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141e année

Le Mouton givré, vraie réussite lotoise

Textile. La laine des brebis caussenardes a trouvé une nouvelle vie grâce à Cinthia Born et Élodie Madebos, les fondatrices du Mouton givré à Cambes dans le Lot. Elles ont lancé un sac isotherme destiné à une clientèle en recherche du made in France et d’un produit porteur de sens.

Le Mouton givré, vraie réussite lotoise
A gauche, un sac isotherme lancé par Mouton givré (Crédit : DR) / A droite, Cinthia Born et Élodie Madebos, fondatrices du Mouton givré. (Crédit : NADIA-MAULEON)

Cinthia Born a toujours aimé les tissus, elle est couturière de formation. Elle se demandait comment valoriser la laine des éleveurs de moutons du Lot. « À très petite échelle, je cousais des sacs, des capes en laine. Quand j’ai compris que 80 % de notre laine partait en Chine, j’ai voulu agir », explique la cofondatrice. La laine n’est plus une source de revenus pour un éleveur, « l’achat de la laine par un courtier ne couvre même plus les frais de tonte, on était à 1,50 € le kilo il y a un an, on est passé à 5 centimes. » Cinthia Born connaissait les vertus isolantes de la laine, elle a eu l’idée d’un sac isotherme. L’entreprise était lancée.

DÉJÀ UNE PREMIÈRE RÉCOMPENSE

Cinthia Born a commencé les tests, chez elle dans sa cuisine. Bingo ! La laine ensachée dans un tissu gardait parfaitement le chaud ou le froid. L’entrepreneuse a vite rejoint l’incubateur Les Premières Occitanie pour faire avancer son projet. Sur sa route et grâce à son réseau d’éleveurs de moutons, elle a rencontré Élodie Madebos, costumière de métier, laquelle a tout de suite adhéré au projet et a voulu rejoindre Cinthia.


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« En septembre 2019, on a lancé le financement participatif sur Ulule. On a atteint les objectifs en trois jours : 650 commandes pour notre premier produit, le lunch bag Marguerite. C’était inespéré. » Demandez à Cinthia Born comment elle a réalisé ses études de marché, elle vous dira simplement qu’elle s’est informée dans la presse et qu’elle a regardé autour d’elle, près d’un Français sur deux emporte son repas au travail. « Il y a un vrai besoin, je savais que ça allait fonctionner. »

ACCÉLÉRER POUR POUVOIR LANCER L’ENTREPRISE

Avec un carnet de commandes rempli, il a fallu embaucher une personne supplémentaire, équiper les machines à coudre. Coût de l’investissement 150 K€. En février 2020, alors que Mouton givrévient de lancer son site Internet, tout s’effondre avec la pandémie. Le duo se lance dans la fabrication de masques puis développent un nouveau produit, un cabas. Nouveau succès : « à Noël 2020, on n’avait plus rien, jusqu’en septembre 2021, on était à flux tendu ». Elles ont vendu 6000 pièces depuis le début de l’aventure, pour un CA estimé de 180 K€.

UN SYSTÈME DÉJÀ BIEN RÔDÉ

Les cofondatrices vont récolter la laine chez les éleveurs lotois, environ quatre tonnes. La production pour le département étant estimée à 600 tonnes, il y a encore de la marge. La laine est lavée à Saugues dans le Gévaudan, le dernier et le plus important centre de lavage de France puis feutrée à la manufacture de Clisson dans le Limousin. « Ce n’est pas un problème de faire des partenariats, explique Cinthia Born. Toutes les marques ou presque le font, il serait trop coûteux d’avoir toutes les machines dans notre atelier au regard de notre capacité de production. » 70 % des ventes se font en ligne et 30 % en cadeaux d’entreprises. Récemment, la marque Mam Baby a commandé 500 pièces pour ses clients. Le duo a à coeur de mettre en place un système vertueux.

« Sur un sac, derrière l’étiquette, on inscrit le nom de la couturière, c’est gratifiant d’aller jusqu’au produit fini. On a choisi de travailler différemment en diversifiant les tâches pour éviter les problèmes de dos, de posture. » Trois personnes travaillent actuellement dans l’atelier. Le Mouton givré va participer au salon du made in France et à la journée internationale de la laine à Felletin dans la Creuse. Prochaine étape : structurer l’entreprise, « parce que tout est allé très vite, avec la housse de bouteille et le sac à dos, on a cinq produits à vendre, ce qui est déjà beaucoup pour une entreprise comme la nôtre. » Les entrepreneuses ont réussi leur pari, aider les éleveurs à valoriser leur laine et fabriquer un goodies écoresponsable et local.

Dorisse Pradal