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141e année

Log’in, fer de lance de l’innovation logistique

Logistique. L’avionneur Daher a inauguré Log’in, une plateforme d’accélération logistique, à Cornebarrieu. Au total, ce sont 21 M€ qui ont été injectés dans ce projet avec le concours de l’État et de la Région.

Log'in, fer de lance de l'innovation logistique
De gauche à droite : Patrick Daher, président du conseil d’administration de Daher, Étienne Guyot, Préfet de la Région Occitanie, Préfet de la Haute-Garonne, Carole Delga, Présidente de Région, Didier Kayat, directeur général de Daher. (Crédit : DR)

Mi-septembre, le 19 exactement, marque un tournant dans les 159 ans d’histoire de l’avionneur et équipementier aéronautique Daher, pourvoyeur de 3500 emplois en Occitanie – dont 1500 à Tarbes. Il a inauguré un centre d’innovation dédié à la logistique du futur, baptisé Log’in. Une première à l’échelle mondiale puisque cette structure réunit toutes les composantes de la filière logistique, dans un même lieu, autour d’une plateforme expérimentale, avec, entre autres, des entrepôts vitrine et école mais aussi un centre de formations et un incubateur de start-up. Cette innovation, dont l’investissement global atteint 21 M€, a notamment été soutenue par l’État – lequel a mobilisé 2 M€ dans le cadre du Plan France Relance –, ainsi que la Région qui a mis sa pierre à l’édifice en apportant une enveloppe de 7,5 M€ et qui voit, en ce projet, l’opportunité d’asseoir ses objectifs que sont « l’attractivité du territoire et l’innovation », selon les mots de sa présidente, Carole Delga.

SOUTENIR LA TRANSFORMATION

Ce « laboratoire », qui a pris ses quartiers à Cornebarrieu, à quelques encablures de l’usine Lagardère d’Airbus, est ainsi le fruit d’un rapport intitulé « Notre ambition pour la logistique », corédigé par Éric Hemar, président de l’Union TLF et Patrick Daher, président du conseil d’administration du groupe Daher, remis entre les mains du Premier ministre en septembre 2019. La crise sanitaire, apportant son lot de turbulences, n’a pas pour autant eu raison de cette initiative qui s’est concrétisée il y a un an.

« La pandémie a ralenti la réalisation du projet mais nous a également plus que jamais convaincus de la nécessité d’ambitionner concrètement la logistique du futur, confirme Didier Kayat, DG de Daher. Cette première année a été celle de la construction à savoir poser les bases, accueillir et déposer les premiers projets (dossiers déposés dans le cadre de l’Appel à projet avec la Région Occitanie), puis concevoir et construire Log’in, malgré les problèmes d’approvisionnement en matériaux rencontrés. Aujourd’hui, nous sommes prêts à nous consacrer, grâce à la mise à disposition de l’écosystème de la plateforme expérimentale, au lancement des programmes d’accompagnement à destination des start-up, PME et ETI, et plus globalement des industriels et logisticiens, de toute taille, qui souhaitent engager leur transformation. »


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Une aubaine pour les fournisseurs de technologie, qui peuvent profiter d’un protocole de sélection réduit à une seule condition : « celle d’apporter une solution à l’une des problématiques de la filière (performance, inclusivité, écoresponsabilité). Nous étudierons aussi le projet, son intérêt et sa viabilité, avec le cluster TENLog. Enfin, nous l’accompagnerons selon ses besoins regroupant la connaissance métier, le marché, l’identification de partenaires, l’utilisation de la plateforme d’expérimentation, etc. », détaille de son côté Damien Roybon, responsable du programme Log’in.

Parmi la douzaine de projets d’innovation collaborative en phase d’accompagnement, figurent, dès à présent, des camions logistiques autonomes ; des bras robot de picking automatisé ; la gestion des flux de palette par intelligence artificielle ; l’optimisation des moyens roulants par modélisation et simulation des flux ; la détection de présence de colis ; le jumeau numérique logistique ou encore l’optimisation énergétique du bâtiment via l’intelligence artificielle. Une liste qui ne demande qu’à s’agrandir au fil des saisons pour répondre progressivement aux enjeux de la filière, en pleine mutation. Quid de l’avenir qui se dessine pour cette dernière ? « Le métier s’oriente d’avantage vers des apports technologiques tels que des aides à la manutention, la robotisation, la géolocalisation, la traçabilité et des apports digitaux, à savoir le zéro papier, la certification des flux par la blockchain, etc. », énumère Didier Kayat. Autant de défis majeurs pour la filière auxquels entend répondre le nouveau laboratoire.

LA FORMATION, UNE PRIORITÉ

Parmi les problématiques auxquelles fait face la filière, comme tient à le rappeler le directeur général, avec notamment « la hausse des volumes qui s’opère dans un moment de pénurie de main-d’oeuvre et des perturbations liées aux crises successives qui redéfinissent la chaîne logistique mondiale », un autre point noir subsiste : le manque d’attractivité. La filière peine, en effet, à recruter de nouveaux talents, malgré des évolutions technologiques qui ont profondément modifié les conditions de travail. La formation est, de fait, une autre priorité du projet.

« La mission de Log’in est de travailler, à la fois, sur la formation continue et des formations courtes sur deux jours, la valorisation des carrières en s’appuyant sur des ressources internes et un réseau de partenaires, mais également sur la perception des métiers par le grand public. Les opportunités professionnelles offertes par la logistique sont encore méconnues et l’un des enjeux est d’attirer les futurs talents en allant directement les rencontrer dans les écoles ou les universités », explique le directeur général.

« La décarbonation de la filière est engagée et s’accélère avec les carburants alternatifs, la mobilité bas carbone, l’emballage réutilisable, les bâtiments à énergie positive. »

Pour cette mise en route, le centre d’innovation prévoit une demi-douzaine de formations longues sur le métier d’agent logistique ainsi qu’une dizaine de formations autour de la valorisation des carrières par le management et la sécurité. L’adoption des nouvelles technologies, telles que la blockchain ou l’IA, sera également au coeur de la formation. Log’in s’inscrit dans une politique d’innovation volontariste qui vise ainsi à renforcer Daher sur chacun de ses métiers, – à court, moyen et long termes – et sur des marchés, au premier rang desquels figure la décarbonation.

« La décarbonation de la filière est engagée et s’accélère avec les carburants alternatifs, la mobilité bas carbone, l’emballage réutilisable, les bâtiments à énergie positive. C’est pourquoi nous avons lancé trois centres d’innovation, Shap’in, Fly’in et Log’in, pour imaginer et concevoir les aérostructures plus légères et performantes de demain, des avions qui consomment moins et les solutions logistiques les plus adaptées aux enjeux du bas carbone. Nous entendons ainsi contribuer à la création de l’aéronautique et plus globalement de l’industrie plus durable et écoresponsable », conclut Didier Kayat. La rentrée s’annonce donc sous de bons auspices pour le groupe Daher, qui, au-delà de cette diversification, entend renforcer ses activités logistiques ainsi que sa position en tant que fournisseur de niveau 1 pour les avionneurs en Amérique du Nord. Le groupe familial, qui a limité la casse pendant la crise, après avoir supprimé plusieurs centaines de postes, table sur un CA de 1,5 Md€ en 2023 et prévoit de recruter 400 collaborateurs cette année.

Jennifer Legeron