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141e année

Relèvement du taux d’usure : une bonne chose, mais pour combien de temps

Finances. La Banque de France a relevé au 1er octobre le taux d’usure pour les prêts immobiliers. Pour quels effets ? Les explications de Julien Circelli, responsable d’agence au sein de LFC Courtage à Montauban.

Relèvement du taux d'usure : une bonne chose, mais pour combien de temps
Julien Circelli, responsable d’agence au sein de LFC Courtage à Montauban. (Crédit : DR)

La Banque de France vient de publier de nouveaux taux d’usure. Qu’en pensez-vous ?

Il s’agit d’une augmentation mécanique, calculée sur la base de la moyenne des trois mois passés à laquelle s’ajoute une marge pour prendre en compte les taux d’assurances et les frais éventuels. Nous nous attendions à une augmentation de 0,20 ou 0,25. De fait, il a augmenté de 0,40. C’est une bonne nouvelle pour notre activité de courtier, parce que les dossiers en cours, qui étaient jusque-là bloqués par ce taux d’usure, vont pouvoir aboutir. Il faut rappeler que le taux d’usure est le taux maximum auquel les banques peuvent prêter.

On parle alors de taux annuel effectif global (TAEG) qui comprend le taux d’intérêt de base – celui qu’on négocie à la banque –, le taux de l’assurance emprunteur, les frais de dossier de la banque, les frais de garantie ou de caution et éventuellement les frais de courtage. C’est ce TAEG qui ne doit pas dépasser le taux d’usure. Or, nous connaissons une évolution des taux très agressive : ils augmentent très vite. Certains dossiers se retrouvaient bloqués, notamment ceux de personnes de plus de 45 ou 50 ans puisque le taux d’assurance emprunteur est plus cher pour ces personnes, et ce malgré qu’il s’agisse de très bons dossiers.

Il y a donc un emballement des taux ?

Le taux d’usure augmente tous les trimestres alors que les taux bancaires, eux, augmentent tous les mois, voire, désormais, tous les 15 jours. La Banque centrale européenne donne des taux référence auxquels elle prête elle-même aux banques et aux États. Alors qu’il a peu, ces taux étaient négatifs, sous l’effet de l’inflation, ils sont en train de remonter.


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La difficulté, c’est que les banques ont suivi cette évolution mais n’ont pas augmenté leur taux aussi vite qu’elles l’auraient dû, en raison du taux d’usure justement et pour pouvoir continuer à proposer des prêts. Elles ont donc rogné sur leurs marges. Ce qu’on ignore, c’est si les banques ne vont pas en profiter pour augmenter plus fortement leur taux, auquel cas on se retrouverait dans la même situation qu’il y a un mois. Je crains que cela soit le cas, que cette hausse du taux d’usure ne provoque qu’une éclaircie de courte durée.

Quels taux pratiquent les banques actuellement ?

Certaines viennent de nous annoncer une augmentation de 0,30 par exemple et proposent 2,80%.

Cette volatilité ne rend-elle pas le métier de courtier en crédit beaucoup plus compliqué ?

Effectivement, c’est le point négatif. D’un autre côté, entendant un peu partout que c’est de plus en plus compliqué d’emprunter, les gens prennent d’autant plus l’habitude de passer par nous. À l’époque où j’étais moi-même banquier, les personnes venaient me voir lorsqu’elles avaient signé un compromis, au dernier moment. Aujourd’hui, elles viennent voir un courtier avant même d’avoir lancé la recherche d’un bien immobilier, donc très en amont. Elles veulent savoir combien elles peuvent emprunter et si leur dossier peut passer par rapport au taux d’usure. Elles n’ont parfois même pas vu leur banque. Cela nous permet de bien préparer le dossier, et de savoir très tôt s’il peut passer ou risque d’être bloqué. On arrive ainsi souvent à trouver une solution, même si nous ne sommes pas des magiciens…

Pour en revenir au taux d’usure, comment voyez-vous l’avenir ?

Ma crainte est que nous nous retrouvions dans la même situation dans un mois. Nous ne serons plus bloqués par le taux d’usure lorsque les taux pratiqués par les banques redeviendront stables, puisqu’à ce moment-là, le taux d’usure se sera ajusté. Tant que nous resterons sur une évolution très rapide des taux, la situation restera compliquée. Or, on nous annonce des taux à 3% en fin d’année, alors que certaines banques sont encore à moins de 2 %. On a aujourd’hui d’énormes différences entre les établissements, de 0,5 à 0,7%, ce que nous n’avions plus depuis deux ou trois ans. Je pense que la situation sera encore très compliquée en 2023.

Agnès Bergon