Proximité, médiation, IA : la feuille de route de Me Marjorie Lartigue-Chabbert à la tête des notaires de Toulouse
Droit. Me Marjorie Lartigue-Chabbert succède à Me Hubert Létinier à la présidence de la chambre des notaires de la cour d’appel de Toulouse. Associée dans un office albigeois, elle entend porter une vision plus humaine et moderne du notariat, avec une attention particulière portée aux publics vulnérables, notamment aux personnes en situation de handicap.
Depuis le 21 mai 2026, un nouveau visage incarne le notariat des quatre départements de la cour d’appel de Toulouse. À 52 ans, l’albigeoise Me Marjorie Lartigue-Chabbert vient en effet d’être élue présidente de la chambre des notaires, succédant au toulousain Me Hubert Létinier. Une nomination importante pour les 632 notaires (dont 169 salariés répartis dans 282 études) de l’Ariège, de la Haute-Garonne, du Tarn et du Tarn-et-Garonne.
Un mandat de deux ans, à la tête d’une institution stratégique chargée de représenter, contrôler, conseiller et promouvoir le notariat sur tout le ressort toulousain. Mais derrière la fonction, Me Lartigue-Chabbert entend surtout porter une vision : celle d’un notaire proche des gens, ancré dans les réalités sociales et tourné vers l’avenir. « J’aime les défis et le changement. C’est également très enrichissant de sortir du quotidien de nos études », a ainsi confié l’intéressée lors de sa première conférence de presse, le 22 mai dernier.
Une Tarnaise formée à Toulouse
Originaire du Tarn, Marjorie Lartigue-Chabbert a effectué l’intégralité de son parcours universitaire à la faculté de droit Toulouse Capitole, décrochant son diplôme supérieur du Notariat en 2002. Après plusieurs années comme notaire assistant dans différentes études tarnaises, elle devient notaire en 2010 avant de s’associer dans une étude albigeoise.
Mariée, mère de deux filles, elle n’est pas une novice dans les arcanes institutionnelles de la profession. Syndic en charge des réclamations, présidente déléguée pour le tribunal judiciaire d’Albi… elle a occupé différentes fonctions avant d’accéder à cette présidence régionale. Une trajectoire bâtie sur le terrain et nourrie par une véritable passion pour son métier. Elle en devient au passage la deuxième femme à accéder à cette fonction, dans une profession désormais féminisée à près de 56 %.
Aller chez le notaire, bien plus qu’une obligation
Souvent caricaturée et enfermée dans des clichés tenaces, la profession notariale souffre encore d’une image réductrice. Me Lartigue-Chabbert entend justement bousculer cette perception et rappeler une réalité largement méconnue : le notaire ne se résume pas à la signature d’un achat ou la vente d’un bien immobilier. Officier public, juriste de proximité et praticien du droit, il accompagne les particuliers comme les chefs d’entreprise avec un rôle essentiel de conseil et d’anticipation.
« Beaucoup de personnes pensent encore que l’on pousse la porte d’une étude uniquement parce qu’une démarche l’impose. En réalité, le notaire est là bien avant les difficultés ou les décisions importantes, pour conseiller, sécuriser et aider à construire des projets de vie », souligne la présidente. Une vision profondément humaine du métier, qu’elle revendique pleinement :
Être notaire ne signifie pas seulement rédiger des actes ou appliquer le droit ; c’est avant tout construire une relation de confiance avec ses clients. Cette relation repose sur l’écoute, la confidentialité et un accompagnement juridique dans des moments clés de la vie. »
Mariage, transmission, séparation, décès, création d’entreprise, patrimoine rural… le champ d’intervention du notariat est vaste et diversifié. Et dans cette approche, le droit de la famille occupe une place centrale, où expertise juridique et dimension humaine avancent de pair.
Renforcer l’accompagnement des publics vulnérables
Parmi les grands axes que la nouvelle présidente de la chambre des notaires entend défendre figure l’accompagnement des personnes vulnérables. En lien avec le programme national « Not’isme » porté par le Conseil supérieur du notariat, Me Lartigue-Chabbert souhaite renforcer les dispositifs d’aide aux familles confrontées au handicap ou à des situations de protection juridique complexes.
« Il est essentiel que le notariat puisse proposer des solutions concrètes, juridiquement adaptées, en tenant compte des spécificités de chaque situation et des attentes des familles », insiste la cinquantenaire. Objectif ? Intervenir le plus en amont possible, conseiller sur les mesures de protection adaptées, anticiper les transmissions patrimoniales et renforcer les liens avec les associations tutélaires et les structures de protection des familles. Une démarche qui s’inscrit dans la continuité des actions menées par la Fondation Notadon Occitanie, créée par la chambre en 2024.
Autre chantier important du mandat : le développement de la médiation notariale. À Toulouse, le centre de médiation situé boulevard des Récollets constitue un outil que la professionnelle entend promouvoir davantage. « Cela reflète bien notre profession car nous n’intervenons que dans l’amiable. On n’est pas le notaire des parties, on est le notaire de l’acte, du dossier. La recherche de solutions doit être équitable, juste et aller dans l’intérêt de tout le monde. »
Dans un contexte de fort ralentissement du marché immobilier, la profession doit aussi se réinventer sur le plan économique. Là encore, Me Lartigue-Chabbert affiche une ligne claire : les études notariales doivent diversifier leurs activités. Droit des sociétés, conseil patrimonial, accompagnement des chefs d’entreprise, transmission… autant de domaines appelés à se développer pour réduire la dépendance aux seules transactions immobilières. La collaboration avec d’autres professionnels, comme les experts-comptables ou les avocats fiscalistes, apparaît également essentielle afin d’apporter des réponses globales aux clients.
L’IA comme assistant, pas comme remplaçant
Impossible enfin d’échapper au grand sujet du moment : l’intelligence artificielle. Et sur ce terrain, Me Lartigue-Chabbert se montre prudente. « Nous sommes encore aux prémices même si l’impact est déjà bien réel sur le terrain avec un nombre de personnes qui arrivent aux cabinets avec une réponse de chat GPT imprimée. » Pour autant, elle y voit une opportunité :
Je pense que cela va être une aide précieuse pour nous faire gagner du temps sur des tâches fastidieuses et chronophages, qui n’apportent pas de plus-value en termes de conseils et d’accompagnement de nos clients. »
Mais cette révolution numérique pose une autre question majeure, celle de la souveraineté des données et de la confidentialité des actes. Son prédécesseur, Me Hubert Létinier, alerte d’ailleurs sur les risques liés à la circulation des documents sensibles :
« Il est primordial de sensibiliser nos clients à ces questions. Un grand plan national sur la stratégie numérique a d’ailleurs été engagé afin de renforcer la souveraineté des données et de mieux les cloisonner. L’objectif est, à terme, de sécuriser l’ensemble des informations au sein d’environnements protégés. Mais cela suppose aussi une véritable acculturation des clients : si nous protégeons les données d’un côté, mais qu’elles sont ensuite transmises à ChatGPT, cela ne sert à rien. »
Face à la menace des cyberattaques, le notariat développe désormais des solutions d’hébergement souverain pour renforcer la protection des données clients et préserver le secret professionnel, une règle ancienne et fondamentale de la profession.