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141e année

L’Île aux légumes : un pari pour l’avenir

Agriculture. L’exploitation agricole montalbanaise, Aquacosy, tente de démocratiser l’hydroponie et l’aquaponie.

L'Île aux légumes : un pari pour l'avenir
Jérémy le Moinier et Pierre Aubignac. (Crédit : DR)

C’est un projet un peu fou qu’ont lancé Pierre Aubignac et Jérémy le Moinier, sur les bancs de l’école d’ingénieurs agronomes, une initiative qui est devenu presque un art de vivre au fil du temps : l’aquaponie. « Cette idée a mûri à la suite d’une conférence, où l’intervenant nous a expliqué qu’il y aurait 2 milliards de personnes supplémentaires à nourrir en 2050 et deux fois moins d’espaces agricoles. Il a conclu son intervention en nous disant : “c’est le défi de votre génération” ce qui nous a fait réfléchir. Nous avons alors mené des recherches avec Jérémy sur la manière de répondre à ce défi. La technique du hors sol s’est révélée être une vraie réponse. »

Ainsi, à peine leur diplôme en poche, les deux amis fondent, en 2019, la ferme hydroponique Aquacosy et son Île aux légumes, sur les terres montalbanaises d’où est originaire Jérèmy le Moinier. Avant de se lancer dans l’aventure, les fondateurs se sont formés en la matière – Pierre Aubignac a travaillé à la création d’une unité aquaponique en Tunisie, en parallèle d’une formation universitaire de gestion d’entreprise à Toulouse, et Jérémy le Moinier s’est envolé, lui, vers la Belgique pour découvrir d’autres techniques.

FORTE DENSITÉ DE CULTURE AU MÈTRE CARRÉ

En 2019, cette forme d’exploitation agricole est encore novatrice sur le territoire occitan et rare dans l’Hexagone, tandis que des pays voisins comme la Belgique ou plus lointains tels que les États-Unis ou encore Singapour ont déjà sauté le pas. L’Île aux légumes fait depuis partie d’un vaste projet qui a pour ambition de vulgariser les méthodes agricoles de production hors sol que sont l’hydroponie, la bioponie, l’aquaponie et l’aéroponie. Pierre Aubignac tient à rappeler les bienfaits de l’hydroponie écoresponsable : « cette technique permet de réaliser 90% économie d’eau selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). De plus, il s’agit d’une production sans produits phytopharmaceutiques. Pour éviter les maladies, nous faisons de la lutte intégrée (avec des insectes auxiliaires) et utilisons seulement des engrais biosourcés. Elle a aussi l’avantage de permettre une production indépendante de la qualité du sol et de ne pas consommer d’énergies fossiles. Enfin, elle permet une forte densité de culture au mètre carré. »


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Bien que le démarrage de l’activité ait été parsemé d’embûches, les cofondateurs n’ont pas baissé les bras. « Nous sommes passés par des artisans locaux pour les installations. En effet, celles présentes sur le marché ne correspondaient pas à notre échelle de production. Nous avons commencé à produire en 2020, juste avant l’arrivée de la pandémie, laquelle a fortement ralenti notre activité. Nous visions au départ la production de légumes et de plantes très spécifiques, sous serres, destinée à une vingtaine de restaurateurs montalbanais, mais avec la crise et la fermeture des établissements, nous nous sommes peu à peu réinventés, explique Pierre Aubignac. Nous avons décidé de revoir notre production et de la réduire ». Aujourd’hui, sur 1500 m2 de surface de production, seuls 500 m2 sont véritablement exploités. « Actuellement, nous produisons entre trois et cinq tonnes de légumes par an. Pour l’heure, nous travaillons principalement avec trois restaurateurs ».

ÉTUDES SCIENTIFIQUES

La surface restante est ainsi destinée à la recherche. En effet, les fondateurs ont créé un bureau d’études, en 2020, et collaborent avec l’Inrae ou encore le CNRS afin de permettre la création de nouveaux itinéraires techniques destinés aux agriculteurs en conversion, aux actifs en reconversion et aux porteurs de projets publics ou privés qui entendent suivre une démarche écoresponsable. Parmi les projets de recherche, figure un prototype hydrovoltaïque porté par Q Energy, acteur sur le marché des énergies renouvelables et le bureau d’études Aquacosy Developpement.

« Le projet expérimental consiste à étudier trois systèmes en inter-rang, en bordure et en dehors du parc pour la culture du basilic, avec un système formé avec deux gouttières. Au bout d’un an, nous avons observé notamment une augmentation de production de 30% entre les panneaux solaires par rapport au témoin extérieur, une forte protection contre le vent et une diminution des risques de champignon. Avec ce système, 80m2de panneaux solaires équipés de gouttières, égalent la production 80 m2 de basilic en équivalent plein champs. C’est ce que révèlent les résultats préliminaires obtenus selon un protocole validé par l’Inrae. »

D’autres projets devraient voir le jour pour la culture d’arbres hors sol. « Depuis 2017, nous faisons des essais. Il s’agira ici d’une expérimentation sur les citronniers qui durera trois ans », souligne-t-il. En attendant, la structure projette d’accompagner les collectivités et de mettre en place des formations. Pierre Aubignac intervient déjà dans différentes écoles d’ingénieurs et organismes de formation agricole. La ferme qui est en pleine restructuration entend également recruter prochainement un salarié en insertion.

Jennifer Legeron