Collectivités

Municipales 2026 à Toulouse, François Briançon (La gauche unie) : « Un objectif de 15 000 logements à loyer modéré sur la métropole »

Politique. Qui prendra les clés du Capitole en 2026 ? Jean-Luc Moudenc, maire sortant divers droite, remportera un troisième mandat ou les Toulousains choisiront-ils de tourner la page ? Face à lui, neuf candidats issus de tout l’échiquier politique entendent bien bousculer l’ordre établi : François Piquemal (LFI), Arthur Cotterel (Reconquête), Lambert Meilhac (Nouvel Air), François Briançon (La gauche unie), Malena Adrada (Lutte ouvrière), Julien Leonardelli (RN), Vanessa Pedinotti (Révolution Permanente), Guillaume Scali (NPA) et Julian Menendez (Parti des travailleurs).

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Élu depuis 1995, François Briançon a été adjoint au maire entre 2008 et 2014, notamment en charge du sport. (©Benoît Gibert)

Les 15 et 22 mars prochains, les électeurs trancheront à l’occasion des élections municipales. À l’approche de l’échéance, la Gazette du Midi a fait le choix de la clarté. Nous avons conçu une interview-cadre identique pour tous les candidats sur les enjeux qui nous semblent prioritaires, à savoir : le développement économique du territoire, la mobilité, le logement et la santé. Même format, mêmes questions, mêmes contraintes. Pas de polémique stérile, pas de petites phrases, pas de procès d’intention : ici, place au fond.

Objectif ? Permettre à chacune et chacun de détailler son programme, rien que son programme et ainsi donner aux électeurs les clés pour décider en toute connaissance de cause. Aujourd’hui la parole est donnée à François Briançon pour La gauche unie qui rassemble onze formations politiques, de la gauche sociale aux écologistes, unies autour d’un projet commun.

Développement économique du territoire

Pour assurer sa souveraineté et améliorer sa compétitivité, la France est engagée dans une course à la réindustrialisation. Idem pour la métropole. Quels leviers entendez-vous activer pour favoriser l’implantation de nouvelles entreprises ou usines sur son territoire ? Et ainsi créer des emplois ?
François Briançon : « Notre priorité est une stratégie d’implantation sobre en foncier, créatrice d’emplois durables et utile à la transition. Comment ? Grâce à la commande publique, nous pourrons maintenir et renforcer des critères sociaux, environnementaux et d’innovation dans les marchés publics, dans le prolongement du Small Business Act métropolitain [1] en faveur des PME, et approfondir les clauses sociales d’insertion pour favoriser l’emploi local. Nous élaborerons également une politique foncière et une stratégie de mutation immobilière permettant des implantations économiques tout en respectant les impératifs de sobriété (artificialisation, maîtrise foncière publique). Nous développerons une offre d’immobilier d’entreprises compétitive (pépinières, hôtels d’entreprises…). Par ailleurs, nous conditionnerons les aides économiques au secteur privé à la préservation de l’emploi sur le territoire et à l’absence de logiques spéculatives (revente avec plus-value). Enfin, nous faciliterons les implantations d’entreprise en renforçant l’accès aux services publics pour les salariés (crèches, sport, culture). »

Toulouse est souvent, et peut-être à juste titre, réduite à son statut de capitale européenne de l’aérospatiale. Quels autres secteurs stratégiques souhaitez-vous prioriser pour diversifier l’économie locale et créer des emplois durables ? Et surtout de quelle manière ?
François Briançon : « Nous voulons diversifier l’économie toulousaine en soutenant l’innovation et l’emploi autour de filières à forte valeur ajoutée, sans dépendance d’un seul secteur :

