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Taleez, l’ascension discrète d’un champion toulousain des logiciels RH

Success-story. Partie d’une idée de plateforme pour candidats en recherche d’emploi, Taleez a opéré un virage stratégique pour devenir un acteur reconnu des logiciels de recrutement destiné aux PME et ETI. Une décennie plus tard, la société toulousaine surfe sur un développement à vitesse grand V et entend franchir un nouveau cap avec l’intelligence artificielle.

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La société Taleez a été fondée en 2016 à Toulouse par Fabien Rigollier, directeur général, Jean-Yves Goubet, responsable technique et enfin, Florian Fine, responsable produit. (©Taleez)

Dix ans après ses débuts à Toulouse,Taleez s’est imposée discrètement dans le paysage des logiciels de recrutement. L’entreprise, qui compte aujourd’hui plus de 700 clients et 20 000 utilisateurs, affiche une croissance moyenne de 40 % sur les cinq dernières années, un taux de renouvellement de 98 % et revendique un développement largement autofinancé.

Installée depuis novembre 2024 dans de nouveaux bureaux à Compans-Caffarelli, après avoir longtemps évolué au sein de l’IoT Valley à Labège, la société de 20 salariés prépare désormais un nouveau cycle de développement, porté notamment par l’intelligence artificielle.

« Quand j’ai co-fondé Taleez, je voulais construire une structure qui se mesure à l’utilité qu’elle apporte à ses clients. Une entreprise pragmatique, indépendante et exigeante. Dix ans plus tard, je mesure le chemin parcouru avec nos clients qui nous ont fait confiance et nous ont permis de grandir sans jamais nous dénaturer », se félicite Fabien Rigollier, son directeur général.

D’une plateforme pour candidats à un logiciel RH pour PME

L’histoire de Taleez débute pourtant loin de son modèle actuel. En 2014, Fabien Rigollier, alors développeur indépendant, s’associe à Florian Fine, issu d’Orange, puis à Jean-Yves Goubet, ancien de Bull, multinationale qui fabrique notamment des supercalculateurs. Leur première idée consiste à développer un outil destiné aux candidats afin de centraliser et suivre leurs recherches d’emploi.

Le concept séduit rapidement. La plateforme rassemble jusqu’à 400 000 utilisateurs. Mais un obstacle majeur apparaît : la difficulté à monétiser le service. « Nous avons compris que les candidats n’étaient pas les financeurs du marché. Les entreprises étaient celles qui investissaient réellement dans les outils de recrutement », explique Fabien Rigollier. Le trio d’entrepreneurs décide alors de pivoter tout en restant dans l’univers de l’emploi. Dans son viseur, les PME qui, à l’époque, sont peu équipées en logiciels spécialisés pour gérer les recrutements. Ce virage stratégique donne naissance à Taleez, officiellement lancé en 2016.

Une levée de 100 K€ en pré-amorçage

Comme beaucoup d’entreprises technologiques régionales, Taleez a bénéficié de plusieurs coups de pouce au démarrage. Les fondateurs financent d’abord le projet sur leurs fonds propres avant de réaliser, en 2015, une levée en pré-amorçage de 100 K€ auprès de proches et d’entrepreneurs toulousains. « L’accompagnement de l’IoT Valley a également joué un rôle déterminant dans la structuration de notre projet, sans oublier le soutien de Bpifrance », souligne le dirigeant.

Mais contrairement à de nombreuses jeunes pousses de la French Tech, Taleez choisit ensuite un autre chemin : celui de l’autofinancement. Depuis dix ans, sa croissance repose essentiellement sur les revenus générés par ses clients, sans dépendance à des investisseurs extérieurs. Une stratégie qui lui permet aujourd’hui de revendiquer son indépendance tout en affichant plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires et une croissance annuelle à deux chiffres.

