Thibault Loubatier a la main posée lourdement sur son appareil photo Leica. C’est sans doute par habitude que le boîtier ne reste jamais bien loin de lui. D’ailleurs, cet argentique semble attendre patiemment sa prochaine pellicule. Et donc, le prochain voyage de son propriétaire. Ce dernier a fondé à Paris en 2014 Terre d’Escales, un tour-opérateur qui propose de véritables expériences touristiques sur mesure à travers le monde. Sa valeur ajoutée ? Il fait l’expérience du voyage, avant d’en faire un produit commercial à destination de ses clients.
Installé à Toulouse depuis 2020 où il a rapatrié le siège social de son entreprise, Thibault Loubatier est profondément passionné par l’aventure et l’évasion. Des centres d’intérêt dévorants, qui l’ont amené à visiter plus de 40 pays et à en connaître les moindres recoins. Aujourd’hui, Terre d’Escales génère un chiffre d’affaires d’1 M€ et emploie deux alternants en plus de son fondateur.
Voyagistes sur trois générations
S’il n’était pas prédestiné au tourisme, l’entrepreneur de 53 ans baigne dans le voyage depuis son enfance. « Mon père m’a beaucoup emmené avec lui à l’étranger. À l’époque, je sortais d’études d’arts plastiques. J’ai pris goût à l’aventure et j’ai décidé d’en faire aussi mon métier. » Thibault Loubatier se spécialise rapidement dans l’expérience touristique avec un premier poste au sein des Ateliers du Voyage dans les années 90.
Dix ans plus tard, il rejoint Jetset Voyages, où il développe notamment un produit inspiré de l’émission « Rendez-vous en Terre inconnue », un voyage que les clients achètent sans savoir où ils vont et ce qu’ils vont y faire. C’est en 2014, à l’aube de la quarantaine, qu’il saute le pas et se lance dans l’entrepreneuriat avec Terre d’Escales. Manière là aussi de marcher dans les pas de son père.
Ce goût d’ailleurs traverse toute la famille et toutes les générations. « Ma sœur a fait des études de notaire. Mais elle a finalement bifurqué, comme moi vers le tourisme, de même que ma fille, qui a passé son baccalauréat pendant la crise de la Covid. Alors qu’elle se cherchait depuis longtemps, je l’ai emmené en voyage », et visiblement elle aussi a attrapé le virus s’amuse Thibault Loubatier, expliquant que sa fille est désormais en alternance dans le tourisme. « La boucle est bouclée », lâche celui qui ne cache pas une certaine fierté.
Mais l’histoire de famille ne s’arrête pas là, puisqu’il a aussi rencontré son actuelle conjointe aux États-Unis, dans le cadre du travail. « Pendant la pandémie, notre secteur étant au point mort, j’ai alors décidé de la rejoindre à Toulouse, sa ville natale, en attendant de pouvoir continuer mon activité lorsque le marché est reparti », raconte le néo-toulousain.
Près de 400 clients par an
Alors que passer de la Capitale au Capitole était un pari risqué, ce déménagement s’est révélé un succès. La société affiche en effet un portefeuille annuel de près de 400 clients. Pour Thibault Loubatier, le point fort de la troisième métropole de France est l’aéroport Toulouse-Blagnac parfaitement connecté à Paris, aux principaux hubs européens et donc à l’international. Il se tient régulièrement au courant des nouvelles destinations, des connexions possibles pour rejoindre les autres continents.
« Je ne propose aucun voyage dans l’Union européenne. D’abord, parce que je n’ai rien à apporter de plus face à une offre extrêmement large de mes concurrents. Ensuite, parce qu’il y a une TVA obligatoire sur ces prestations, ce qui m’oblige à augmenter mes prix ou à réduire ma marge », détaille-t-il. Un système qu’il veut donc éviter, dans la mesure où son activité repose en très grande partie sur une stratégie de fidélisation.
C’est en effet grâce au bouche-à-oreille que son activité a décollé et continue de croître. Si l’entreprise fait peu de marketing, elle sait que l’image est dans ce secteur un levier puissant de communication. Ce passionné de photographie en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique avec un site déjà ultra-léché visuellement et qui est aujourd’hui en refonte. « L’image est essentielle dans le tourisme, dans la mesure où c’est la première chose que l’on donne à voir aux clients pour leur permettre de rêver et de se projeter », explique l’intéressé.
C’est d’ailleurs plus qu’un lien commercial que Thibault Loubatier noue avec eux. « Les familles constituent la majorité de mes clients, même si j’ai aussi des couples sans enfant et également des retraités. » La structure a déjà organisé plus d’une dizaine de voyage pour plusieurs même familles, et « j’ai vu des enfants grandir, jusqu’à ce qu’ils deviennent majeurs ». Le voyagiste fait de cette relation de confiance un atout de poids dans un secteur d’activité où la concurrence est rude, et où il faut savoir se renouveler.
« Partager l’amour du voyage »
Malgré une expérience déjà bien éprouvée, il ne se voit pas en businessman. Il a entrepris pour une seule raison : partager sa curiosité pour les cultures du monde, les paysages qui prennent aux tripes et la rencontre avec l’autre. Une ambition aujourd’hui pleinement aboutie, qu’il savoure sans faux-semblants.
« Parti de zéro, j’ai lancé Terre d’Escales à 40 ans avec des fonds propres et un emprunt. J’ai quitté mon ancienne boîte après un licenciement économique. Alors, j’en ai profité. En France, nous avons la chance de pouvoir créer une boîte, même en étant au chômage. À part le prêt garanti par l’État lors de la pandémie en 2020, je n’ai reçu aucune autre aide. »
Aujourd’hui, il détient sa licence d’agence de voyage, propose ses produits commerciaux, avec la liberté d’être son propre patron et de continuer à parcourir le monde pour son travail. Une activité qui fait rêver mais qui n’est pas de tout repos, concède le professionnel : « Je ne prends pas de vacances, je suis tout le temps connecté, ma vie gravite autour des voyages que j’organise ».
Si Thibault Loubatier ne cherche pas à faire de sa société une manne financière, il espère encore croître pour élargir sa gamme de voyages, et engager d’autres alternants. « C’est ainsi que j’ai appris et je veux maintenant renvoyer l’ascenseur. En espérant réussir à faire partager l’amour du voyage aux jeunes générations », souligne-t-il.
Tourné résolument vers le futur, l’entrepreneur espère que sa fille prendra un jour le relai et continuera à faire vivre la passion familiale. Pour l’heure, il prépare sa prochaine escapade aux États-Unis, toujours à la recherche de nouvelles expériences originales et à la conquête de nouveaux clients.