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Sunbiose ouvre son capital aux citoyens : 200 K€ pour accélérer l’autoconsommation collective

Énergie. Après avoir validé son modèle sur le terrain, la jeune entreprise gersoise veut désormais changer d’échelle. Sunbiose compte pour cela renforcer ses équipes, industrialiser sa technologie de pilotage énergétique TeeKy et accélérer le déploiement de ses projets solaires en autoconsommation collective auprès des collectivités partout en France.

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Implantée à Cologne dans le Gers, l’entreprise à mission Sunbiose a été créée en 2024 par Raphaël Cervan, aujourd’hui PDG et Thanh Ly, directrice financière. (©Sunbiose)

Sunbiose ouvre son capital. La jeune entreprise gersoise, créée en 2024, vise 200 K€ pour franchir un cap : renforcer son équipe, accélérer le déploiement de ses projets d’autoconsommation collective et achever l’industrialisation de sa technologie de pilotage. La levée est ouverte aux citoyens via la plateforme française Ayomi. Un choix assumé pour une société qui entend faire de l’énergie locale une affaire collective.

« Nous avons validé le modèle sur le terrain. Notre principal frein n’est plus l’intérêt des collectivités, mais notre capacité à déployer plusieurs opérations simultanément », explique Raphaël Cervan, co-fondateur et dirigeant de Sunbiose, qui pilote l’entreprise aux côtés de Thanh Ly, directrice financière. L’objectif est désormais d’« accompagner davantage de communes dès 2027 », poursuit l’intéressé. Le tour de table devrait être bouclé sous deux à six mois, selon la dynamique de la campagne.

Les fonds doivent permettre de recruter des chefs de projet photovoltaïque et un directeur technologique, tout en constituant un réseau de partenaires commerciaux à l’échelle nationale. Une partie du financement pourra également servir à engager directement de futurs projets afin de sécuriser des revenus à long terme.

Produire local, consommer local

Le principe défendu par la société est simple : exploiter les toitures existantes des bâtiments publics pour produire de l’électricité solaire localement, puis la partager avec plusieurs consommateurs situés à proximité. C’est le principe de l’autoconsommation collective. À la différence de l’autoconsommation individuelle, où un propriétaire consomme directement l’électricité produite par ses propres panneaux, plusieurs acteurs (mairie, habitants, commerces ou entreprises) peuvent ici participer à une même communauté énergétique.

Pour une petite commune, le montage peut toutefois vite devenir complexe : financement de l’installation, coordination des participants, cadre juridique, exploitation et suivi de la production. Sunbiose entend prendre en charge cette mécanique. La collectivité met ses toitures à disposition, l’entreprise finance, installe et exploite le dispositif. En contrepartie, la commune verse un abonnement, sans avoir à supporter elle-même l’investissement initial. Elle conserve surtout la main sur la manière dont l’électricité produite est répartie et sur les bénéficiaires qu’elle souhaite privilégier.

« L’électron est un moyen, pas une fin », résume Raphaël Cervan. Derrière les kilowattheures, le dirigeant voit « un véritable outil de politique locale » qui permet de réduire les charges des bâtiments publics, de soutenir les commerces, d’aider certaines familles ou encore de renforcer l’attractivité d’un territoire :

L’objectif n’est pas seulement de produire de l’énergie, mais de générer du lien social, de la gouvernance locale, de la richesse locale et d’augmenter la souveraineté des territoires. »

Sur le terrain, les premières preuves

Le modèle commence à produire ses effets. À Montigny-en-Arrouaise, village de 317 habitants dans l’Aisne, une communauté énergétique réunit une cinquantaine de participants et 14 producteurs. Elle génère environ 10 000 € d’économies par an pour le territoire. Dans le détail, le dispositif permet 3 000 € d’économies sur les bâtiments publics, tandis que 5 000 € sont consacrés sous forme de dons d’énergie aux habitants. Les 2 000 € restants proviennent des économies réalisées grâce à des producteurs tiers, particuliers ou entreprises, qui valorisent leur surplus auprès de consommateurs voisins.

La commune a notamment choisi de financer l’électricité de sa borne de recharge. Un choix qui a accompagné une progression spectaculaire de la mobilité électrique locale. Le nombre de voitures électriques est en effet passé de une à 21 en deux à trois ans, pour une population de 317 habitants. Le projet doit désormais essaimer à l’échelle de la communauté de communes.

