Corinne Mailles : la nouvelle présidente de Telespazio France face aux défis du spatial européen
Nomination. Directrice générale adjointe de la filiale française du groupe franco-italien Telespazio depuis 2011, la quinquagénaire a mené au côté du président Jean-Marc Gardin un ambitieux plan stratégique qui a permis à l’entreprise, leader européen des services spatiaux satellitaires à forte valeur ajoutée, d’enregistrer un chiffre d’affaires de 100 M€ en 2024.
Faute de rôle modèle, depuis 30 ans en Europe, le nombre de femmes ne décolle pas dans l’industrie spatiale, stagnant à seulement 20 % des effectifs. Pour tenter de faire bouger les choses, plusieurs initiatives ont vu le jour récemment, depuis la création de l’Alliance des Femmes de l’Espace (Swan) en octobre 2024 qui souhaite rendre le secteur plus inclusif, jusqu’à la création par le Gifas et le Journal de l’aviation d’un prix Femmes de l’aéro et du spatial.
Objectif ? Mettre en lumière les femmes inspirantes de la filière aérienne, aéronautique et spatiale, afin d’encourager d’autres professionnelles et jeunes filles à la rejoindre. Les premières lauréates ont été distinguées début décembre 2025. Le Prix de la femme de l’année a ainsi été remis à Yannick Assouad, vice-présidente exécutive Avionics chez Thales et présidente du Comité de pilotage du Corac, le Conseil d’orientation pour la recherche aéronautique civile.
Un CV bien rempli
Sur le terrain toutefois, les choses sont peut-être en train de changer doucement mais sûrement. C’est ce que l’on veut croire avec les récentes nominations de Laurence Delpy comme CEO de Kinéis en avril 2025, de Stéphanie Limouzin nommée à la tête de CLS en juillet dernier ou encore celle effective depuis le 1er janvier 2026 de Corinne Mailles à la présidence de Telespazio France, leader européen des services spatiaux satellitaires à forte valeur ajoutée.
Elle succède à Jean-Marc Gardin qui occupait le poste de PDG depuis 2010. À ses côtés, la quinquagénaire, entrée dans l’entreprise en 2011 en qualité de directrice générale adjointe (DGA), a copiloté le plan stratégique de transformation de Telespazio France. Une stratégie payante puisque sous sa direction, l’activité de la société a été multipliée par cinq en 10 ans.
Diplômée de la business school parisienne ESCE et du programme Management général de l’ESSEC (Paris), la nouvelle PDG a réalisé l’intégralité de sa carrière dans le secteur spatial. Elle a débuté chez Alcatel, avant de rejoindre Thales Alenia Space France, où elle a occupé successivement des fonctions commerciales et de business développement au sein de la direction des avant-projets puis à la direction des affaires gouvernementales.
100 M€ de CA, 500 collaborateurs
La nouvelle présidente se dit « à la fois fière et heureuse de pouvoir ainsi continuer à accompagner le développement de l’entreprise » dont elle entend bien poursuivre la transformation « au service de la souveraineté spatiale européenne et française, pour contribuer à son autonomie et à son rayonnement ».
Basée à Toulouse, Telespazio France a été créée en 2001. Elle est la filiale française de Telespazio, groupe franco-italien, qui emploie 3 300 collaborateurs dans le monde et a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 750 M€. Lui-même fondé en 1961 et basé à Rome, Telespazio est détenu par le français Thales (33 %) et l’italien Leonardo (67 %).
Telespazio France est une composante majeure du groupe avec près de 500 salariés et 100 M€ de chiffre d’affaires. Elle est présente sur les principaux marchés du spatial : télécommunications, observation de la Terre, navigation, opérations satellitaires. Partenaire historique du Cnes et d’Arianespace en Métropole et en Guyane (avec 150 personnes à demeure), l’entreprise opère ainsi leurs infrastructures au sol ainsi que les satellites sous responsabilité de l’agence spatiale française. Elle est également en charge des opérations de l’ensemble des moyens de télécommunications de la base spatiale de Kourou.
La filière spatiale européenne en voie de consolidation
Dans le domaine de la navigation, Telespazio France œuvre aussi à la conception, au développement et aux opérations des systèmes de navigation par satellite européens, Galileo et Egnos. La coentreprise franco-italienne est également active dans le développement de solutions innovantes basées sur la navigation par satellite, notamment des systèmes d’alerte aux populations. Elle conçoit par ailleurs des solutions d’observation de la Terre à forte valeur ajoutée notamment dans les domaines agricole, maritime et la défense ainsi que des solutions de télécommunication par satellite.
À noter que dans les prochaines années, l’entreprise pourrait connaître d’importantes évolutions. Soumise à la concurrence de plus en plus exacerbée des Américains, des Chinois ou encore des Indiens, l’industrie spatiale européenne souhaite renforcer sa capacité d’innovation mais aussi sa compétitivité. Dans ce but, en octobre dernier Airbus, Thales et Leonardo ont signé un protocole d’accord en vue de créer un acteur spatial européen de premier plan capable de rivaliser avec ces concurrents étrangers.
Ce nouveau mastodonte devrait regrouper les activités de production de satellites et les services associés des trois géants, à savoir :
- pour Airbus ses activités Space Systems and Space Digital businesses, issues d’Airbus Defence and Space ;
- pour Leonardo sa Division Spatial, incluant ses participations dans Telespazio et Thales Alenia Space ;
- et pour Thales ses participations dans Thales Alenia Space, Telespazio et Thales SESO.
L’ensemble devrait peser lourd à l’échelle mondiale avec quelque 25 000 salariés en Europe pour un chiffre d’affaires de 6,5 Md€ à fin 2024 et un carnet de commandes représentant plus de trois années de chiffre d’affaires.