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141e année

Les Vins du Sud-Ouest face à l’aléa climatique

Viticulture. Les vendanges 2022 sont en recul sur le plan des volumes. L’interprofession des Vins du Sud-Ouest fait le bilan.

Les Vins du Sud-Ouest face à l'aléa climatique
Le vignoble de Saint-Mont. (Crédit : DR)

Au terme d’une année marquée par de nombreux épisodes climatiques extrêmes (gel, grêle, sécheresse historique), les vendanges dans les vignobles du Sud-Ouest ont été « compliquées » selon Paul Fabre, directeur de l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO). Les volumes récoltés cette année, soit 2,7 millions d’hectolitres (contre 3,3millions d’hectolitres en moyenne quinquennale) sont inférieurs de 3% à ceux de 2021, et en recul de 17 % sur les cinq dernières années. « Cette baisse des volumes varie cependant fortement d’un terroir à l’autre, précise Paul Fabre, au moment de dresser le bilan de l’année. Dans le Tarn, les volumes ont chuté de 15%, dans le Frontonnais de 10% et dans le Gers de 30 %, par rapport à il y a cinq ans. »

CARTOGRAPHIE, OUTILS DE RÉGULATION

Face à ces incidents climatiques répétés, l’IVSO cherche des remèdes. « Mais, précise Paul Fabre, on considère qu’il n’y a pas de solution unique. Nous devons être dans l’anticipation, le réactif et le structurel ». Sur le plan de l’anticipation, l’IVSO mène avec l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) du Sud-Ouest, à Lisle-sur-Tarn, plusieurs projets dont l’un dénommé SO Adapt vise à « cartographier chaque terroir pour évaluer l’impact climatique, car tous ne rencontrent pas la même problématique. Avant d’élaborer des solutions, nous devons d’abord bien connaître les aléas que chacun affronte », précise Paul Fabre. Ce projet, qui bénéficie d’un appui financier de la Région, implique également l’Inra, Météo France, les chambres d’agriculture et l’Agence de l’Eau Adour Garonne. Ce projet, dont le coût est évalué à 2 M€, débute cet automne et doit se poursuivre pendant trois ans. En parallèle, l’IVSO planche sur la mise en place d’outils de régulation.

« L’idée est, en cas de fortes récoltes, de faire des réserves, afin de réaliser la jonction avec les plus petites récoltes, détaille le directeur de l’IVSO. Habituellement, la mise en réserve est liée au marché : lorsqu’on produit trop, on met ce vin en réserve et on ne peut pas le vendre. Cependant, si un marché s’ouvre, l’Interprofession peut libérer le volume en réserve pour qu’il soit commercialisé. C’est une façon de soutenir les cours. Désormais, nous réfléchissons à l’opportunité de créer des réserves climat. » L’IVSO explore d’autres pistes de réflexion : la mise en place d’une assurance, sachant que « peu de viticulteurs sont assurés » contre des aléas tels que le gel pointe Paul Fabre (soit 31,6 % des surfaces agricoles en France en 2019), l’irrigation ou encore l’utilisation de cépages plus résistants à la sécheresse obtenus par croisement, sa chant que l’IVSO a lancé des travaux sur le plan à la résistance aux maladies en vue de limiter le recours aux produits phytosanitaires – des tests sont en cours.


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D’autres études concernent l’implantation des vignobles sur les versants nord, la robotisation ou encore le recours au couvert végétal qui permet de rafraîchir les sols. « Nous menons en parallèle un important travail sur les cépages disparus, sachant que le vignoble du Sud-Ouest, à la différence d’autres, capitalise déjà beaucoup sur ses cépages autochtones, tels la négrette, le tannat ou encore le duras. Pour autant, un bon nombre a disparu, aussi avec IFV, nous effectuons des recherches sur ces cépages. Nous en avons détecté une vingtaine, en train d’être testés pour apprécier leurs qualités organoleptiques, à l’image du cépage dit tardif ou encore du bouysselet, peu sensible à certaines maladies ». La vingtaine de cépages qui compose actuellement le vignoble produit pour l’essentiel des vins blancs (55%), des vins rouges (31%) et des rosés (14%).

CHANGEMENT DES HABITUDES DE CONSOMMATION

Au-delà du dérèglement climatique, les vignobles du Sud-Ouest doivent aussi faire face à de nouvelles habitudes de consommation. « Le marché est assez tendu à l’échelle nationale. Si les blancs se tiennent mieux, les rouges sont plus en difficulté, explique Paul Fabre. De fait nous sommes face à un changement radical : alors que le consommateur, autrefois était fidèle, régulier, aujourd’hui, il est devenu occasionnel, zappeur. Il est mois attaché à une appellation, il attend qu’on lui conte une histoire. Ce qui nécessite pour les vignerons d’anticiper et de changer la façon dont ils parlent de leur vin. » Autre évolution importante : les préoccupations environnementales, qui conduisent de plus en plus d’acteurs à s’engager dans une démarche plus vertueuse, telle la Haute Valeur Environnementale (HVE) qui concerne en France 73,6% des exploitations viticoles.

RESTRUCTURATIONS EN COURS

L’IVSO est engagé dans un 5e Plan Collectif de Restructuration (PCR 5) qui vise le versement de primes pour l’arrachage et la replantation de cépages résistants notamment. Après 4818 ha concernés l’an dernier, il porte cette année sur quelque 3 500 ha, un niveau habituel. « Il y a une véritable dynamique de plantation », assure ainsi Paul Fabre. Quatrième vignoble de France, les Vins du Sud-Ouest, réunis au sein de l’IVSO représentent quelque 55 000 hectares de vignes, 16 AOP, 12 IGP, répartis sur deux régions (Occitanie et Nouvelle Aquitaine) et 13 départements. L’association créée en 2008, regroupe les partenaires de l’amont et de l’aval de la filière, à savoir viticulteurs et négociants.

« L’idée est, en cas de fortes récoltes, de faire des réserves, afin de réaliser la jonction avec les plus petites récoltes »

Elle a pour mission principalement de promouvoir sur les marchés les vins sous signe officiel de qualité (AOP et IGP) de ses ressortissants, par des actions collectives, mais aussi de mener des actions de R & D afin de répondre aux exigences de qualité, de santé et d’environnement. Les vignobles du Sud-Ouest représentent globalement 1 Md€ de chiffre d’affaires et plus de 13 000 emplois. Alors que le marché intérieur est un peu difficile, l’ambition de l’IVSO est de booster l’export qui représente déjà 30 % des volumes de ventes. Le marché nord américain est particulièrement visé. Plus près de nous, l’interprofession a lancé l’an dernier une vaste campagne pour promouvoir les vins du Sud-Ouest auprès des cavistes et restaurateurs toulousains, avec la marque Sud-Ouest de coeur.

Une trentaine de professionnels s’est engagée dans la démarche. Prochain objectif : atteindre la cinquantaine d’ambassadeurs. Plus globalement, l’IVSO veut aussi désormais encourager l’oeunotourisme, mais à l’échelle du bassin. Premier marqueur de cette démarche : le 15 juin dernier, les vignobles du Sud-Ouest ont été reconnus comme « itinéraire culturel européen » par le Conseil de l’Europe. L’interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO) est ainsi l’une des premières interprofessions viticoles à s’engager, à travers l’itinéraire européen Iter Vitis – Les Chemins de la Vigne et celui des Chemins de Saint Jacques de Compostelle, pour une reconnaissance de la qualité de ses paysages et de la diversité culturelle de son territoire.

Agnès Bergon