Hommes et chiffres

Prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science : quatre chercheuses toulousaines récompensées

Événement. Climat, santé, chimie durable, préservation de la biodiversité : les travaux de quatre jeunes chercheuses toulousaines répondent à des enjeux majeurs de notre époque. Récompensées parmi les 35 lauréates des prix L’Oréal-Unesco « Pour les femmes et la science », elles illustrent le potentiel de la recherche française et l’importance de mieux valoriser les talents féminins dans les sciences.

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Le 7 octobre 2026 à Paris a eu lieu la remise des Prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. 35 doctorantes et post-doctorantes ont été récompensées dont quatre jeunes scientifiques toulousaines ou qui mènent leurs recherches au sein d’établissements de la Ville rose. (Fondation L’Oréal)

En dépit des avancées enregistrées ces dernières années, la mixité est loin d’être acquise dans les filières scientifiques, en particulier aux postes à responsabilités. Selon l’Unesco, les femmes ne représentent aujourd’hui qu’un tiers des chercheurs dans le monde, et seulement 22 % des professionnels de l’IA.

Les femmes sous-représentées dans les sciences

En France, les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace confirment que le fameux plafond de verre perdure. Nombreuses en début de parcours, les enseignantes-chercheuses voient leur proportion chuter aux postes de direction et dans les disciplines fondamentales, jusqu’à représenter à l’université à peine 15 % des effectifs en mathématiques, 21 % en sciences de l’ingénieur et 23 % en physique.

Pour lutter contre l’autocensure et les stéréotypes et rendre plus visibles les femmes dans les filières scientifiques, plusieurs initiatives ont émergées dans l’Hexagone. Parmi les plus récentes : le Plan Filles et maths lancé en mai 2025 par le ministère de l’Éducation nationale pour réduire les inégalités de genre dans les parcours scientifiques et numériques.

C’est dans ce cadre qu’a été lancé en février dernier le collectif Filles & Sciences réunissant une quarantaine d’associations et de partenaires. Objectif ? Faciliter la mise en relation, sur tout le territoire, des collégiennes et lycéennes avec des rôles modèles, afin de leur faire découvrir l’industrie et les sciences, et les aider à se projeter dans les secteurs industriels et scientifiques.

En quête de rôles modèles pour susciter des vocations

Mettre en lumière ces femmes inspirantes pour susciter des vocations, c’est précisément l’ambition des Prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science remis chaque année depuis 20 ans par la Fondation L’Oréal, en partenariat avec la Commission nationale française pour l’Unesco et l’Académie des sciences. La dernière promotion a été dévoilée le 7 octobre 2026 dans les locaux de cette dernière, à Paris, un lieu particulièrement symbolique puisque l’académie compte une soixantaine de femmes sur plus de 300 membres.

Parmi les 823 candidatures reçues de 73 nationalités, ce sont 35 doctorantes et post-doctorantes qui ont été récompensées dont quatre jeunes scientifiques toulousaines ou qui mènent leurs recherches au sein d’établissements de la Ville rose : Milena Beekmann, Katharina Zimmeter, Sanâa Bensaha et Tatiana Boube. Chacune a reçu une dotation (15 000 € pour les doctorantes, 20 000 € pour les post-doctorantes) pour soutenir ses travaux. Elles bénéficient en outre de formations en communication et en leadership, pour mieux affronter les barrières hiérarchiques et mieux valoriser leurs recherches scientifiques.

« Célébrer cette 20e édition, c’est montrer l’impact exceptionnel des femmes sur la recherche française tout en reconnaissant l’urgence d’aller plus loin. Qu’il s’agisse de transition écologique, de santé publique ou d’intelligence artificielle, les travaux de ces 35 lauréates apportent des réponses cruciales aux défis de notre époque. Depuis deux décennies, notre conviction reste inébranlable : le monde a besoin de science, et la science a besoin des femmes », souligne Pauline Avenel-Lam, directrice exécutive de la Fondation L’Oréal.

Le bassin du Congo, pilier du système climatique

Chercheuse à l’Université de Toulouse, au Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CNRS, Université de Toulouse, Toulouse INP, IRD), Milena Beekmann étudie les impacts du changement climatique sur le bassin du Congo. (©Fondation L’Oréal)

Chercheuse au Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CNRS, Université de Toulouse, Toulouse INP, IRD), Milena Beekmann étudie les impacts du changement climatique sur le bassin du Congo, en croisant modélisation écologique et travail de terrain auprès des communautés locales. Après avoir grandi à Alfortville, la jeune femme a étudié les sciences sociales à Sciences Po Paris avant de débuter au ministère des Affaires étrangères lors de la COP21, puis au Programme des Nations unies pour l’Environnement.

Confrontée aux limites de la gouvernance environnementale, elle a ensuite bifurqué vers la recherche, prenant pour sujet d’étude le bassin du Congo, l’un des piliers du système climatique. Combinant plusieurs approches, ses travaux montrent le dérèglement des cycles saisonniers et leurs effets sur cet écosystème encore mal connu. Objectif ? Aider les gestionnaires à anticiper plutôt qu’à subir. «  Dans un monde où les crises climatiques et environnementales s’accélèrent, les métiers scientifiques ont beaucoup de sens : ils permettent d’en mieux comprendre, documenter et limiter les effets. C’est ma façon d’apporter ma pierre à un avenir vivable », ajoute Milena Beekmann.

