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Water Ecosystem : l’innovation qui transforme l’air en eau pour lutter contre la sécheresse

Innovation. Alors que les sécheresses se font plus intenses et qu’elles dépassent parfois la période estivale, la start-up Water Ecosystem implantée à Perpignan, développe un générateur qui transforme l’humidité de l’air en eau via le photovoltaïque. Encore en plein développement, elle affiche pourtant des ambitions XXL avec la commercialisation de prototypes dès cette année et un lancement à l’international à partir de 2028.

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À l’aube de la commercialisation, la jeune pousse Water Ecosytem, aux deux salariés et co-fondateurs Yann Bacher et David Mardivirin, projette déjà de s’attaquer au marché international. (©Water Ecosystem)

Si la canicule de 2022 a été la plus longue avec 22 jours de chaleur étouffante dans l’Hérault par exemple, pour un coût estimé à 5,6 Md€ pour l’État, selon le ministère de la transition écologique, ces épisodes climatiques tendent maintenant à se multiplier. Ainsi l’été 2023 a été le plus chaud jamais mesuré en France depuis 1900 tandis qu’en 2025, des records de température ont été battus dès le mois de juin et de fortes températures qui se sont maintenues tard dans la saison avec le 4 août près de 42°C enregistré à Montauban (source Ekwateur). Et, si l’hiver dernier, l’Hexagone a connu des inondations spectaculaires dues à plusieurs épisodes pluvieux, les experts alertent déjà sur le risque de sécheresse l’été prochain dans certains territoires à commencer par l’Occitanie, la région la plus exposée aux effets du changement climatique.

Pour faire face aux conséquences de cette nouvelle réalité, de nombreuses initiatives ont vu le jour notamment pour récupérer les eaux de pluie, les stocker et les utiliser lorsque les nappes phréatiques sont basses. Mais alors que dans certains territoires l’absence de pluies prolongées rend ces dispositifs inopérants, la pépite Water Ecosystem développe une solution alternative. Créée en 2024 et installée à Perpignan, la jeune pousse a mis au point un générateur d’eau atmosphérique, une innovation qui lui permet de générer déjà quelques dizaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires.

Soutenue par l’incubateur de l’Université de Perpignan ainsi que par le laboratoire Promes-CNRS, l’entreprise fondée par Yann Bacher et David Mardivirin fait partie des entreprises nommées lors de la 44e édition du concours Inn’Ovation. Organisé par l’agence Ad’Occ et par la Région Occitanie, ce concours récompense chaque année des projets innovants dans tous les secteurs d’activité. Forte de cette nouvelle reconnaissance, Water Ecosystem prévoit de lancer dès cette année la commercialisation de sa technologie.

1 M€ d’investissement pour passer à l’échelle industrielle

Avec une sécheresse endémique dans les Pyrénées-Orientales et un impact sur tous les secteurs économiques du territoire, les deux entrepreneurs se sont inspirés des technologies existantes pour mettre au point ce générateur d’eau made in Occitanie. « Le principe est de condenser l’humidité présente dans l’air sous forme de vapeur d’eau, pour la rendre liquide », explique David Mardivirin.

Chaque module produit en moyenne un litre d’eau par jour et par mètre carré. Alimenté par énergie solaire via un photovoltaïque, il peut fonctionner de manière totalement autonome, même dans des environnements isolés et secs ou soumis à des restrictions d’eau. »

Si la technique scientifique existe depuis plus de 200 ans, le duo d’inventeurs, lui, veut la démocratiser en rendant la technologie accessible financièrement : à terme, le générateur ne coûtera pas plus de 500 € contre aujourd’hui 1 000 € pour le prototype. « Un coût trop élevé pour un marché de masse. Avec un tel prix, seuls ceux qui n’ont pas d’autres solutions ou qui ont un vrai coup de cœur, pourraient l’acheter », reconnaît le dirigeant, précisant que son système permet de produire 350 litres d’eau à l’année. Une capacité qui est amenée à bien sûr augmenter.

En captant l’humidité de l’air la nuit, le générateur la condense grâce au rayonnement solaire sur le panneau photovoltaïque. (©Water Ecosystem)

La start-up ambitionne de vendre ces générateurs principalement en B2B. « Water Ecosystem se positionne sur le marché des activités qui subissent des restrictions d’eau : nettoyage, pépinière, agriculture, paysagisme, restauration, camping, etc. », détaille l’ingénieur de formation. « À partir de 2027, nous allons investir 1 M€ dans une ligne de production avec une étape intermédiaire de 500 K€ pour passer à l’échelle industrielle, ce qui nous permettra de fabriquer 10 000 unités par an, afin de répondre à une demande qui ne cesse de croître avec le réchauffement climatique ».

Également soutenue par la Chambre de commerce et d’industrie et par la Chambre de métiers et de l’artisanat des Pyrénées-Orientales, la société pourrait bientôt signer un contrat avec Auchan pour installer des générateurs dans l’enceinte de son hypermarché à Porte d’Espagne, dans la banlieue perpignanaise. Ce partenariat doit permettre un apport continu en eau pendant la période estivale, tandis que l’enseigne en a notamment besoin pour l’entretien de ses espaces verts. Si l’expérience avec le géant de la distribution alimentaire est concluante, cela ouvrira à la pépite des perspectives de développement importantes.

Des ambitions franco-européennes

« Notre modèle économique est similaire à celui du panneau photovoltaïque lorsqu’il est apparu dans les années 70-80, et qu’il a commencé à envahir les toitures et les jardins », assure David Mardivirin. En France, Water Ecosystem est seulement le second acteur privé à investir ce marché, après Agua de Sol, récent vainqueur du prix de l’innovation organisé par l’Union des industries et entreprises de l’eau (UIE). Implantée à Bourg-en-Bresse dans l’Ain, cette autre start-up, fondée en 2019 et dirigée par Luc Métivier, s’est d’ailleurs engagée dans une alliance stratégique avec Water Ecosystem, reposant sur le partage d’expertises techniques entre les deux acteurs.

Par ailleurs, si Agua de Sol propose une solution pour générer de l’eau pour l’industrie et l’agriculture, elle s’est également imposée sur le marché de l’eau potable, un segment que Water Ecosystem souhaite également développer. « L’eau que l’on consomme est soumise à de nombreuses règles, ce qui rend sa production par génération très complexe », indique son co-fondateur. Et d’ajouter que « la commercialisation de notre première machine va nous donner la force de frappe pour lancer des recherches sur cette seconde technologie ».

Autre axe de développement, Water Ecosystem vise la commercialisation du générateur d’eau atmosphérique à l’échelle internationale. Les principaux pays ciblés ? Ceux du pourtour méditerranéen qui subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. « Dès 2028, nous allons lancer notre activité à l’export, en commençant par l’Espagne, puis l’Italie, la Grèce, tout le nord de l’Afrique, et le Proche-Orient. Enfin, nous envisageons de changer notre modèle économique et de passer sous licence afin de créer des bureaux de Water Ecosystem dans ces autres pays », conclut David Mardivirin.