Dans le Gers, Gondrin constitue le premier projet déployé par Sunbiose avec une collectivité. La commune a choisi d’investir elle-même dans son installation, tandis que Sunbiose intervient sur les études de faisabilité et la gestion future de l’opération. La maire, Hélène Grillon, y voit moins un simple chantier photovoltaïque qu’un outil de gestion publique : « Nous avons acté que l’autoconsommation collective n’est pas simplement un projet technique mais une véritable démarche de gestion publique afin de maîtriser nos charges et sécuriser notre avenir énergétique. » La commune envisage déjà d’ouvrir le dispositif aux commerces, entreprises et habitants.

TeeKy, pour consommer l’électricité au bon moment

Reste une question centrale : comment consommer davantage d’électricité au moment précis où les panneaux en produisent ? C’est là qu’intervient TeeKy. Ce boîtier se branche sur le compteur et fait remonter les données de consommation. La plateforme indique en temps réel la quantité d’électricité disponible dans la communauté. Les utilisateurs peuvent alors déplacer certains usages vers les périodes de production solaire.

Un lave-linge lancé à midi plutôt qu’à 20 heures, par exemple, permet de consommer directement une électricité produite sur le toit de l’école au lieu de la laisser repartir vers le réseau. À Montigny-en-Arrouaise, cette simple modification des comportements a généré 11 % d’économies d’énergie supplémentaires dès la première année.

Pour Sunbiose, l’enjeu économique se déplace précisément vers cette capacité à consommer localement. Le tarif d’achat du surplus solaire injecté sur le réseau est désormais tombé à 1,1 centime par kWh, tandis que la réglementation pousse à maximiser l’autoconsommation. Plus une communauté consomme elle-même sa production, plus le projet prend de la valeur. Le pilotage en temps réel devient donc un levier déterminant.

Du gagnant-gagnant

Le marché, lui, accélère. Selon Enedis, le nombre d’opérations d’autoconsommation collective a été multiplié par dix en trois ans. Sunbiose gère actuellement une trentaine de projets à différents stades de développement, de l’Occitanie aux Hauts-de-France. L’entreprise intervient en amont, de l’étude d’opportunité à la faisabilité, puis sur la conception, l’assistance à maîtrise d’ouvrage et la gestion de l’opération sur 25 à 30 ans.

Son modèle repose à la fois sur les revenus liés au montage des projets et sur des revenus récurrents, notamment via les abonnements et le déploiement de sa technologie. La promesse faite aux collectivités est que l’abonnement reste inférieur aux économies générées par le dispositif.

Sunbiose ne développe par ailleurs que des installations sur du bâti existant ou des ombrières, jamais au sol. L’entreprise ne se positionne pas comme installateur photovoltaïque et ne choisit pas elle-même les entreprises chargées de poser les panneaux. Elle encourage toutefois les collectivités à privilégier les acteurs locaux.

Industrialiser sans renoncer au local

La prochaine étape est industrielle. TeeKy, dont le boîtier est aujourd’hui fabriqué à Montpellier, doit voir « son processus de fabrication optimisé » pour permettre une production en série tout en conservant une fabrication française. À terme, le dispositif pourrait aussi être commercialisé directement auprès des particuliers. Mais c’est dans une logique collective qu’il prend tout son intérêt : faire correspondre, à l’échelle d’un quartier ou d’une commune, les habitudes de consommation avec la production d’une centrale solaire locale.

Cette stratégie s’inscrit dans le parcours de Raphaël Cervan. Ancien ingénieur en chef chez Airbus, conseiller municipal d’une ville de 10 000 habitants en Haute-Garonne et expert des projets d’énergie citoyenne pour la Commission européenne, il a choisi de s’orienter vers un projet dont l’impact lui paraît plus direct sur la transition énergétique.

Sunbiose a déjà bénéficié d’environ 77 k€ de soutiens sous forme de bourses et de prêts d’honneur, notamment de la part de Bpifrance, d’Airbus Développement et de la Région Occitanie. Son développement s’est également appuyé sur l’accompagnement de plusieurs acteurs de l’écosystème entrepreneurial et académique, dont Créalia, Nubbo, ainsi qu’IMT Mines Albi et EDHEC Entrepreneurs. Engagée au sein de réseaux qui partagent ses ambitions en matière d’innovation et d’impact, le gersois est membre du pôle de compétitivité des énergies renouvelables Derbi-Cemater, de la French Tech et de la Communauté du Coq Vert.

Installée à Cologne, dans le Gers, au sein d’un incubateur d’entreprises, la société revendique cet ancrage rural. « On peut innover à la campagne et pour la campagne », défend son fondateur. Avec ce premier tour de table, Sunbiose entend désormais passer de quelques démonstrateurs et projets en cours à une capacité de déploiement nettement supérieure. Et faire des toits publics non plus seulement des surfaces disponibles, mais des actifs énergétiques au service du territoire.