoup de demandes de reconversion, les gens sont à la recherche d’une certaine lenteur... »

Dorisse Pradal