ArcSpace lève 2 M€ lève pour réparer et prolonger la vie des satellites
Spatial. En cours d’implantation dans la Ville rose, la start-up ArcSpace annonce une levée de fonds de 2 M€ pour accompagner sa phase de recrutement, en prévision d’une première mission de démonstration de sa technologie embarquée pour satellite en 2027. Cette mission doit prouver l’efficacité de son outil de découpe, d’assemblage et de soudage de matériaux en orbite.
C’est une nouvelle preuve de l’attractivité de Toulouse dans le spatial. La Ville rose continue de séduire de jeunes pousses de la NewSpace, qui viennent y trouver un écosystème favorable au développement de leurs technologies. Après le Rennais Osmos X, qui a installé en août dernier une antenne dans la métropole pour développer son véhicule de transfert orbital Thorus, doté d’une propulsion plasma et capable de réduire fortement les coûts d’exploitation des satellites tout en multipliant les missions possibles en orbite, c’est désormais au tour d’ArcSpace de poser ses valises dans la capitale européenne du spatial.
Une arrivée qui intervient dans un contexte de profond changement du secteur. Avec des centaines, puis bientôt des milliers de satellites supplémentaires envoyés en orbite et la multiplication des constellations, les besoins ne se limitent plus à leur fabrication et à leur satellisation. Il faut désormais pouvoir mieux surveiller ce qui se passe dans l’espace, gérer les débris et être capable d’intervenir rapidement lorsqu’un satellite rencontre un problème. Un enjeu d’autant plus important que prolonger la durée de vie des satellites devient une priorité, alors que celle-ci reste aujourd’hui limitée et que leur remplacement représente un coût important.
Un marché spatial en plein essor
Pour gérer ces problématiques directement depuis l’espace, la start-up ArcSpace, fondée en août 2022 par Guillaume Mohara et Adam Abdin, a mis au point une technologie embarquée permettant de découper, d’assembler et de souder des matériaux de manière sûre et précise. Celle-ci repose sur un procédé par faisceau d’électrons qui ne produit aucune contamination.
En phase de développement, l’entreprise, historiquement implantée à Palaiseau, en région parisienne, vient d’ouvrir un deuxième bureau dans la Ville rose. Cette implantation s’accompagne d’une levée de fonds de 2 M€ destinée à préparer sa première mission de démonstration, prévue pour 2027. La société, qui emploie sept personnes, entend en recruter deux nouvelles en Haute-Garonne et vise la mise sur le marché de son produit en 2028.
Une dizaine de clients déjà intéressés
Ce premier tour de table vient couronner plusieurs années de recherche. « Cela nous permet d’accélérer la validation en vol de notre solution, en démontrant plus de 100 secondes de soudage entièrement autonome à bord d’un satellite en orbite en 2027, une première mondiale », rappelle son PDG Guillaume Mohara.
Concrètement, ce premier test prévoit d’embarquer son outil compact, « de la taille d’une boîte à chaussures », à bord d’un actif spatial envoyé par un concepteur de satellites dont le nom sera rendu public dans un mois. « Une fois le succès de cette première mission assuré, l’entreprise avec laquelle nous réalisons cette démonstration pourra bénéficier de notre technologie embarquée sur une dizaine de ses prochains satellites », détaille le dirigeant.
Une dizaine d’entreprises partenaires sont déjà intéressées par la technologie, parmi lesquelles les Toulousains Exotrail, qui développe des technologies de logistique spatiale, ou encore Astroscale, spécialisé dans les services orbitaux. Une fois la commercialisation de son produit lancée, la jeune pousse annonce une dizaine de potentiels clients. À ce jour, elle a d’ailleurs déjà établi des collaborations avec des partenaires institutionnels tels que le CNES, l’Agence spatiale européenne (ESA) et le Fonds européen de défense (EDF).
Un enjeu de souveraineté européenne
La société a réalisé cette opération auprès de business angels et du fonds d’investissement DEPO Ventures, spécialisé dans les technologies stratégiques et la deep tech, ainsi que de l’allemand SCE Feiraum Ventures et d’IRDI Capital. Basé à Toulouse, Bordeaux et Montpellier, ce dernier est l’un des acteurs majeurs et historiques du capital-investissement régional en France, avec plus de 550 M€ sous gestion via une quinzaine de fonds au service des start-up, des PME et des ETI du Grand Sud-Ouest, à tous les stades de leur développement.
Pour les trois structures qui ont investi dans le développement d’ArcSpace, la start-up dispose de la force de frappe nécessaire pour adresser des marchés très porteurs. Sa technologie, de petite taille, peut en effet être embarquée dans tous les types de satellites ainsi qu’à bord des rovers lunaires. « Cette capacité multifonctions de l’outil d’ArcSpace réduit significativement les risques et renforce la résilience des infrastructures critiques dont nos sociétés dépendent de plus en plus », explique Petr Šíma, partenaire chez DEPO Ventures.
Selon Justyna Redelkiewicz, partenaire space tech venture chez DEPO Ventures, « l’outil développé par la jeune pousse répond précisément aux nouvelles demandes de la Commission européenne dans le cadre de sa recherche en capacités de rupture ». Plus largement, les acteurs de la NewSpace deviennent aujourd’hui d’importants relais de croissance et de souveraineté technologique pour les États et les entreprises, toujours plus dépendants des infrastructures spatiales pour les télécommunications, la navigation, les systèmes financiers ou encore la défense.
« ArcSpace a identifié le service et les opérations en orbite comme l’un des piliers de la future économie spatiale européenne, soutenue par des plans d’investissements substantiels menant à la mission pilote ISOS, qui doit permettre de développer les capacités autonomes d’intervention d’ici 2030 », conclut Justyna Redelkiewicz. La start-up prévoit une deuxième mission test en 2028, ainsi qu’une seconde levée de fonds pour accompagner la commercialisation de son outil.