  • Filières d’avenir : santé, robotique, IA responsable, cybersécurité, biotechnologies et énergies renouvelables, via une logique de campus du futur (recherche, formation, expérimentation, transferts).
  • Économie de la transition : soutenir les métiers et filières de la transformation écologique (rénovation énergétique, réemploi, logistique douce, vélo, low-tech, alimentation durable), fortement créateurs d’emplois locaux.
  • Économie locale non délocalisable : économie circulaire et ESS, industries culturelles et créatives, entretien du patrimoine et tourisme responsable, commerce de proximité. »

Les cantines scolaires de maternelle et de primaire, dont la collectivité à la gestion, peuvent-elles constituer un levier stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire du territoire et soutenir une filière agricole locale aujourd’hui fragilisée ?
François Briançon : « Oui, dans le cadre des compétences municipales, la restauration collective est un levier concret. La Ville a la capacité d’agir grâce aux volumes d’achat, ses cahiers des charges, la lutte contre le gaspillage, la structuration de filières. Nos engagements sont plusieurs : doubler la part de bio et augmenter la part de produits locaux et de saison dans les cantines municipales (écoles, Ehpad) ; développer une politique alimentaire cohérente en proposant une alternative végétarienne de qualité et la lutte active contre le gaspillage ou encore structurer l’offre locale en créant 10 fermes urbaines à l’échelle métropolitaine en lien avec l’établissement municipal de Candie. Et aussi, en appuyant la structuration des filières via le MIN de Fondeyre (circuits courts, rémunération juste, distribution). »

Mobilité

Êtes-vous favorable à la poursuite du projet de LGV ? Lancé il y a plus de 30 ans, ce projet répond-il encore, selon vous, aux enjeux actuels de mobilité, de développement économique et de transition environnementale du territoire toulousain, dans un contexte d’incertitude sur la participation financière de l’État ?
François Briançon : « Nous sommes pour la finalisation des aménagements ferroviaires du nord toulousain. Ceux-ci nous permettront de développer un segment de RER métropolitain sur six haltes ferroviaires et de préparer son arrivée. La création de la ligne nouvelle de LGV entre Bordeaux et Toulouse est menacée par les arbitrages de l’État qui semble ne pas vouloir tenir ses engagements financiers. Les collectivités locales sont sollicitées pour leur financement à hauteur de 40 % du montant. Nous exigeons de l’État qu’il tienne ses engagements dans les délais qui ont été convenus afin de finaliser cette infrastructure essentielle. »

Si vous accédez aux responsabilités, quels projets de mobilité mettrez-vous en tête de votre agenda : tramway, lignes de bus prioritaires, prolongement du Téléo, RER toulousain, aménagements cyclables ? Quels seront vos critères pour arbitrer entre ces investissements ?
François Briançon : « Nos priorités sont celles qui permettent de sortir du tout-voiture rapidement, avec un impact mesurable sur les temps de trajet et la qualité de l’air. Nous lancerons d’abord un choc d’offre sur les bus et Linéo (+20 % en trois ans) pour des trajets plus fréquents, plus rapides, avec des horaires élargis et des couloirs dédiés là où c’est décisif. En parallèle, nous mettrons en œuvre un déploiement progressif dès 2028 du RER métropolitain en mobilisant l’État et les partenaires, et en organisant l’urbanisme autour des gares pour rendre le train vraiment utile au quotidien. Nous misons aussi sur une intermodalité simple et efficace (gares–métro–tram–bus–vélo–covoiturage), avec des parkings relais et des pôles de mobilité connectés aux réseaux cyclables. Nous prenons l’engagement d’impliquer Tisseo au financement de l’investissement et de l’exploitation du réseau sur son secteur de compétence sur le modèle des réseaux de Bordeaux et de Strasbourg. Pour ce qui concerne le vélo, nous prévoyons de déployer massivement les mobilités actives en rendant le Réseau Express Vélo (REV) enfin sécurisé, lisible et ininterrompu et en mettant en œuvre le “REV 10” comme grande boucle cyclable sécurisée. Nous renforcerons également les équipements avec du stationnement vélo sécurisé, le doublement du nombre d’arceaux, des stations de réparation, et un espace dédié dans la Halle des mobilités. »

