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140e année

Sur les traces de la déconniatrie

Exposition. Les Abattoirs mettent en perspective l’incroyable destin du psychiatre François Tosquelles qui a écrit les fondements d’une pratique humanisante.

Portrait de François Tosquelles peint par un prisonnier de Septfonds, auteur anonyme. DR

Les Abattoirs, musée - Frac Occitanie Toulouse invitent les spectateurs à découvrir une exposition inédite dévoilant une histoire méconnue qui a fait date dans la psychiatrie au XXe siècle et ses liens nouveaux avec l’art brut et l’art moderne. C’est ainsi l’histoire de la « La Déconniatrie » qui est mise en lumière, à travers l’incroyable destin du psychiatre François Tosquelles (1912-1994). Il s’installe pendant l’Occupation à Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère, après avoir fui la victoire franquiste après trois années de guerre en Espagne.

Dans l’hôpital où il exerce, il fait alors émerger de nouvelles pratiques de soin basées sur l’humanisation, le collectif, le travail et l’activité artistique par les patients, dont les créations circulent au niveau local avant d’être collectionnées par Jean Dubuffet sous l’appellation d’art brut. Aux côtés de son confrère surréaliste, le toulousain Lucien Bonnafé, il reçoit les artistes et écrivains en fuite, en exil ou de passage. En effet, cette expérience stimule les intellectuels et artistes de passage et les inspire. Qu’ils y séjournent pour fuir l’occupant nazi ou s’imprégner de l’ambiance particulière des lieux, leur passage donne souvent naissance à de sublimes créations. Paul Éluard y rédige Souvenirs de la maison des fous (1946) et Gérard Vulliamy l’illustre – en croquant le portrait de plusieurs pensionnaires.

Conjuguer art moderne et art contemporain

Tristan Tzara écrit Parler seul (illustré par Joan Miró et publié en 1948-50). Ainsi, dans l’après-guerre se mettent en place les fondements d’une psychiatrie « désaliénante » dite de secteur qui soigne l’institution comme les malades, portée par des activités communes telles que le cinéma, les clubs et les journaux dont le fameux journal interne Trait d’union. Saint-Alban est un incubateur, le lieu de convergence d’hommes de lettres, d’artistes et de médecins comme Lucien Bonnafé, Jean Oury et Roger Gentis, qui travaillent ensemble à une nouvelle expérience de l’exil sous ses diverses formes.

Tristan Tzara, Joan Miró, Parler seul. DR

Ce qu’ils inventent dépasse bientôt largement les frontières régionales : jusqu’à la clinique de La Borde, dans le Loir-et-Cher et même Blida, en Algérie, des entreprises similaires essaiment À travers le parcours de François Tosquelles, fil rouge de l’exposition, sont ainsi questionnés les rapports entre art, exil et psychiatrie, et la notion de création dans le contexte de l’exclusion, de l’enfermement ou de l’hospitalisation.

Il s’agit de conjuguer une histoire de l’art moderne à une histoire de l’art brut et de l’art contemporain, ainsi qu’à celle de la psychiatrie et du décolonialisme. Le musée accueille la première étape de ce projet d’envergure internationale, qui rassemble plus de 100 oeuvres, aussi bien d’art moderne que celles créées par les patients dans l’hôpital, ainsi que des films inédits, des livres, des archives, des photographies… Jusqu’au 6 mars.

Rédaction GdM