Les terres rares et leurs interactions avec les bactéries

Post-doctorante au sein du Laboratoire de chimie de coordination (unité propre du CNRS), Katharina Zimmeter étudie, de son côté, le rôle des terres rares dans le métabolisme de certaines bactéries. (©Fondation L’Oréal)

Post-doctorante au sein du Laboratoire de chimie de coordination, unité propre du CNRS située route de Narbonne à Toulouse, Katharina Zimmeter étudie, de son côté, le rôle des terres rares dans le métabolisme de certaines bactéries. Native d’Innsbruck (Autriche), elle a suivi des études de pharmacie puis de chimie, avant de faire sa thèse à Strasbourg, sur la détection du cuivre dans l’organisme, un déséquilibre observé parmi d’autres dans la maladie d’Alzheimer.

Aujourd’hui, elle s’intéresse à ces métaux essentiels aux technologies modernes puisqu’on les retrouve dans les smartphones ou les moteurs électriques. « Je cherche à comprendre pourquoi certaines bactéries utilisent ces mêmes métaux, et comment ils agissent sur leurs enzymes, les protéines qui accélèrent les réactions du vivant », détaille la chercheuse dont les travaux pourraient aider à concevoir des enzymes artificielles pour une chimie plus durable, et à mieux recycler ces métaux stratégiques.

À l’occasion de cette remise de prix, Katharina Zimmeter est revenue sur son parcours et aux obstacles qu’elle a dû franchir :

Les difficultés que j’ai rencontrées tiennent surtout aux attentes de la société envers les femmes, que j’ai intériorisées, plus qu’à des obstacles concrets dans le travail. L’image de la vie qu’une femme devrait mener me met sous pression, et le syndrome de l’imposteur, plus fréquent chez les femmes, me freine. Mais mon parcours m’a fait prendre conscience de mes capacités. Apprendre à me faire confiance reste un travail quotidien. »

Au cœur de l’ADN, la mémoire des cellules

Doctorante au Centre de Biologie Intégrative, Sanâa Bensaha, qui a grandi à Toulouse, étudie, elle, l’organisation de notre ADN à l’intérieur du noyau. (© Fondation L’Oréal)

Sanâa Bensaha, qui a grandi à Toulouse, étudie, elle, l’organisation de notre ADN à l’intérieur du noyau : le rôle de protéines qui compactent certaines régions du génome, et la « mémoire » qui permet aux cellules de transmettre leur identité. Les travaux que mène la doctorante au Centre de biologie intégrative (CNRS, Université de Toulouse) sont essentiels. « À long terme, mieux comprendre ces mécanismes pourrait éclairer des situations où ces mécanismes se dérèglent, comme dans les cancers », affirme-t-elle.

En parallèle, Sanâa Bensaha s’investit dans la médiation scientifique auprès des jeunes filles, pour leur montrer qu’elles y ont leur place. Même si elle a évolué dans un environnement bienveillants, « Mon parcours n’a pourtant pas toujours été fluide : certains obstacles m’ont semblé liés à mon origine socioculturelle, avec le sentiment de devoir prouver ma légitimité », explique-t-elle. Et d’ajouter :

Ces freins peuvent se superposer et devenir difficiles à identifier. C’est pourquoi je crois important de les combattre tous, qu’ils tiennent au genre, à l’origine ou à d’autres inégalités. »

De Tournefeuille à la Polynésie

Originaire de Tournefeuille, aujourd’hui installée en Polynésie française, Tatiana Boube mène une thèse consacrée aux déplacements et aux habitats du grand requin-marteau, une espèce en danger critique d’extinction. (©Fondation L’Oréal)

Originaire de Tournefeuille, aujourd’hui installée en Polynésie française, Tatiana Boube mène une thèse consacrée aux déplacements et aux habitats du grand requin-marteau, une espèce en danger critique d’extinction. « Mes travaux cherchent à comprendre comment ce requin utilise l’écosystème que constituent les atolls de Polynésie, ces îles coralliennes en forme d’anneau qui entourent des lagons peu profonds, et qui pourraient constituer l’un de leurs derniers refuges. » Une information précieuse pour les gestionnaires car, ajoute-t-elle « le grand requin-marteau est une espèce “parapluie” : la protéger revient à protéger tout l’écosystème. »

Rare femme à mener des recherches sur les requins, un milieu longtemps resté très masculin, Tatiana Boube, reconnaît qu’il lui a fallu du temps « pour être prise au sérieux et pour que ma contribution soit reconnue ». Revenant sur ses débuts en Polynésie, « cela m’a appris à m’affirmer par le travail et la constance. Cette reconnaissance s’est construite par la persévérance », ajoute celle qui aujourd’hui, s’attache à montrer aux jeunes Polynésiennes que de tels parcours sont possibles.