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Convention nationale des avocats : 6 000 professionnels réunis à Toulouse du 21 au 23 octobre

Interview. Plus de 6 000 professionnels du droit sont attendus au MEETT de Toulouse pour débattre de l’avenir du métier, de la défense des droits et des enjeux de société. Me Sophie Coq, bâtonnière du barreau de Toulouse, revient sur les ambitions de ce rendez-vous dans un contexte de forte mobilisation de la profession et d’élection présidentielle.

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Bâtonnière du Barreau de Toulouse, Me Sophie Coq exerce principalement dans les domaines du droit de la famille, du droit des obligations et du droit immobilier. (©Gazette du Midi)

Le barreau de Toulouse, associé aux barreaux de Montauban et Albi, accueille pour la première fois la Convention nationale des avocats. Qu’est-ce que cet événement représente pour votre barreau et, plus largement, pour les professionnels du droit dans la Ville rose ? Est-ce également l’occasion de renforcer la visibilité de la profession auprès des acteurs économiques et du grand public ?
Me Sophie Coq : « C’est une immense fierté pour le barreau de Toulouse d’accueillir, avec ceux d’Albi et de Montauban, la Convention nationale des avocats. Depuis Bordeaux en 2017, notre profession n’avait plus connu un tel rassemblement. Pour notre barreau, qui compte près de 2 000 avocats et figure parmi les plus importants de France, c’est une formidable reconnaissance de son dynamisme et de l’engagement de ses membres. Pendant trois jours, Toulouse et l’Occitanie seront au cœur de la vie de notre profession. C’est aussi une occasion précieuse de rappeler que les avocats ne sont pas seulement des acteurs du procès : ils accompagnent les entreprises, conseillent les particuliers, sécurisent les projets et participent pleinement à la vie économique et sociale de notre territoire. Cette Convention doit contribuer à mieux faire connaître cette diversité de missions et à renforcer les liens entre les avocats, les acteurs économiques et les citoyens. »

Au-delà des débats entre professionnels, quelles grandes questions intéressant directement les citoyens seront abordées au cours de ces trois journées ? En quoi les échanges prévus permettront-ils d’éclairer le rôle des avocats et les enjeux actuels de la justice dans la vie quotidienne des Français ?
Me Sophie Coq : « Cette Convention ne sera pas seulement un rendez-vous entre avocats. Les grandes questions qui traversent notre société y occuperont une place centrale : la protection des libertés fondamentales, les droits des enfants, la réparation des préjudices, l’accès à la justice ou encore le développement des modes amiables de résolution des conflits. Une grande séance plénière prendra même la forme originale d’un « procès des libertés », autour d’une interrogation essentielle : peut-on encore compter sur les avocats pour défendre nos libertés ? Ces sujets concernent directement les Français, dans leur vie familiale, professionnelle ou personnelle. Ils rappellent surtout que l’avocat est bien davantage qu’un défenseur devant les tribunaux : il est un conseil, un protecteur des droits et un acteur indispensable de notre démocratie. »

Quels seront les grands enjeux débattus autour de la pratique du métier d’avocat ? La révolution annoncée de l’IA sera-t-elle aussi au centre des débats ? D’ailleurs a-t-elle ou va-t-elle transformer l’exercice de la profession et le volet formation ?
Me Sophie Coq : « Notre profession connaît des transformations profondes. L’évolution des attentes des clients, les nouvelles formes d’exercice, la concurrence et la révolution numérique nous obligent à repenser nos pratiques. L’intelligence artificielle est évidemment au cœur de ces réflexions. Elle transforme déjà notre manière de rechercher, d’analyser et de produire des documents juridiques. Elle offre des perspectives considérables, mais soulève aussi des questions essentielles de confidentialité, de fiabilité et de responsabilité. Notre défi n’est pas de résister à ces évolutions, mais de les maîtriser, sans jamais renoncer à ce qui fait la valeur de notre métier : le conseil, le discernement et la relation humaine. Cela suppose également de faire évoluer la formation initiale et continue des avocats. L’IA doit rester un outil au service de l’avocat et du justiciable, jamais un substitut à leur relation de confiance. »

La convention se déroule en pleine campagne pour l’élection présidentielle. Quelle place peuvent prendre les avocats et leurs représentants dans le débat, notamment sur les questions de justice, d’accès au droit et d’indépendance ? Quels engagements attendez-vous des futurs candidats pour la Justice ?
Me Sophie Coq : « À quelques mois de l’élection présidentielle, les avocats ont une responsabilité particulière. Vigies des libertés et de l’État de droit, ils doivent prendre toute leur place dans le débat public, avec indépendance et sans esprit partisan. Nous attendons des candidats des engagements précis, chiffrés et crédibles pour la justice. Car la situation est aujourd’hui extrêmement préoccupante. À Toulouse comme ailleurs, nos juridictions sont sinistrées : les délais s’allongent, les stocks de dossiers s’accumulent et les moyens humains restent insuffisants. Cette paupérisation de la justice n’est pas une fatalité. Elle résulte de choix politiques et budgétaires. Nous attendons donc un véritable effort pour les juridictions, un accès effectif au droit pour tous et des garanties fortes pour l’indépendance de la justice et de la profession d’avocat. La justice ne peut plus être, une fois de plus, une fois de trop, la grande oubliée des campagnes présidentielles. »