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141e année

Les entreprises du Muretain en quête de visibilité

Evénement. Le Club des entreprises du Muretain fête ses 15 ans le 28 juin à la salle Horizon de Muret. L’occasion pour son président Stéphane Gauchie de revenir sur les enjeux auxquels sont confrontées les entreprises du territoire. Interview.

Stéphane Gauchie est président depuis cinq ans du CEM. Directeur de
Vinci Énergie, il dirige également trois entreprises spécialisées dans le domaine des infrastructures énergétiques sur le territoire du Muretain, Citeos, Barde Sud-Ouest et Omexom. (Crédit : DR).

Rappelez-nous ce qu’est le Club des entreprises du Muretain ?

Il représente un tissu d’entreprises à la typologie très variée, de la TPE-PME au grand groupe, de tous secteurs d’activité (services, production…). Notre vocation est d’être avant tout un club de territoire, plutôt qu’un club business. Il est né en effet d’une discussion entre des élus de la communauté de communes de Muret, devenue Muretain Agglo et des entreprises locales qui souhaitaient se fédérer pour pouvoir porter des projets communs. Depuis le club a évolué, avec un positionnement plus étendu : il s’adresse à toutes les entreprises de l’agglomération voire au-delà puisque nous avons des membres de Toulouse Métropole ou d’autres territoires. Le club s’est ouvert également en intégrant des associations de commerçants ou autres. Le club regroupe aujourd’hui 240 adhérents. Il fonctionne essentiellement en mode projet grâce au travail de ses trois commissions.


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Une première est dédiée à l’animation BtoB, une autre centrée sur l’environnement et l’aménagement (écologie, transition énergétique, digitalisation des entreprises) et une dernière tournée vers l’emploi et la formation. Le conseil d’administration et chaque commission se réunissent tous les mois. Nous organisons chacune de nos manifestations en lien avec une commune, ce qui nous permet de découvrir tout le territoire. En parallèle, nous portons également des événements conjointement avec d’autres clubs, puisque nous sommes partenaires des clubs qui nous entourent. Deux à trois fois par an, en plus de notre assemblée générale, nous organisons des journées de bienvenue et une journée estivale sur une thématique. Nous organisons enfin trois fois par an des forums emploi avec les élus du territoire.

Quels sont les objectifs du club ?

Il s’agit avant tout de créer de la convivialité, de sorte que les entreprises se connaissent, mais également d’instaurer de l’échange entre le monde de l’entreprise, les collectivités et le monde de l’emploi pour éviter les clivages, compte tenu du fait que nous avons beaucoup de mal, même si nous sommes dans une région globalement attractive, à nous développer et à trouver des ressources. Il faut dès lors que nous embarquions l’ensemble des acteurs du territoire. Notre objectif est enfin de créer du business pour nos adhérents.

À quelles problématiques les entreprises du Muretain sont-elles confrontées ?

Selon les secteurs d’activité, ces difficultés peuvent être différentes, mais d’une manière générale, nous avons aujourd’hui un important problème d’attractivité de nos entreprises. Nous avons du mal à faire converger les offres d’emploi et l’employabilité sur le secteur du Muretain. Nous avons d’autres problématiques liées à l’environnement et à la mobilité avec de réelles pertes de compétitivité compte tenu du fait que notre territoire manque d’infrastructures. Enfin, nous avons une dernière problématique liée au manque de dynamique dans le développement des zones d’activité. Sur notre territoire, peu de nouvelles zones d’activité s’ouvrent pour accueillir de nouveaux acteurs.

Comment résolvez-vous ce problème d’adéquation entre les besoins des entreprises et l’employabilité des demandeurs d’emploi sur le bassin ?

Nous travaillons avec les différents acteurs sur le terrain, qu’il s’agisse de Pôle emploi, des organismes de formation, les lycées, les collèges pour faire découvrir nos métiers. Nous essayons également de promouvoir des filières de formation technique de proximité pour former aux métiers dont nous avons besoin. Nous travaillons ainsi avec le CFA de Muret, les filières professionnelles et Pôle emploi pour essayer d’adapter cette offre de formation. Nous avons aussi des préoccupations liées à la digitalisation et au développement du numérique. L’idée est de créer des groupes de travail pour que, dans ce cadre, nous puissions exposer nos besoins en termes d’emploi à trois ou cinq ans et les métiers dont nous aurons besoin demain, ce pour faire résonance avec les organismes de formation.

