Aimée Cara et Nathalie Dupont-Ricard : un duo féminin inédit prend les rênes du barreau de Toulouse
Avocat. Élues le 17 juin, Aimée Cara et Nathalie Dupont-Ricard deviendront respectivement bâtonnière et vice-bâtonnière de l’ordre des avocats de Toulouse en janvier prochain. Première équipe 100 % féminine à accéder à ces fonctions, elles entendent restaurer la confiance, améliorer les conditions d’exercice des avocats et renforcer la transparence de l’institution.
Elles cumulent à elles deux 72 ans d’expérience professionnelle et un engagement fort auprès des jeunes générations : avec 54 % des voix Aimée Cara et Nathalie Dupont-Ricard ont été élues le 17 juin dernier respectivement bâtonnière et vice-bâtonnière de l’ordre des avocats de Toulouse. Elles prendront leur fonction en janvier 2027 pour un mandat de deux ans.
Cette élection d’un duo féminin à la tête barreau toulousain est une première. Elle intervient après « un début d’année chaotique », selon les mots de Me Aimée Cara. De fait, en mars dernier, une plainte pour « soupçon de viol et agression sexuelle » a été déposée par une élève avocate à l’encontre du vice-bâtonnier en titre, celui-ci ayant dans la foulée démissionné de cette fonction.
Un duo 100 % féminin
Spécialiste en responsabilité médicale et en droit public, Aimée Cara a prêté serment en 1988. Formatrice auprès des professionnels de santé, elle donne également des cours à l’école des avocat de Toulouse. Celle qui officie également comme médiatrice est membre du conseil de l’ordre depuis deux ans où elle préside la commission Droit public. Elle est également vice-présidente des commissions droit de la santé et droit de l’environnement.
La future vice-bâtonnière Nathalie Dupont-Ricard est avocate depuis 1992. Spécialiste du droit de la famille, elle est également formatrice au sein de l’école des avocats. Elle occupe son cinquième mandat au sein de l’ordre où elle est en charge des taxations d’honoraires et de la commission famille. Elle est également membre du conseil régional de discipline.
Désireuses d’être utiles et souhaitant apporter leur dynamisme et leur bienveillance, les nouvelles élues ont bâti leur campagne sur cette baseline :
Nous ne nous présentons pas pour gérer l’existant. Nous nous présentons pour le changer ».
Dans leur viseur : des conditions d’exercice professionnel qui se sont dégradées à Toulouse comme partout ailleurs dans l’Hexagone. Elles pointent notamment « un manque de dialogue constructif avec les juridictions », « un accès au greffe restreint » ou encore « des audiences éloignées rue Deville »…
Sept magistrats pour 10 postes
Pour pallier ces difficultés, Aimée Cara plaide pour l’instauration de « relations de confiance » avec les magistrats, avant d’ajouter aussitôt : « Il est très important de rappeler que si nous sommes des auxiliaires de justice, nous sommes là dans l’intérêt d’un justiciable. Et donc quand on parle de problèmes de personnel au tribunal, de délai pour audiencer les décisions, ce n’est pas pour faire plaisir à l’avocat, c’est pour répondre à une demande d’un justiciable. »
Si la question des moyens alloués à la Justice revient immanquablement sur le tapis, le duo toulousain avance quelques pistes pour faire bouger les choses comme « des modalités de transmission de certains documents qui pourraient être simplifiées, voire accélérées », précise Nathalie Dupont-Ricard.
Et l’avocate de prendre l’exemple d’une décision de justice prononcée par le conseil de prud’homme. « Elle doit être notifiée par lettre recommandée aux parties, ce qui peut prendre plusieurs semaines. Or, c’est cette notification qui fait courir le délai d’appel, les délais pour s’inscrire à France Travail et percevoir ses indemnités, etc. Et c’est naturellement à nous d’expliquer cela à notre clients... »
Depuis leur élection mi-juin, l’affaire Lyhanna n’a fait que confirmer ces propos en mettant en exergue, un dysfonctionnement de la chaîne pénale. « Cela peut être un problème de personne, mais c’est surtout un problème de moyens que nous dénonçons depuis des années, assure Maître Dupont-Ricard. Prenez le cas du juge aux affaires familiales qui représente 50 % des affaires civiles au tribunal de Toulouse : on a sept magistrats pour 10 postes ! Et cela ne concerne pas que les magistrats, cela touche aussi les assistants, les greffiers, etc. »
81 % des avocats se disent épuisés
Conséquence de ces conditions d’exercice dégradées, beaucoup d’avocats sont en souffrance. Selon les chiffres du Conseil national des barreaux, 81 % d’entre eux se disent épuisés, un tiers est en dépression, 7 % ont des pensées suicidaires. Un mal-être persistant qui conduit certains – notamment les plus jeunes - à abandonner la robe, et auquel les deux nouvelles élues sont bien décidées à s’attaquer.
Comment ? « Nous voulons leur montrer que l’ordre est là, au service des confrères, poursuit Aimée Cara. Nous voulons les aider dans toutes les problématiques rencontrées que ce soit dans l’exercice professionnel mais également dans la gestion de leur cabinet ou encore dans ce qu’on peut appeler les accidents de la vie. »
Et d’ajouter : « Des choses ont déjà été mises en place sur le plan national et à Toulouse comme la présence d’une coach sociale , mais peu sont ceux qui connaissent ces mesures. Nous allons donc communiquer sur ces dispositifs. » Les élues réfléchissent également à l’adoption d’autres mesures comme la création d’un numéro vert, la publication d’un mémento, de fiches, ou encore la nomination « de référents qu’on puisse appeler en cas de besoin ».
Plus de transparence
Conséquence aussi, Aimée Cara et Nathalie Dupont-Ricard disent vouloir mettre en œuvre la tolérance zéro pour les faits de harcèlement, de discriminations et de violences sexuelles et sexistes avec la mise en place d’un process de réflexion, de formations permanentes... « Il faut que tous les confrères s’emparent de ces questions », confirme la future bâtonnière.
Plus largement, le duo veut œuvrer pour plus de transparence au sein du conseil de l’ordre. « Fini l’opacité ! », écrivent-elles. « C’est ce que nous ont demandé les confrères pendant la campagne. Beaucoup se plaignent, dans de nombreux dossiers - et pas seulement celui qui a nourri toutes les conversations en mars dernier -, de l’absence de retour, du défaut de communication sur les suites qui sont données », poursuit Nathalie Dupont-Ricard.
Autre priorité de leur mandat : les deux professionnelles veulent replacer l’avocat au cœur de la cité. « Nous voulons mettre en valeur les multiples compétences du barreau toulousain et surtout sa proximité. Il doit devenir une référence face aux problématiques que rencontrent les collectivités, les acteurs économiques ou encore le monde agricole. »
L’idée, conclut Aimée Cara :
C’est de leur dire : "n’allez pas chercher telles compétences à Paris. Vous avez à Toulouse et dans les barreaux extérieurs des professionnels proches de vous et capables de vous offrir le même accompagnement" ».
Les deux élues espèrent bien profiter de la Convention nationale des avocats qui aura lieu au MEETT de Toulouse du 21 au 23 octobre prochains pour faire passer le message. 5 000 avocats sont attendus lors de ce grand rendez-vous professionnel qui n’avait pas eu lieu en province depuis neuf ans.