Réindustrialisation : la France ralentit, mais l’Occitanie résiste
Industrie. En 2025, l’Occitanie a confirmé sa solidité industrielle avec +10 ouvertures nettes d’usines, se plaçant parmi les régions les plus dynamiques, loin devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (+6) ou l’Île-de-France (-4). Une dynamique confortée par la sélection de Cykero, Mecano ID et Water Horizon - trois entreprises régionales - au dispositif « Première Usine ».
Dans un entretien accordé en mai 2023 à Challenges, le président de la République réaffirmait l’urgence de réindustrialiser la France, allant jusqu’à qualifier cette ambition de « mère de toutes les batailles ». Objectif affiché ? Porter la part de l’industrie de 10 % à 15 % du PIB à l’horizon 2030.
Mais dans un environnement à la fois national et international incertain, cette reconquête industrielle montre aujourd’hui des signes de ralentissement sans pour autant s’interrompre. D’après le dernier baromètre industriel de l’État, publié le 31 mars dernier, la France a enregistré en 2025 un solde positif de 19 ouvertures nettes d’usines, contre 88 un an plus tôt. La dynamique reste donc positive, mais marque clairement le pas. Une tendance qui n’épargne pas les territoires, même les plus dynamiques.
2e région la plus dynamique
Et pourtant, l’Occitanie continue de tirer son épingle du jeu. Avec 10 ouvertures nettes d’usines en 2025, la région se positionne dans le peloton de tête des territoires industriels français. Elle fait mieux que l’Auvergne-Rhône-Alpes (+6), le Grand Est (+2), la Bretagne (+2) ou encore le Centre-Val de Loire (0), et se maintient largement au-dessus des régions en recul comme les Hauts-de-France (-5), les Pays de la Loire (-5), l’Île-de-France (-4), la Normandie (-2) ou la Bourgogne-Franche-Comté (-3). Seule la Nouvelle-Aquitaine dame le pion à l’Occitanie, avec un solde de +19 ouvertures nettes.
Dans le détail, 26 sites ont vu le jour ou se sont étendus, contre 16 fermetures ou réductions d’activité. Un équilibre fragile, notamment dans des secteurs exposés comme l’agroalimentaire ou les biens de consommation, mais qui témoigne « d’un socle industriel encore robuste ».
Parmi les projets industriels emblématiques, celui de Framacold à Castelnaudary, dans l’Aude. L’entreprise y a déployé la première unité française dédiée à la séparation et à la régénération avancée de fluides frigorigènes complexes, un maillon clé pour la transition environnementale des systèmes de froid. Dans le Gers, à Pujaudran, Air Support a accéléré avec l’inauguration d’un bâtiment à énergie positive qui permet de doubler sa capacité de production, en phase avec la forte croissance de ses activités de maintenance et de réparation de moteurs aéronautiques.
À Baillargues, dans l’Hérault, Microphyt a changé d’échelle avec l’ouverture d’une bioraffinerie industrielle de microalgues pour produire à grande échelle des ingrédients à haute valeur ajoutée. Plus à l’ouest, à Campsas dans le Tarn-et-Garonne, Liebherr-Aerospace Toulouse a renforcé son outil industriel autour de la production d’échangeurs de chaleur, des composants clés pour les systèmes de conditionnement d’air dans l’aéronautique. Enfin, à Labruguière, dans le Tarn, Sun-Belt participe à la relance d’un savoir-faire historique avec l’ouverture d’un atelier dédié à la fabrication d’articles de maroquinerie.
« Première Usine » : trois nouveaux lauréats en Occitanie
Et bonne nouvelle, les perspectives pour 2026 sont prometteuses. Le même jour, l’État a en effet présenté deux nouvelles promotions du dispositif « Première Usine », pilier du plan France 2030 [1], visant à transformer les innovations en capacités industrielles concrètes. Treize projets, couvrant des secteurs prioritaires comme les batteries, le spatial ou encore l’agriculture, ont été sélectionnés au niveau national et bénéficieront de plus de 80 M€ de soutien public. À noter que depuis son lancement, l’appel à projets « Première Usine » a permis de financer plus d’une centaine de projets à hauteur de 500 M€.
Et là encore, l’Occitanie se distingue. Trois entreprises régionales figurent parmi les lauréats. À Montpellier, le spécialiste du reconditionnement d’appareils électroniques avec batterie Cykero se prépare à lancer son futur Technocentre 5.0. Sur plus de 3 800 m², cette usine du futur combine robotique légère, intelligence artificielle, automatisation intelligente et écoconception avancée pour prolonger la durée de vie des appareils électroniques tout en divisant leur empreinte carbone par quatre.
Le site intégrera un showroom « reconditionné en France », des lignes de production intelligentes, et une gestion énergétique optimisée (panneaux solaires, toit végétalisé, récupération d’énergie). L’objectif : traiter de gros volumes pour répondre aux besoins des grands comptes, avec un haut niveau de qualité (taux de retour SAV < 2 %) et renforcer la compétitivité de Cykero sur le marché en pleine expansion du reconditionné premium. À l’horizon 2030, le Technocentre vise 160 emplois directs, une capacité de 40 000 appareils reconditionnés par mois, et un chiffre d’affaires supérieur à 100 M€. L’ouverture partielle est prévue en décembre 2026, et complète en mars 2027, un signal fort pour l’économie circulaire.
À Toulouse, Mecano ID change aussi de dimension. Déjà bien implantée dans le spatial, l’entreprise vise désormais le marché des lanceurs avec son projet Cocomo. En ligne de mire : la fabrication de coiffes de fusées pour les nouveaux acteurs européens du New Space. Une nouvelle usine de 10 000 m² est dans les cartons, avec un démarrage prévu à l’horizon 2027. De quoi doubler la taille de l’entreprise et renforcer la souveraineté industrielle sur un segment stratégique.
Autre pépite toulousaine, Water Horizon mise sur une technologie encore peu connue mais prometteuse : les batteries thermiques. Son ambition ? Valoriser la chaleur perdue des industriels pour la transformer en énergie utile, sans recourir à l’électricité classique. Un positionnement à la croisée de l’industrie et de la transition énergétique, avec un projet d’usine pour passer à l’échelle.
[1] Plan France 2030 : lancé en 2021, ce programme d’investissements, doté de 54 Mds€ sur cinq ans, entend favoriser l’innovation, l’industrialisation, la recherche et la formation, en vue de renforcer la souveraineté industrielle et technologique de la France dans des domaines jugés stratégiques pour le futur, l’idée étant de faire émerger, dans ces secteurs de pointe, les leaders de demain.