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140e année

Une croissance éclair pour Flash Therapeutics

Innovation. Pionnière et propriétaire de l’ARN messager qui a la particularité d’être d’origine biologique contrairement aux produits de Pfizer et Moderna, la biotchec Flash Therapeutics, basée à Toulouse, vient de lever 15 M€. L’objectif est de doubler, en deux ans, sa capacité de production et ainsi d’accélérer la mise sur le marché d’un nouveau vaccin contre la Covid en 2022.

Pascale Bouillé, PDG de Flash Therapeutics. DR

La biotech toulousaine Flash Therapeutics, spécialiste des thérapies par transfert d’ARN et d’ADN pour le compte de biotechs et de la recherche publique, est un peu à contrecourant des vaccins qui inondent le marché depuis quelques mois, dans la prévention contre la Covid. En effet, la société toulousaine de thérapie génique, qui développe un procédé entièrement biologique, s’apprête à positionner le pays de Pasteur en tant que leader mondial de la bioproduction des technologies lentivirales à ADN et ARN.

« De nombreuses équipes utilisent le système viral du virus de l’efficience humaine pour transférer de l’ADN. Nous avons fait le pari de l’utiliser pour transférer de l’ARN (à savoir une « photocopie du gène »), une technologie que nous avons brevetée en 2015. Cette dernière a été spécifiquement conçue pour encapsider du matériel génétique pour une expression transitoire des mécanismes d’édition de génomes, des antigènes ou des facteurs spécifiques cellulaires dans les cellules et les tissus. Et à l’heure actuelle, contrairement aux vaccins Pfizer ou Moderna qui synthétisent l’ARN à partir de procédés chimiques, nous fabriquons le procédé à partir de cellules humaines, ce qui lui confère un taux de réponse bien meilleur, car il n’est pas reconnu comme un étranger par le corps humain », souligne Pascale Bouillé, PDG de Flash Therapeutics, société issue de la fusion de Vectalys et de Flashcell, il y a trois ans.

Un nouvel outil de production

Ce nouvel outil, qui se veut une promesse plus rapide et efficace contre la Covid, a notamment été lauréat de l’AMI Capacity Building en début d’année 2021 dans le cadre du plan de relance, doté d’une enveloppe de 1,5 M€. Ce joli coup de pouce a ainsi pour objectif d’augmenter les capacités de production des lots cliniques et commerciaux grade GMP de vaccin Covid19 à ARN en 2022.

« L’objectif d’ici 2023 est de poursuivre l’agrandissement, avec cette fois des zones de productions de lots cliniques et d’atteindre ainsi une surface de plus de 2000m2 »

« Cette enveloppe, qui a été doublée d’une aide de la Région à hauteur de 1 M€, nous a permis d’avancer sur l’étape de la plateforme de bioproduction », laquelle a pris ses quartiers dans un module indépendant du Centre d’Innovation Pierre Fabre. Un projet de production à grande échelle nécessaire pour convaincre notamment les industriels, « car durant trop longtemps les investisseurs ont fait preuve d’un manque de confiance envers la recherche française. Ce nouvel outil de production nous permettra aussi de gagner des contrats commerciaux avec des sociétés de biotechnologies intéressées par notre technologie. »

70 collaborateurs d’ici deux ans

Pour couvrir l’ensemble de ses développements en cours, la pépite toulousaine, qui ambitionne de fabriquer en série son vaccin dans sa nouvelle plateforme de biopropduction de 2000 m2d’ici le second trimestre 2022, a également signé un accord de financement de 15 M€, sur trois ans, auprès de TechLife Capital et d’Elaia Partners, son investisseur historique. « 800 m2 sont d’ores et déjà en fonctionnement, pour l’activité des lots dédiés à la production et au contrôle de vecteurs de qualité de recherches. L’objectif d’ici 2023 est de poursuivre l’agrandissement, avec cette fois des zones de productions de lots cliniques et d’atteindre ainsi une surface de plus de 2000m2. Nous envisageons de réaliser 120 lots par an », explique Pascale Bouillé.

Pour rappel, une première tranche de 4M€ versée en juillet est consacrée au développement de ses infrastructures de bioproduction et au renforcement de ses équipes commerciales, procédés, analytique et production. Ainsi, forte de près de 35 salariés, Flash Therapeutics qui a déjà recruté six nouveaux collaborateurs depuis la levée de fonds, envisage de doubler son effectif d’ici deux ans. Si les études cliniques sur des patients doivent attendre la fin des travaux, les premières études sur animal, ont, quant à elles, déjà été menées en collaboration avec le laboratoire Cemipai basé à Montpellier.

Combattre le cancer

Pour l’étape suivante, la start-up devra s’appuyer sur un autre laboratoire, un choix dont Sanofi semble être exclu « car ce dernier vient de conclure un accord avec Translate Bio aux États-Unis et ne souhaite pas faire des essais de système biologique, regrette la PDG. Ainsi, même si nous préférons que la technologie relève entièrement de la souveraineté française, nous visons l’international dont des biotechs. »

Si l’attention est actuellement principalement portée sur le combat contre la Covid, Flash Therapeutics développe également des technologies applicables pour le cancer, la médecine génératrice et les maladies génétiques. Dans le cadre d’un programme européen, qui réunit une dizaine de partenaires, Flash Therapeutics, entend collaborer avec le CHU de Toulouse d’ici quelques mois dans la prise en charge du lymphoedème ou dit la maladie du « gros bras », chez des patientes atteintes du cancer du sain. Preuve que le marché de la bioproduction connaît désormais une envolée, ce qui n’était pas encore le cas en France lorsque la biotech a changé de nom.

« De fait, il y a de plus en plus de laboratoires qui décrivent le même type de technologie dans leur publication notamment en Chine, au Japon et aux États-Unis ce qui nous donne plus de poids auprès des industriels. Et si cette technologie a été développée et valorisée avec des collaborations en France et aux notamment aux États-Unis, aujourd’hui il faut aller plus vite », conclut Pascale Bouillé. Flash Therapeutics qui réalise plus de la moitié de son CA à l’international – lequel représente 2 M€ en 2020 –, souhaite « continuer sur cette lancée » et espère réaliser une croissance de 70% en 2021.

Jennifer Legeron