Informations régionales économiques et juridiques
141e année

Les stations sont prêtes pour la saison du grand blanc

Tourisme. Les stations de sport d’hiver de la chaîne des Pyrénées font le plein de réservations. De bon augure à quelques semaines du début des vacances de Noël. Mais rattrapées par la hausse des prix de l’énergie, elles misent sur la sobriété.

Les stations sont prêtes pour la saison du grand blanc
(Crédit : DR)

Après une très belle saison 2021-2022, à quoi ressemblera l’hiver 2022-2023 ? Trop tôt pour le dire, mais « on croise les doigts, on espère avoir le même enneigement que l’an dernier », assurait cette semaine à Toulouse Muriel Abadie, vice-présidente de la Région Occitanie, en charge du tourisme durable, des loisirs et du thermalisme, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par la Compagnie des Pyrénées – et sa marque N’PY – qui regroupe les stations de Peyragudes, Piau, Pic du Midi, Grand Tourmalet, Luz-Ardiden, Cauterets, Gourette, La Pierre Saint-Martin et le site touristique de La Rhune. De fait, à quelques jours de l’ouverture des domaines skiables pyrénéens, les exploitants de stations de ski rongent leur frein. Tout est prêt pour accueillir les skieurs et leurs familles dès le 2 ou le 3 décembre, il ne manque plus que la neige… Celle-ci n’a fait qu’épisodiquement son apparition cet automne, et à l’exception des sommets, elle fait encore défaut sur une bonne partie du massif.

Mais pas de quoi inquiéter les professionnels du secteur qui depuis de nombreuses années ont misé sur la neige de culture pour pallier les débuts de saison difficiles. On compte 310 enneigeurs dans le domaine skiable du Grand Tourmalet (Barèges-La Mongie), 270 à Peyragudes, 335 à Saint-Lary Soulan… Sur ce point, alors que la ressource en eau est extrêmement fragile, les exploitants de stations de montagne, plus en plus soucieux de l’impact environnemental de leurs activités, font des efforts pour limiter les prélèvements d’eau nécessaires à la fabrication de la neige de culture. C’est ce qu’explique Jacques Alvarez, directeur du domaine skiable de Font-Romeu Pyrénées 2000. Cette station des Pyrénées-Orientales comme celle de Saint-Lary Soulan dans les Hautes-Pyrénées est exploitée par un autre groupement, Altiservice, qui a la particularité d’exploiter pour le compte de Tisséo le téléphérique urbain toulousain Téléo. Altiservice présentait elle aussi le 15 novembre les nouveautés de cette nouvelle saison.


>LIRE AUSSI : La plus haute station des Pyrénées accélère sa mue


« De fait, depuis 2008, nous avons réduit de moitié l’utilisation de la ressource en eau pour fabriquer la neige », assure Jacques Alvarez. Cette eau, « est stockée sous forme de neige et travaillée tour l’hiver. Et on la rend au printemps, quand la nature en a besoin, par tous les phénomènes courants : évaporation, fonte des neiges, ruissellements. Ce fonctionnement est maintenant parfaitement maîtrisé. » Frappées également par la hausse du coût de l’électricité, les stations misent sur une réduction des consommations énergétiques via des plans de sobriété qui touchent notamment les remontées mécaniques responsables à hauteur de 40% des consommations d’énergie. Réduction de la vitesse, gestion plus éfficiente et une meilleure organisation devraient permettre de générer des économies substancielles. La production de neige de culture concourt, elle, pour près de la moitié des consommations énergétiques des stations. Là aussi, les plans de sobriété vont conduire à une meilleure utilisation des matériels, des dameuses notamment.

PROGRAMMES D’INVESTISSEMENTS

Des investissements importants ont été menés cette année sur plusieurs stations des Pyrénées, en partie pour s’adapter à cette transition écologique. C’est le cas pour les deux stations du groupe Altiservice dont les contrats de DSP ont été récemment renouvelés jusqu’en 2039 pour Saint-Lary et 2047 pour Font-Romeu Pyrénées 2000. La première, qui a réalisé l’an dernier 19 M€ de chiffre d’affaires, bénéficie d’un programme d’investissement de 25 M€ qui a débuté en 2019. Deux nouvelles remontées mécaniques ouvriront cette saison – en remplacement de cinq autres plus anciennes qui ont été démontées : une télécabine de 10 places à Espiaube et un télésiège de six places au secteur de Tourette. Un deuxième télésiège sur le secteur de la Forêt sera, lui, mis en service sur la saison 2023-2024. Font-Romeu Pyrénées 2000 qui a réalisé sur la saison 2021-2022 un chiffre d’affaires de 14 M€ bénéficie aussi d’un important programme d’investissement de l’ordre de 30 M€, qui se traduit dès cette saison par l’ouverture d’un nouveau restaurant d’altitude et la création de nouvelles activités comme le snowtubing et l’aérotrampoline.

Du côté de la Compagnie des Pyrénées, les efforts d’investissement ont également été importants : près de 18 M€ ont été injectés sur l’ensemble des huit stations qu’exploite la SAEM dont sont actionnaires les Régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine aux côtés des départements des Pyrénées-Orientales, des Pyrénées Atlantiques, des Hautes-Pyrénées et de l’Ariège et de la Banque des Territoires. Les huit stations ont généré l’an dernier 64,3 M€ de chiffre d’affaires pour quelque 600 salariés équivalents temps plein. Ouverture d’un nouveau secteur de glisse à Peyragudes, nouvelle offre de restauration à Piau, nouvelle offre hôtelière à La Mongie (Grand Tourmalet) avec l’ouverture d’un 4 étoiles La Voie Lactée, de 20 chambres, ouverture de la Maison du Tourmalet au Pic du Midi, nouveau télésiège des Bosses à Gourette, marqueront la saison à venir dans les stations de la marque N’PY.

La carte No Souci Pyrénées qui permet de pratiquer le ski sur l’ensemble des huit stations s’étend désormais sur l’Est de la chaîne et sur six nouvelles stations : Ax 3 Domaines, Mont d’Olmes et Guzet Neige en Ariège, mais aussi dans les Pyrénées Orientales : Porté-Puymorens, Formiguières et Cambre d’Aze, soit 14 stations au total. Côté réservations, sur l’ensemble de la chaîne, les professionnels ont le sourire. Malgré l’inflation qui pèse sur le pouvoir d’achat de beaucoup de ménages, les taux de réservation sont en hausse par rapport à l’année dernière à la même période. Les prix des forfaits fixés au printemps dernier, devraient évoluer selon les stations de 0 à 5%.

Agnès Bergon