Hommes et chiffres

Réparer l’ADN pour vaincre le cancer : la toulousaine Gaëlle Legube récompensée

Santé. Directrice de recherche à Toulouse, Gaëlle Legube, a décroché le 4ᵉ Grand Prix Oberling-Haguenau de la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer pour ses travaux sur la réparation de l’ADN. Dotée de 150 K€, cette distinction consacre des résultats scientifiques majeurs et confirme, une nouvelle fois, le rayonnement des équipes toulousaines.

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Gaëlle Legube a réalisé ses études de premier cycle en sciences de la vie à l’Université de Poitiers. Elle a ensuite obtenu son doctorat en biologie moléculaire et génétique à l’Université Paul Sabatier à Toulouse, au sein de l’équipe de Didier Trouche, sur les modifications des histones dans les cellules humaines. (©Pixabay)

La recherche toulousaine une nouvelle fois plébiscitée et primée. À la clé cette fois, une dotation de 150 K€, une reconnaissance nationale et, surtout, un coup de projecteur sur des travaux qui pourraient faire bouger les lignes en cancérologie. La chercheuse Gaëlle Legube vient en effet de décrocher le 4ᵉ grand prix Oberling-Haguenau Fondation ARC. Une distinction qui récompense - au delà d’un parcours - une avancée scientifique majeure au cœur des mécanismes de l’ADN.

« Des perspectives très prometteuses »

Gaelle Legube. (©Chloé Senat et Aline Marnef)

Directrice de recherche au Centre de biologie intégrative de Toulouse (voir encadré), Gaëlle Legube s’attaque à l’un des points les plus critiques du vivant : les cassures double brin de l’ADN. Des lésions lourdes, comparables à une rupture nette d’un fil d’information essentiel. Mal réparées, elles peuvent provoquer des mutations à l’origine de cancers. Son terrain de jeu ? Les zones actives du génome, là où l’ADN est en pleine transcription. « Un environnement complexe, instable, mais stratégique », détaille la Fondation dans un communiqué daté du 23 avril.

Ses travaux ont permis de révéler des mécanismes inédits. Parmi eux, le regroupement des cassures dans des compartiments spécifiques du noyau, ou encore un lien potentiel avec le rythme circadien. Autre découverte clé : le rôle de molécules hybrides ADN-ARN dans les processus de réparation. Autant de pistes qui ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques.

« Les perspectives sont très prometteuses : l’essor du séquençage à haut débit nous permet aujourd’hui de disposer de volumes de données considérables. Ces avancées facilitent l’identification de cibles impliquées dans la réparation des cassures double brin de l’ADN, sur lesquelles il devient possible d’intervenir de manière précise grâce à de nouveaux traitements », explique ainsi Gaëlle Legube. Traduction économique : mieux comprendre ces mécanismes, c’est accélérer l’émergence de thérapies ciblées, donc réduire à terme le coût humain - et financier - du cancer.

Car derrière la science, il y a aussi une réalité budgétaire. Le Grand Prix Oberling-Haguenau, créé en 2022, ne se limite pas à récompenser l’excellence : il alloue 150 K€ à des équipes déjà performantes afin de consolider leurs avancées. Ce soutien financier offre des marges de manœuvre réelles aux chercheurs, leur permettant de consolider leurs acquis tout en explorant de nouvelles pistes.

Un appui d’autant plus crucial que la recherche médicale en France souffre, ces dernières décennies, d’un sous-financement chronique. Dans ce contexte contraint, ce type de dotation permet donc non seulement de soutenir l’existant, mais aussi d’accélérer des pistes innovantes qui, faute de moyens, pourraient rester à l’état de promesse. Cette distinction s’inscrit dans l’action de la Fondation Oberling-Haguenau, créée en 2019 pour soutenir durablement la recherche contre le cancer, sous l’égide de la Fondation ARC.

Toulouse, place forte de la cancérologie

La Fondation ARC, justement, joue un rôle de premier plan dans cet écosystème. Reconnue d’utilité publique, l’association repose exclusivement sur la générosité de ses donateurs. En 2025, plus de 33 M€ ont été alloués à 403 projets. À Toulouse, entre 2021 et 2025, ce sont 94 projets financés pour un total de 11,2 M€. Une dynamique qui se poursuit en 2026 avec déjà six nouveaux projets de recherche soutenus pour un montant total de 420 K€.

« La recherche contre le cancer demande du temps, de l’audace et des moyens », rappelle d’ailleurs Dominique Bazy, président de la Fondation ARC. « Derrière chaque avancée scientifique, il y a un engagement collectif rendu possible par la générosité de nos donateurs. »

Avec ce prix décerné à Gaëlle Legube - qui s’est vu remettre en début d’année la Légion d’honneur pour son engagement au service de la science et de la société - la Ville rose, confirme son statut de place forte de la cancérologie. C’est en effet la troisième année consécutive qu’une équipe locale figure au palmarès. Un signal fort : ici, la recherche fondamentale, les infrastructures hospitalières et les financements convergent... et produisent.