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141e année

L’atelier de Charly, le bon diapason

Artisanat. Charly Roulleau fêtera les cinq ans de son atelier de lutherie en janvier. Il est installé rue Auriol, en plein centre de Montauban. Un marché de niche où Charly a trouvé sa place. Il fabrique, répare, restaure des guitares et développe de nouveaux services.

L'atelier de Charly, le bon diapason
Charly Roulleau. (Crédit : DR)

Il n’y a, en France, que 500 luthiers selon la dernière estimation de l’Institut des Métiers d’Art. Charly Roulleau est un artiste et un artisan. La musique a toujours occupé une place importante dans sa vie. Il aime aussi l’histoire et a le goût des belles choses. Charly a persévéré, il s’est accroché pour devenir luthier. « À 14 ans, je savais déjà que je voulais devenir luthier. Je jouais de la guitare avec des copains et je m’amusais à modifier, retaper mes instruments. Je bricolais avec mon père, ça marchait (ou pas), Il n’y avait pas internet, on ne trouvait pas de tutos pour apprendre à réparer », se souvient Charly Roulleau en souriant. Pour toucher du doigt le métier de luthier, il est allé rencontrer des professionnels dans leurs ateliers à Toulouse.


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« Je me sentais bien dans cet univers. C’était l’année du bac, j’ai annoncé à mes parents que je voulais faire une école de lutherie. Ils ont préféré que je fasse des études longues. Je suis parti sur un master d’histoire contemporaine. » Sa passion pour le bricolage ne l’a jamais quitté, pendant ses études, il a continué à réparer des instruments : « j’y mettais toutes mes économies, le montant de la bourse universitaire. » Charly se passionnera pour les études mais s’arrêtera juste avant la remise du mémoire. Cette période l’a profondément marqué, il s’est promis de terminer son mémoire et de pousser jusqu’au doctorat.

COMMENT LE LUTHIER DISCUTE AVEC L’INSTRUMENT

Juste avant la fin de son master, l’étudiant a effectué un virage à 360° et est parti au Mans à l’Itemm, l’Institut technologique européen des métiers de la musique. Il a appris le métier de luthier, la fabrication de guitare acoustique puis a ouvert son atelier à Montauban. « Originaire de la ville, j’avais déjà une base de clientèle, le marché a répondu présent tout de suite », explique Charly Roulleau. Le luthier s’intéresse aux guitares acoustiques mais on lui confie aussi parfois des ukulélés et des basses. « J’aimerais acheter des machines pour travailler plus vite : une raboteuse, une calibreuse… » Le luthier noue une relation particulière avec son client qui lui confie un bien très précieux. Il doit décrypter ses envies lors de la fabrication d’un instrument. Être luthier demande beaucoup de patience : « on va choisir tous les détails de l’instrument de A à Z, le prix dépendra du projet. On peut commencer à 1950 €. C’est un outil de travail pour les musiciens, ils recherchent du confort, le son doit être exceptionnel. »

En moyenne, 200 heures de travail sont nécessaires pour fabriquer un instrument simple. « Il faut être méticuleux, le ponçage final de l’instrument est très important, il peut prendre plus d’un jour, s’il y a la moindre rayure, elle se verra puissance mille, une fois l’instrument terminé. » Le métier interpelle, séduit aussi. « À la fin du confinement, une nouvelle clientèle est venue me voir, des gens qui ont retrouvé des guitares dans leurs armoires. » Le luthier a encore beaucoup de pistes à explorer, il a ouvert des cours de guitare et développe des stages pour apprendre à fabriquer un instrument. Son atelier tourne bien, avec un chiffre d’affaires en augmentation, autour de 65 K€ par an. Il se verrait bien agrandir son domaine et vendre des guitares soigneusement sélectionnées mais aussi des vinyles et des platines vintage… Charly Roulleau semble avoir plus d’une corde à son arc !

Dorisse Pradal