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141e année

Lumineuse Jenufa

Spectacle. Au Théâtre du Capitole à Toulouse, du 20 au 26 avril.

PATRICE NIN

Rarement joué, l’opéra de Leos Janacek, Jenufa, est à l’affiche de l’Opéra national du Capitole. Avec cette oeuvre en trois actes créée en 1904, le compositeur tchécoslovaque offrait à son public l’un des opéras les plus bouleversants du répertoire. Il met en scène une jeune fille, dont l’amour et l’enfant sont sacrifiés aux interdits d’une société rurale figée dans ses codes. Au terme de cette tragique histoire d’infanticide, Jenufa paraît touchée par la grâce. Leos Janacek (1854-1928) connaît la notoriété à plus de soixante ans grâce à son opéra Jenufa que suivent les chefs d’oeuvre lyriques Katya Kabanova, De la maison des morts d’après Dostoïevski et L’Affaire Makropoulos. Après Dvorak et Smetana qu’il admire, Janacek porte haut l’opéra en langue tchèque. Il commence la composition de Jenufa en 1894 et adapte lui-même la pièce de Gabriela Preissova, Jeji Pastorkyna (Sa Belle-Fille), dont le drame est inspiré d’un fait authentique survenu en Moravie.

Une mise en scène efficace

Alors qu’il met en musique cette tragique histoire d’infanticide, il perd tour à tour son petit garçon et sa fille aînée : « J’entourerai ma partition de rubans noirs : maladie, souffrance et gémissements de ma fille Olga et du petit Vladimir », écrira-t-il. Créée à Brno en 1904, l’oeuvre reste presque totalement ignorée hors de cette province. Une vieille querelle opposant Janacek au chef d’orchestre Karel Kovarovic, devenu directeur de l’Opéra de Prague, en empêche la présentation dans la capitale tchèque. Ce n’est donc qu’en 1916 que l’oeuvre est finalement présentée à Prague, révisée par Kovarovic. Plus tard, à la demande du compositeur, l’oeuvre est traduite en allemand par Max Brod, ami intime et défenseur de Janacek, sous le nom de Jenufa. C’est sous ce titre que cet opéra accède à la notoriété en dehors des frontières de la Tchécoslovaquie.

En dépit des démarches de Janacek, l’oeuvre continue cependant à être donnée partout dans la version de Kovarovic, jusqu’à ce qu’en 1982 Charles Mackerras ne revienne, dans son enregistrement, à la version originale (celle de Brno). C’est dans la mise en scène extrêmement efficace de Nicolas Joël et les décors monumentaux d’Ezio Frigerio, tous deux aujourd’hui disparus, que l’Opéra national du Capitole retrouve ce sommet de la musique tchèque. Sous la direction du chef autrichien Florian Krumpöck, la distribution réunira notamment Catherine Hunold dans le rôle de la Sacristine et, dans le rôle-titre, la soprano française Marie-Adeline Henry.

Rédaction GdM