Entreprises

Viraj Aero lève 4,5 M€ pour décarboner l’aviation grâce à l’injection vapeur

Aéronautique. 4,5 M€ levés, 15 emplois créés à Toulouse-Blagnac, un prototype en 2027 : Viraj Aero accélère. Portée par deux ingénieurs de l’Isae-Supaero, cette jeune pousse mise sur l’injection de vapeur pour décarboner l’aviation. Une innovation soutenue par Irdi Capital Investissement, la Région Occitanie et Bpifrance, grâce à laquelle l’entreprise espère devenir l’un des acteurs de référence de la propulsion bas carbone pour l’aviation légère et régionale en Europe.

Lecture 6 min
Joseph Risson et Mathilde Bouilloux, les cofondateurs de Viraj Aero, prévoient le vol d’essai d’Ailefroide, un avion de quatre places équipé d’une turbine à injection vapeur, dès 2027. (©Viraj Aero)

En 2021, l’Isae-Supaero publiait un rapport intitulé « Référentiel Aviation et Climat ». Objectif ? Sur la base d’éléments scientifiques indiscutables, chiffrer précisément l’impact de l’aviation sur le climat. Ainsi, selon l’école d’ingénieurs toulousaine, si on se limite aux seules émissions de CO2, l’aviation commerciale peut être tenue pour responsable de 2,6 % des émissions mondiales (chiffre de 2018).

Cependant, si l’on prend en compte l’ensemble des effets CO2 et non-CO2 comme les traînées de condensation qui réchauffent l’atmosphère ou les émissions d’oxydes d’azote (NOx), le niveau est proche du double. Ainsi l’aviation commerciale a représenté à elle seule 5,1 % de l’impact climatique sur la période 2000-2018.

Les acteurs aéronautiques cherchent aujourd’hui à réduire cet impact via l’utilisation de carburants aéronautiques durables (SAF), les innovations technologiques (moteurs plus sobres, avions électriques) ou encore l’optimisation du trafic aérien. Mais d’autres pistes existent, moins mises en avant, comme la réduction des effets non-CO2. Représentant près de la moitié de l’impact climatique de l’aviation, leur limitation représente de fait un levier d’action majeur.

Pionnière de l’injection de vapeur embarquée

C’est justement la voie qu’a choisie la start-up toulousaine Viraj Aero, fondée en 2024 par deux ingénieurs aéronautiques diplômés d’Isae-Supaero, Mathilde Bouilloux et Joseph Risson. Un an auparavant, alors âgé de 24 ans, le jeune entrepreneur avait raflé le prix Lopez-Loreta, doté de 1 M€, pour poursuivre le développement d’un projet très innovant de propulsion décarbonée. Il consiste à intégrer à bord des avions une technologie utilisée depuis plusieurs décennies sur les turbines terrestres, notamment dans le secteur de l’énergie : l’injection de vapeur.

Depuis l’idée a fait son chemin au point que la jeune pousse vient de lever 4,5 M€ auprès notamment de la société de capital risque régionale, Irdi Capital Investissement. Ont également pris part à cette augmentation de capital l’accélérateur Climate Founders, ARTS, partenaire industriel de l’entreprise, Occseed, société d’investissement en amorçage fondée par la Région Occitanie et le groupe BPCE, ainsi que plusieurs business angels et de family offices spécialisés dans l’aéronautique et la transition climatique.

Concrètement, Viraj Aero, qui bénéficie également d’une aide au développement Deeptech de Bpifrance, mise donc sur l’injection vapeur pour proposer une technologie complémentaire aux solutions déjà présentes sur le marché ou en cours de développement telles que les SAF, l’hydrogène ou l’électrification. Mais pour ce faire, elle a dû lever un verrou majeur.

En effet, jusqu’à présent, son application à l’aéronautique se heurtait à un obstacle de taille : la nécessité d’embarquer d’importantes quantités d’eau, au détriment de la masse et des performances de l’appareil. Un écueil qu’elle entend contourner en récupérant l’eau présente dans les gaz d’échappement du moteur. «  Celle-ci peut ensuite être réinjectée sous forme de vapeur dans la turbine, afin d’améliorer son rendement, de réduire la consommation de carburant et de limiter les émissions polluantes », détaille l’entreprise dans un communiqué daté du 31 août 2026.

De l’aviation légère aux appareils de 72 places et plus…

Forte de ces nouvelles ressources, la pépite, qui emploie déjà 15 collaborateurs sur le site de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, souhaite renforcer ses capacités d’ingénierie. Objectif ? Faire voler dès l’an prochain Ailefroide, un prototype d’avion quatre places équipé d’une turbine à injection de vapeur. Ceci en attendant l’obtention de la certification d’EYJA, son premier système propulsif destiné à l’aviation légère (avions de deux à quatre passagers) ainsi qu’aux hélicoptères de petite capacité.

Avec EYJA, dont la mise sur le marché est prévue à l’horizon 2029, Viraj Aero promet une diminution jusqu’à 40 % de la consommation de carburant et jusqu’à 99 % des émissions d’oxydes d’azote. Toutefois, l’entreprise a de plus grandes ambitions. Elle développe en parallèle le programme AMA, afin d’adapter sa technologie de propulsion aux avions régionaux jusqu’à 72 places. Avant, pourquoi pas, de l’étendre à des aéronefs de plus grande capacité. Elle espère ainsi diminuer l’impact climatique des vols jusqu’à 75 %.