Un logiciel robuste et fiable

Dans un marché des ATS (applicant tracking systems) particulièrement concurrentiel, Taleez revendique un positionnement à contre-courant. En effet, le Toulousain ne cherche pas à multiplier les fonctionnalités mais à proposer celles qui répondent réellement aux besoins des recruteurs. « Nous privilégions la qualité à la quantité. Notre objectif n’est pas d’avoir le plus de fonctionnalités possibles mais les plus utiles », insiste Fabien Rigollier.

L’éditeur met également en avant un argument devenu stratégique : la souveraineté technologique. Développement, support, maintenance, hébergement des opérations, tout est piloté depuis Toulouse sans externalisation. « Nous sommes une entreprise française qui développe son produit en interne. C’est un sujet important pour nos clients, notamment sur les questions de conformité RGPD et de maîtrise technologique. »

Cette maîtrise interne contribue à la fiabilité de la plateforme affirme le dirigeant. Il en veut pour preuve la faible remontée de problèmes techniques. L’entreprise indique n’avoir enregistré qu’une poignée de bugs chaque mois l’an dernier, un résultat qu’elle attribue notamment à la stabilité de son équipe technique, « présente pour certains collaborateurs depuis près d’une décennie ».

Accompagnement et formation des clients

Conçu pour les PME et les ETI, Taleez permet de centraliser les recrutements, diffuser automatiquement les offres d’emploi et gérer de manière collaborative les candidatures. L’outil est utilisé dans l’ensemble des secteurs économiques, avec une forte présence dans l’industrie, la banque-assurance et le transport-logistique, des domaines où la maturité numérique des services RH est généralement plus avancée. Dans son portefeuille clients figurent notamment l’Opéra national de Paris, Bpifrance, la Ville d’Annecy, Irrijardin, Pylones ou encore La Villette.

En 2025, la plateforme a franchi plusieurs caps avec plus de 98 000 offres publiées, plus de 35 000 recrutements réalisés et 3,9 millions de nouvelles candidatures enregistrées. Autre particularité du modèle Taleez : l’accompagnement client. Chaque nouvelle entreprise bénéficie de trois mois de formation et de suivi afin de prendre en main l’outil et d’automatiser progressivement ses processus RH. « Nous ne vendons pas uniquement un logiciel. Nous vendons aussi une prestation d’accompagnement. Un client bien formé sollicite moins le support et renouvelle plus facilement son abonnement », insiste Fabien Rigollier.

L’IA comme accélérateur

Pour ses 10 ans, Taleez annonce ouvrir un nouveau chapitre dans son développement avec l’intégration de l’intelligence artificielle au sein de sa plateforme. Un chantier engagé depuis plusieurs années, dans l’attente que « les technologies génératives atteignent un niveau de maturité jugé suffisant », explique l’intéressé, avant de rassurer : « L’objectif n’est bien sûr pas de remplacer les recruteurs. Ils restent les maîtres à bord ! »

L’IA doit intervenir comme « un assistant » capable d’apporter davantage de visibilité et d’aide à la décision tout au long du processus de recrutement (analyse des CV, qualification des candidatures, préparation des entretiens, évaluation des profils, etc.). « L’IA doit rester un levier de simplification. Le but est d’apporter des gains de temps concrets aux recruteurs », complète Jean-Yves Goubet, directeur technique. Au-delà de l’innovation produit, l’intelligence artificielle apparaît aussi et surtout comme un argument commercial sur un marché où les entreprises attendent désormais des fonctionnalités intelligentes intégrées à leurs outils RH.

Pour accompagner et accélérer sa croissance dans les années à venir, Taleez prévoit par ailleurs plusieurs autres chantiers structurants entre modernisation de son application, rebranding, enrichissement des fonctionnalités d’évaluation des candidats ou encore renforcement de son organisation commerciale. Enfin, le Toulousain entend également poursuivre le développement de Taleez Média, son média spécialisé dans les ressources humaines et le recrutement, qui revendique déjà plus de 8 000 visites mensuelles.