Notre credo est d’employer localement plutôt que d’aller chercher nos ressources à l’extérieur du territoire. C’est aujourd’hui un vrai problème, parce que nous souffrons d’un défaut d’image. Nous sommes au bord d’une métropole, avec tous les atouts mais aussi tous les inconvénients que cela peut représenter, une métropole qui aspire, avec des secteurs d’excellence comme l’aéronautique tandis que d’autres secteurs manquent, de fait, d’attractivité. Pour pallier ce phénomène, nous organisons des visites d’entreprises, nous essayons de faire connaître les atouts de nos métiers en termes de reconnaissance ou de technicité. Nous avons en effet de belles pépites sur notre territoire, par exemple dans le domaine de la robotique. Elles sont en plein développement mais restent méconnues. Notre objectif va être de les faire connaître, pour créer une alternative plus locale.

N’y a-t-il pas aussi un manque de communication sur les atouts du territoire ?

On met effectivement plus souvent en avant le taux de chômage que les entreprises qui recrutent ou celles qui s’installent. Effectivement, on a besoin de communiquer différemment sur ce territoire.

Vous pointiez un manque d’infrastructures. Pouvez-vous détailler ?

Notre territoire est coupé en deux, avec une autoroute et une voie ferrée. C’est très compliqué pour nos salariés de faire le trajet domicile travail. Même si les choses évoluent, l’offre de transports en commun est insuffisante, de même que l’offre de covoiturage. Il n’y a pas de piste cyclable… Sans voiture, se déplacer ici n’est pas possible. Nous finançons des permis mais ce n’est pas l’avenir. Il faut qu’on arrive à une mobilité beaucoup plus douce, plus orientée vers les transports en commun, pour plus de fluidité parce qu’aujourd’hui nous sommes l’interface entre un secteur périurbain, qui est le Comminges, et le sud de la métropole et notre territoire est véritablement engorgé. Ce qui est frustrant, c’est que dans des communes comme Muret ou Portet, nous avons, en termes d’employabilité, une sorte de plafond de verre, avec des personnes sans emploi qui pourraient être nos salariés mais qui ne le sont pas faute d’infrastructure de transport adaptée.

Vous avez élaboré un plan de déplacements interentreprises. Est-il toujours actif ?

Oui, nous l’avons mis en place il y a quelques années avec des partenaires comme la SNCF et Tisséo. Si certains de nos adhérents l’utilisent, nous devons mieux le faire connaître, sachant que l’offre évolue. Nous travaillons avec ces partenaires et l’agglomération sur différents sujets : des projets de transport en site propre, de nouveaux cadencements de train, des projets de pistes cyclables. Le souci, c’est que ces projets ne correspondent pas à notre timing. Notre besoin est immédiat ou à six mois, alors qu’un projet de nouvelle infrastructure demande plusieurs années. Nous avons un peu l’impression de nous essouffler et de ne pas parvenir à résoudre nos problématiques. On a pris beaucoup de retard sur ces sujets.

Vous évoquiez aussi le dynamisme des zones d’activité. Qu’en est-il ?

On accueille effectivement de nouveaux acteurs sur le territoire, parce que la région est dynamique et que nous avons encore du foncier disponible. Pour autant, nous avons un problème de visibilité et d’identification du secteur. Si nous nous comparons avec d’autres territoires, comme la zone de Colomiers ou le Sicoval, nous n’avons pas de marque, pas d’identité propre. Nous n’avons pas non plus de perspective ni de projection d’ouverture de nouvelles zones qui permettraient d’attirer à tel horizon telle typologie d’acteur.

On ne voit pas de schéma d’aménagement global qui nous permettrait de nous développer sur le long terme. C’est un vrai problème. Nous sommes effectivement intégrés dans les schémas directeurs mais, pour l’instant, les discussions sont très théoriques. De fait, nous sommes sur un territoire qui manque de structure, de cohérence et dont l’affichage n’est pas très sexy. Cela évolue, mais nous en souffrons encore : nous avons du mal à faire rayonner nos entreprises par rapport à l’image du territoire. Pour autant, au sein du club, on sent que la dynamique est là et que l’écoute des acteurs économiques comme des élus est bonne. Il faut concrétiser tout ça et l’animer dans la durée.

Agnès Bergon