Quels seront vos critères pour arbitrer entre ces investissements ?
François Briançon : « Nos critères d’arbitrage sont l’impact sur les mobilités du quotidien (gains de temps et fiabilité), la réduction des émissions, la justice sociale et l’accès pour tous, le coût-efficacité et la rapidité de mise en œuvre, ainsi que la cohérence avec l’aménagement du territoire, en densifiant là où l’offre de transport existe déjà. »

Êtes-vous favorable à la gratuité totale des transports publics ou à une tarification sociale (notamment en fonction de l’âge ou des revenus) ? Si oui, comment ce dispositif serait-il financé et soutenable budgétairement ?
François Briançon : « Nous proposons une tarification sociale, avec des gratuités ciblées pour les moins de 18 ans, ainsi que pour les étudiants boursiers et les jeunes en service civique. À partir de janvier 2027, les tarifs seront aussi calculés selon les revenus. Ce modèle est soutenable parce qu’il vise à augmenter le nombre d’usagers grâce à une meilleure offre, et parce qu’il s’appuie sur des leviers locaux comme une tarification solidaire et écologique du stationnement et la reprise progressive des parkings sous contrôle public. »

Logement

Le PLUi-H prévoit la construction de 7 400 logements par an entre 2025 et 2035 afin d’accompagner l’arrivée chaque année d’une dizaine de milliers de nouveaux habitants. Or, en 2024 et 2025 à Toulouse, seuls 2 500 à 2 800 logements ont été autorisés. Comment comptez-vous concrètement atteindre cet objectif ?
François Briançon : « L’écart entre l’objectif et les autorisations récentes montre un problème de maîtrise et de planification. Nous voulons produire plus, mais mieux, et surtout du logement plus abordable. Pour atteindre cet objectif, nous allons :

  • Reprendre la main sur le foncier en déployant une stratégie foncière avec mobilisation de tous les outils (droit de préemption, portage EPFL [2], emplacements réservés, servitudes de mixité sociale, etc.), et en constituant des réserves foncières.
  • Repenser les grands projets (Malepère, Paleficat, Grand Matabiau) pour garantir les équipements et services nécessaires dès maintenant, et éviter la production “hors-sol” qui bloque ensuite l’acceptabilité et la qualité.
  • Produire du logement abordable à grande échelle. Nous avons un objectif de 15 000 logements à loyer modéré sur le territoire de la ville de Toulouse sur le mandat et 7 500 logements via le Bail Réel Solidaire pour l’accession.
  • Limiter la spéculation et remettre du logement sur le marché grâce à l’encadrement des loyers (candidature avant fin 2026), l’encadrement plus strict des meublés touristiques (de 120 à 90 jours/an), la lutte contre la vacance via l’agence ALIS.
  • Produire sans étaler en aidant à agrandir, surélever ou transformer l’existant avec un accompagnement public, mais aussi en soutenant la conversion de bureaux en logements. »

Face à la pénurie de logements neufs, la rénovation du parc existant apparaît comme un levier majeur. Quels moyens précis la Ville peut-elle mobiliser pour accélérer la réhabilitation des logements sociaux et privés à Toulouse ? Une déclinaison locale de dispositifs d’aide à la rénovation, à l’image de MaPrimeRénov’, fait-elle partie des options que vous étudiez ?
François Briançon : « Nous proposons un plan massif de réhabilitation et de rénovation énergétique (objectif 30 000 logements sur le mandat), pour traiter les passoires/bouilloires thermiques et réduire les charges. Pour ce faire, nous mobiliserons des moyens municipaux, comme partenariaux pour accélérer la rénovation du parc social et soutenir les copropriétés avec un appui aux particuliers pour la rénovation de leurs copropriétés. Nous entendons également lutter contre l’habitat indigne grâce à une équipe mobile dédiée et au déploiement du permis de louer dans les quartiers à enjeux. Toujours dans cette optique, nous voulons promouvoir le bail à réhabilitation pour remettre sur le marché des logements à loyer accessible. Sur une “MaPrimeRénov’ locale” : l’enjeu principal est de compléter et simplifier l’accès aux aides nationales, avec un accompagnement de proximité (copropriétés, ménages modestes), et de cibler en priorité les logements où le gain social et énergétique est maximal. Notre programme prévoit l’objectif et les outils d’accompagnement et le calibrage exact d’un dispositif local (aide directe, bonification, avance, tiers-financement) sera construit avec les partenaires compétents et les mécanismes existants. »

