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141e année

Origine, des opticiens engagés pour la planète

Commerce. L’initiative de ces trois entrepreneurs pourrait bien révolutionner le monde de l’optique. Caroline Gélinier, Bastien Picot et Julien Grandchamp ont ouvert à Toulouse une boutique de lunettes écoresponsables, du Made in France et Occitanie. Ils ont décidé de jouer à fond la carte de la sobriété et comptent bien dupliquer leur modèle.

Le trio d'opticiens d'Origine
Le trio d’opticiens d’Origine. De gauche à droite : Julien Grandchamp, Caroline Gélinier et Bastien Picot (Crédit : DR)

Des comptoirs de vente aux lunettes, tout ou presque est recyclé dans cette nouvelle boutique ouverte en juillet dernier à deux pas de la gare Matabiau à Toulouse. Bastien Picot et Julien Grandchamp étaient déjà aux commandes d’un magasin d’optique dans le quartier des Carmes depuis 2012. « On se posait souvent la question de l’écoresponsabilité dans notre métier d’opticien. On a conscience qu’il faut prendre à bras le corps l’enjeu écologique. Certes, on le fait déjà par nos actes d’achat au quotidien, on a voulu y ajouter un engagement professionnel », explique Julien Grandchamp. Tous deux ont alors commencé à proposer quelques montures en bois, en plastique recyclé. Cette nouvelle offre a immédiatement trouvé un écho auprès des habitués. Véritable bonus, ils ont attiré de nouveaux clients en recherche de produits plus respectueux de la planète.

COMMENT ILS SONT DEVENUS PLUS VERTS

Surfant sur ce concept, ils ont donc décidé d’ouvrir une seconde boutique 100 % écoresponsable, rue Bayard à Toulouse. Caroline Gélinier, opticienne, séduite par cette idée neuve, les a rejoint : « on a voulu être le plus vertueux possible. On se fournit en énergie locale et renouvelable, c’est un choix évident. Nos plans de travail proviennent de bouchons de plastique recyclé et de gaines issues de l’industrie automobile », ajoute-t-il. Vendre des lunettes recyclées ou Made in France représente un sérieux avantage pour une petite entreprise : « on se prémunit des difficultés d’approvisionnement de matières premières qui viennent de l’autre bout de la planète. » Tous trois se sont formés au recyclage des montures. « On les polit, on les répare pour les donner ensuite à des associations telles qu’Averroès à Toulouse. » Ils sont également en train de mettre en place un système de récupération avec l’entreprise Lunettes de Zac à Lille, laquelle est spécialisée dans les lunettes reconditionnées.


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Soucieux de leur consommation d’eau, le trio a choisi d’investir dans une machine fabriquée par l’entreprise française EIM. Cette dernière permet d’économiser 300 litres d’eau par jour en la recyclant : « Il faut savoir que les opticiens qui taillent les verres utilisent 30 litres d’eau par montage », souligne Julien Grandchamp. Les trois entrepreneurs ont passé un accord avec un de leurs fournisseurs de verre. Novacel leur garantit des verres 100 % Made in France. Une piste de travail qui pourrait intéresser les fabricants de verres. Côté prix, pas question de se positionner sur un marché de luxe. Un de leurs fabricants français propose des montures à 100 € fabriquées à base de plastique pêché dans nos rivières. « Ce qu’on vend le mieux, ce sont des lunettes conçues à Toulouse par l’entreprise La Brique et la Violette. On se rend d’ailleurs chez notre fournisseur en vélo cargo pour avoir le produit le moins carboné possible. »

Une histoire et de jolies images à poster sur le réseau social Instagram. Les trois créateurs l’ont bien compris, c’est d’ailleurs la cousine de Julien Grandchamp qui est devenue la community manager de l’équipe. Sur les premiers mois d’exercice de l’activité, Origine est déjà rentable. « Avec 200 K€ d’investissements pour cette boutique, on doit atteindre 10 K€ de chiffre d’affaires par mois pour pouvoir s’en sortir », détaille le cofondateur. Le trio compte bien s’associer avec d’autres opticiens, sous le statut de licence de marque. « C’est moins invasif qu’une franchise, conclut Julien Grandchamp. Ce projet doit donner envie à d’autres de se lancer. Le côté 100 % écoresponsable nous a donné des ailes et ouvert d’autres horizons ».

Dorisse Pradal