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140e année

Rétrospective Rossellini

Cinéma. Chef de file du néoréalisme, il est l’un des cinéastes majeurs de la fin du XXe siècle à redécouvrir de toute urgence. Du 12 octobre au 10 novembre à la Cinémathèque de Toulouse.

Allemagne année zéro, 1948. DR

Quel bonheur de retrouver Roberto Rossellini. Trop longtemps invisible en raison de copies trop passablement en mauvais état pour pouvoir organiser une rétrospective, il finissait par nous manquer sérieusement. Un plaisir et un besoin que de le revoir en un ensemble. Car il est un marqueur indélébile de l’histoire du cinéma. Un avant et un après. Car il est une source d’inspiration, la source d’une certaine idée du cinéma. Une idée certaine, qui nous le fait comprendre et aimer – le cinéma – profondément. Qui lui a donné conscience. Qui rappelle qu’à travers un film peut s’exprimer une véritable conscience du monde. Une question de regard sur le monde et d’une manière de le représenter.

Au sortir de l’obscurantisme des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale, avec Rome, ville ouverte Roberto Rossellini fit entrer le cinéma dans une nouvelle ère, celle de sa renaissance. En ce sens, il est le Masaccio du cinéma, ce peintre de la Renaissance qui appliqua à la peinture les lois de la perspective et la révolutionna. Renaissance encore dans sa manière de renaître de ses cendres, de rompre avec une approche avant qu’elle ne devienne une esthétique, une convention, un système, tout en explorant toujours une même voie : le dépassement d’un réalisme codifié pour atteindre une forme de vérité, la définition de son propre style – qui sera moins une écriture qu’une attitude, une position morale.

Une oeuvre en quatre périodes

On divise son oeuvre en quatre périodes. La première tient en trois films de guerre (Le Navire blanc, 1941, Un pilote revient, 1942, L’Homme à la croix, 1943), tournés sous le régime fasciste (ce qui lui vaudra des regards suspicieux), qui marquent par leur aspect documentaire. La deuxième est celle du néoréalisme dont il creuse les fondations avec sa trilogie des ruines (Rome, ville ouverte, 1945, Païsa, 1946 et Allemagne année zéro, 1948) : le triptyque qui a redéfini les contours du réalisme contre les conventions que jusque-là le cinéma avait établies avec son public. La troisième est celle de ce que l’on appelle les Bergman-films, née de sa rencontre et de son histoire avec Ingrid Bergman (Stromboli, 1950, Europe 51, 1952, Voyage en Italie, 1954, La Peur, 1954 et Jeanne au bûche, 1954). Période où il dépasse le cadre du néoréalisme pour faire entrer le cinéma dans sa modernité.

Et puis le cinéma est mort, dira Rossellini, se tournant pour sa quatrième période vers la télévision, pour laquelle il va développer un projet d’encyclopédie populaire revenant de manière didactique sur les événements historiques (La Prise de pouvoir par Louis XIV) et les courants de pensées qui ont fait l’humanité. Partant d’un tel découpage en périodes, on pourrait se borner à une vision en ruptures, en blocs distincts. C’est pourtant, en même temps qu’une peinture de son époque, le cheminement intellectuel d’un esprit éclairé qui se déroule sous nos yeux.

Et l’on verra que, si le cinéma n’est pas une fin en soi pour Rossellini, il est la mise en place d’un dispositif à travers lequel peut se saisir une vérité ; de se mettre en condition de la recevoir et de la partager. Ou, en reprenant ses mots, se considérer ignorant pour faire connaître aux gens les choses dans le moment même où il les découvrait lui-même. Une attitude qui demande de toujours renaître de ses certitudes. Une position morale qui fait que le cinéma lui est toujours reconnaissant.

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Rédaction GdM