Telegrafik engage une validation clinique pour ses dispositifs connectés dédiés aux seniors
Santé. La healthtech toulousaine, spécialisée dans la télésurveillance et l’accompagnement des personnes âgées, a été retenue dans le cadre d’un appel à projets national porté par la Banque des Territoires et la Caisse des Dépôts pour préparer sa première étude clinique de trois ans. Une étape clé pour cette PME en pleine accélération, en France comme à l’international.
Avec le vieillissement de la population française, la « silver economy » connaît une croissance soutenue. Ce marché, qui regroupe l’ensemble des activités économiques et industrielles destinées aux seniors de 60 ans et plus, était estimé à plus de 60 Md€ en 2024 par le cabinet d’études privé Xerfi. Un secteur en plein essor sur lequel s’est positionnée la pépite toulousaine Telegrafik, fondée en 2013 par Carole Zisa-Garat et implantée à Saint-Martin-du-Touch, en périphérie de la Ville rose.
Spécialisée dans les solutions numériques et connectées dédiées à l’accompagnement des personnes âgées, l’entreprise, qui compte 22 collaborateurs, poursuit son développement. Elle a clôturé l’année 2025 avec une hausse de 50 % de son chiffre d’affaires récurrent et vise une progression supplémentaire de 40 % en 2026.
Déployées sur plus de 520 sites en France, en Belgique et en Espagne (Ehpad, résidences seniors, maintien à domicile…), ses technologies accompagnent aujourd’hui plus de 35 000 bénéficiaires. Sa plateforme permet aux professionnels du soin et de l’accompagnement de sécuriser les personnes âgées en perte d’autonomie grâce à l’analyse des données issues de dispositifs connectés. Objectif : renforcer la prévention, améliorer la coordination des intervenants et favoriser un maintien à domicile plus long.
Une validation clinique décisive
Cette expertise a permis à Telegrafik d’être retenue parmi les lauréats du Grand Défi France 2030 « Dispositifs médicaux numériques au service des personnes âgées et du bien vieillir », opéré par la Banque des Territoires et la Caisse des Dépôts. Les 17 projets sélectionnés ont été annoncés lors de VivaTech, le 19 juin, par Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées.
Cette sélection ouvre une nouvelle phase pour la PME toulousaine, qui va engager une démarche de validation clinique et de marquage CE de sa plateforme technologique. Celle-ci intègre plusieurs outils de télévigilance.
Parmi eux, « Bed Otono-Me » est un lit équipé de capteurs, conçu avec son partenaire américain Withings, qui alerte le médecin traitant en cas de difficulté à se lever. « Care-Me Check » permet de relever à distance les constantes vitales (tension, température, taux d’oxygène, poids, etc.). « Prevent-Me » est un outil de repérage des baisses de capacité des patients, notamment en matière de mémoire, de vue, d’audition ou encore d’humeur. Dans les centres de santé, « Alert-Me » détecte les chutes et les situations inhabituelles grâce à des capteurs installés dans les chambres et les espaces communs.
Une phase de négociation va désormais s’ouvrir avec les structures organisatrices, qui prévoient de financer 50 % des coûts de la première étude clinique menée par Telegrafik. Une étape décisive pour démontrer l’efficacité de la plateforme et accélérer son adoption. « Nous voulons prouver que nous parvenons à allonger la durée de maintien à domicile des patients, à faciliter le travail des professionnels de santé tout en diminuant les hospitalisations non programmées », explique Carole Zisa-Garat.
Mesurer l’efficacité sur le terrain
L’étude évaluera la capacité des technologies Telegrafik à prévenir la perte d’autonomie, réduire les hospitalisations et les passages aux urgences, mais aussi à améliorer la coordination des professionnels grâce aux données collectées par les dispositifs connectés.
Menée sur trois ans, dont deux années de phase interventionnelle, elle portera sur 150 patients équipés de la plateforme Telegrafik. Leurs données seront comparées à celles de 300 patients ne bénéficiant pas du dispositif afin de mesurer concrètement son impact sur les parcours de soins et le maintien à domicile.
Pour mener ce projet, l’entreprise s’appuiera sur plusieurs partenaires engagés dans l’innovation en santé : le CH de Castres-Mazamet, le CHRU de Tours, le CHU de Martinique ainsi que Withings, industriel spécialisé dans les dispositifs médicaux connectés. Elle sera également accompagnée par un comité scientifique composé du Gérontopôle d’Île-de-France (Gérond’if) et de spécialistes en gériatrie.
Vers une prise en charge par l’Assurance maladie ?
Cette validation clinique pourrait permettre à Telegrafik d’accéder au dispositif de prise en charge par l’Assurance maladie de la télésurveillance des pathologies chroniques, inscrit dans le droit commun depuis le 1er juillet 2023.
« Si un patient est notamment atteint d’une bronchopneumopathie chronique obstructive ou d’une insuffisance cardiaque, son médecin peut lui prescrire notre dispositif afin de le suivre à distance », précise Carole Zisa-Garat. « Une fois les résultats publiés, nous pourrons obtenir l’aval de la Haute Autorité de santé ainsi que celui du ministère de la Santé. »
Au-delà de cette reconnaissance réglementaire, l’étude doit renforcer la crédibilité médicale de Telegrafik et faciliter l’intégration de ses technologies dans les parcours de soins.
L’international en ligne de mire
Cette étape représente également un enjeu stratégique pour le développement international de l’entreprise. « Dans le cadre de notre stratégie à l’export, nous devons réaliser des publications scientifiques démontrant notre impact positif sur le système de santé ainsi que sur le quotidien des personnes âgées », explique la dirigeante.
Ces résultats doivent permettre à la PME toulousaine de convaincre de nouveaux clients et de déployer sa plateforme grâce à de nouvelles licences à l’étranger. Telegrafik vise notamment plusieurs marchés européens, dont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Danemark, les pays germanophones et l’Europe du Nord. « Nous voulons devenir le premier acteur européen dans le secteur de la télésurveillance médicale », conclut avec ambition Carole Zisa-Garat.