Santé

Face à une croissance démographique soutenue et à une offre médicale en tension, quels leviers la collectivité peut-elle mobiliser pour garantir un accès aux soins adapté aux besoins des habitants ?
François Briançon : « La collectivité ne peut pas remplacer l’État ou l’Agence régionale de santé, mais elle peut agir sur trois leviers décisifs : organiser l’accès, créer des lieux d’exercice attractifs, et aller vers les publics qui renoncent aux soins. Nos mesures principales pour garantir l’accès aux soins sont les suivantes :

  • Créer un Service municipal d’accès aux soins (SMAS) : un guichet unique local, construit avec l’ARS et les professionnels, pour orienter rapidement les habitants vers une solution de soins et limiter le non-recours.
  • Ouvrir des centres de santé pluridisciplinaires avec des médecins salariés et avec l’assurance d’un zéro reste à charge (tiers payant et pas de dépassement d’honoraires) : mobilisation du foncier municipal pour créer un centre par an, avec une logique d’équipe (généralistes + spécialistes selon besoins : dentaire, ophtalmo, santé mentale, etc.).
  • Déployer des “médibus” : cabinets itinérants pour consultations, dépistages et vaccination, en priorité dans les zones où l’offre est la plus insuffisante.
  • Renforcer les solutions hors urgences : appui aux maisons médicales de garde et meilleure articulation ville–hôpital (conventions, permanences, coordination). »

Quelles actions concrètes proposez-vous pour attirer et maintenir des professionnels de santé (médecins généralistes et spécialistes) sur le territoire ?
François Briançon : « Par ailleurs, pour attirer et maintenir des médecins sur le territoire nous travaillerons à rendre l’installation simple et sécurisée (locaux adaptés, loyers maîtrisés, montage immobilier facilité via une foncière patrimoniale, etc.). Autre levier, proposer un cadre d’exercice attractif : travail en équipe, mutualisation (accueil, secrétariat, coordination), conditions d’exercice stables, particulièrement pour les jeunes médecins et dans les quartiers sous-dotés. Et aussi fidéliser dès la formation avec des partenariats pour accueillir et ancrer internes/jeunes professionnels dans les centres municipaux. Enfin, nous entendons agir sur l’offre hospitalière en faisant de la gouvernance du CHU un levier stratégique et porter l’objectif d’un nouvel hôpital au nord de Toulouse pour rééquilibrer l’offre. »

La téléconsultation peut-elle constituer une réponse aux difficultés d’accès aux soins ? Comment la Ville peut-elle concrètement soutenir son déploiement ?
François Briançon : « La téléconsultation peut aider pour le suivi, le tri, le renouvellement, l’orientation, mais elle ne remplace pas une offre de proximité. Voilà pourquoi nous proposons de l’intégrer aux centres de santé et aux médibus (télé-expertise, suivi, orientation), de renforcer l’accompagnement (médiation santé/numérique) pour que les publics éloignés du numérique puissent réellement l’utiliser, et enfin de l’adosser à un parcours local (professionnels du territoire) pour éviter une médecine “hors-sol” sans continuité. »

[1Small Business Act vise à favorise l’accès des PME aux marchés publics de la métropole.

[2EPFL : Établissement Public Foncier Local.