À Toulouse, 40 nouveaux experts-comptables rejoignent une profession en pleine mutation
Profession. Quarante nouveaux experts-comptables ont officiellement rejoint les rangs de l’Ordre d’Occitanie lors d’une cérémonie solennelle au Capitole de Toulouse. Entre serment, valeurs fondatrices et défis modernes, plongée dans une profession devenue indispensable à l’économie locale.
Dans le décor solennel de la salle des Illustres du Capitole de Toulouse, 40 nouveaux experts-comptables ont prêté serment le 23 juin dernier. Devant leurs familles, leurs pairs et un parterre de représentants du monde judiciaire, économique, universitaire et politique, ils ont officiellement rejoint les rangs d’une profession dont l’influence dépasse largement le seul périmètre de la comptabilité.
Organisée par le conseil régional de l’Ordre des experts-comptables d’Occitanie (Croec) , cette cérémonie marque l’aboutissement d’un parcours exigeant et l’entrée dans un métier devenu un maillon essentiel de l’accompagnement des entreprises.
Pour Éric Gillis, président régional de l’Ordre, ce rendez-vous revêt une portée particulière. « Cette cérémonie est un moment solennel et important car il marque le passage de huit années d’études à la vie professionnelle, ce dont ils se souviendront toute leur vie. » Derrière le protocole et la symbolique du serment se cache en effet un parcours de longue haleine :
Après des années de formation, de rigueur, de stages, de sacrifices, ils sont désormais officiellement experts-comptables inscrits au tableau de l’Ordre de la région Occitanie. Au-delà du diplôme, c’est une responsabilité qu’ils embrassent. Celle d’un métier au service des autres, au cœur de la vie économique de notre territoire. »
Plus qu’un diplôme, un engagement
Une responsabilité qui s’appuie, selon lui, sur trois piliers indissociables : « la compétence, l’indépendance et la conscience professionnelle ». Des valeurs fondatrices auxquelles s’ajoute une mission devenue centrale dans un environnement économique de plus en plus complexe. « Ils sont désormais les garants d’une profession qui ne cesse d’évoluer, de se moderniser, d’innover et portent aussi une mission, celle de la confiance. La confiance de leurs clients, des partenaires, des institutions et aussi de la société tout entière. »
Le choix de la marraine de cette promotion 2025 n’avait d’ailleurs rien d’anodin. Aux côtés d’Éric Gillis et de Marc Sire, premier vice-président, Christine Bardinet, directrice régionale Occitanie de la Banque de France, a tenu à souligner les nombreux points de convergence entre les deux institutions. « C’est avec un honneur profond que je suis aujourd’hui à vos côtés en tant que marraine dans un lieu aussi symbolique. Cet honneur, je le reçois avec humilité. Je mesure pour vous ce que représente cette cérémonie : un passage, un engagement, une promesse. »
Pour la représentante de la Banque de France, l’expert-comptable et le banquier central partagent une même responsabilité vis-à-vis du tissu économique. « Je représente une institution vieille de 226 ans, créée pour rétablir la confiance et stabiliser l’économie. Un rempart contre les crises et un levier pour le progrès. Des mots qui résonnent avec votre profession car nous partageons des valeurs essentielles : celle de l’exigence de la réalité dans les chiffres, de la rigueur et de la responsabilité. »
Avant d’insister sur un autre point commun majeur : l’indépendance. « Elle est au cœur de votre mission comme de la nôtre. Enfin, nous partageons une même vocation : construire cette confiance. Celle dans les entreprises, des partenaires et plus largement dans l’économie nationale, régionale et locale. Il n’y a rien de plus précieux. » Une conviction qu’elle résume en empruntant les mots de Jean-Paul Sartre : « La confiance se gagne en goutte et se perd en litre. »
Un métier en pleine évolution
Cette notion de confiance constitue justement le fil rouge d’une profession dont l’image reste parfois éloignée de la réalité du terrain. « Au-delà des préjugés du rond-de-cuir expert-comptable derrière son bureau, c’est un métier qui a considérablement évolué, s’ouvrant et sortant de l’image stéréotypée », insiste Éric Gillis. Car l’expert-comptable d’aujourd’hui est avant tout un professionnel du contact et de l’accompagnement :
Sa caractéristique première est l’ouverture vers les autres. La proximité avec les chefs d’entreprise, les dirigeants d’entités économiques et d’associations est essentielle. »
Une évolution qui explique l’attractivité croissante d’une profession au carrefour de nombreux enjeux économiques. « La profession est aussi passionnante grâce à la diversité des sujets traités, des clients et des activités. Aucune journée ne se ressemble, ce qui rend le travail très riche. » Et lorsqu’on l’interroge sur les qualités nécessaires pour réussir dans cette voie, le président de l’Ordre des experts-comptables d’Occitanie, ne cite ni la maîtrise des chiffres ni les compétences techniques. « Il faut aimer les autres, les entreprises et le monde économique au sens entrepreneurial », répond-il, rappelant que les relations entre un expert-comptable et ses clients s’inscrivent souvent dans la durée.
Facture électronique, IA, cybersécurité : le grand virage
Cette nouvelle promotion arrive toutefois dans un contexte de transformation accélérée du métier. À commencer par la généralisation de la facture électronique qui entrera pleinement en vigueur à partir du 1er septembre 2026. Toutes les entreprises, y compris les micro-entrepreneurs, devront alors s’appuyer sur une plateforme certifiée pour recevoir puis émettre leurs factures. Un chantier considérable pour lequel les cabinets sont déjà mobilisés afin d’accompagner leurs clients dans leurs choix organisationnels et technologiques.
Mais au-delà de la contrainte réglementaire, Éric Gillis y voit une opportunité stratégique pour la profession. « Cette révolution ouvrira l’accès à d’énormes quantités de données offrant de nouvelles opportunités de conseil basées sur des indicateurs économiques. Cela nécessitera le développement de nouvelles activités au sein des cabinets. »
L’intelligence artificielle constitue l’autre grande mutation à l’œuvre. Comme l’ensemble des professions du conseil, les cabinets d’expertise comptable devront adapter leurs méthodes de travail et intégrer de nouveaux outils susceptibles de transformer certaines tâches traditionnelles. Une évolution qui renforce parallèlement les enjeux de cybersécurité, désormais considérés comme indissociables de la transformation numérique du secteur. « La cybersécurité est fondamentale. Nous essayons de convaincre les confrères et consœurs de la nécessité d’y consacrer du temps et des moyens pour construire une sécurité efficace des données », conclut Éric Gillis.