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Réseau électrique : RTE muscle ses investissements en Occitanie d’ici 2040

Énergie. En Occitanie, le bilan électrique 2025 a été marqué par une consommation stable à 37,2 TWh face à une production en net recul, pénalisée par la chute du nucléaire et de l’hydraulique, malgré la dynamique du solaire. Dans ce contexte, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité prévoit plus de 10 Md€ d’investissements d’ici 2040 pour sécuriser et adapter le réseau électrique régional.

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En Occitanie, en 2025, le volume total d’électricité produite a baissé de 17 %, sous l’effet notamment de la baisse de la production nucléaire, liée aux arrêts annuels de maintenance programmée de la centrale nucléaire de Golfech. (©RTE)

Dans un contexte international de plus en plus instable, la question de la souveraineté énergétique revient au premier plan. La fermeture du détroit d’Ormuz au printemps 2026, passage stratégique pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié, a rappelé la dépendance des économies européennes aux tensions géopolitiques mondiales. Pour les particuliers, les conséquences se sont rapidement traduites par une hausse des prix à la pompe et des factures d’énergie. Du côté des entreprises, les tensions ont provoqué une flambée des coûts énergétiques mais aussi des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.

Un environnement contraint dans lequel l’électricité apparaît plus que jamais comme un levier majeur pour les territoires. L’électrification des usages est désormais considérée comme l’un des principaux outils pour réduire la dépendance aux énergies fossiles, décarboner l’économie et renforcer la souveraineté énergétique.

Et dans cette bataille, un acteur français joue un rôle central : RTE, le Réseau de transport d’électricité. Celui qui exploite les “autoroutes” de l’électricité française ( les lignes haute et très haute tension de 63 000 à 400 000 volts) se retrouve aujourd’hui au premier rang de la transformation énergétique du pays. C’est précisément le message porté à Toulouse, le 12 mai dernier, par Jérôme Rieu, délégué RTE dans le Sud-Ouest et Laurent Dubourg, directeur centre projets réseau terrestre dans le Sud-Ouest, lors de la présentation du bilan électrique 2025 et des grands chantiers à venir en Occitanie.

RTE, colonne vertébrale du système électrique français

Si le grand public connaît bien EDF, Engie ou TotalEnergies - qui figurent parmi la quarantaine de fournisseurs d’électricité présents en France aux côtés des Toulousains Enercoop et Ilek - RTE reste beaucoup plus discret. Pourtant, sans ce gestionnaire du réseau de transport d’électricité, impossible d’acheminer l’électricité produite par les centrales nucléaires, barrages, fermes solaires ou parcs éoliens jusqu’aux distributeurs et aux grands industriels.

Ses missions consistent aussi à maintenir en permanence l’équilibre entre production et consommation, sécuriser les échanges d’électricité avec les pays voisins et adapter le réseau à la montée en puissance des énergies renouvelables ainsi qu’aux nouveaux usages électriques. Une tâche colossale au regard des infrastructures exploitées : 106 440 km de lignes électriques en 2025, dont près de 98 000 km de lignes aériennes, 8 000 km de lignes souterraines et 590 km de lignes sous-marines. RTE, c’est également plus de 10 000 salariés, un chiffre d’affaires de 6,6 Md€ et 554 M€ de résultat net.

Et l’entreprise entre désormais dans une nouvelle dimension. Car derrière la transition énergétique se cache un immense défi industriel : transformer en profondeur le réseau électrique français pour absorber l’explosion attendue des besoins en électricité. C’est tout l’enjeu du « Schéma décennal de développement du réseau » (SDDR) 2025-2040 présenté par RTE.

Le plan prévoit près de 100 Md€ d’investissements d’ici 2040 à l’échelle nationale, un niveau inédit depuis sa création en 2000. Objectifs affichés : « Accompagner l’électrification massive des usages tout en renforçant la résilience du réseau face aux tensions géopolitiques et aux effets du changement climatique. »

Dans le détail, RTE prévoit 20 Md€ pour moderniser 21 000 km de lignes, 37 Md€ pour raccorder 22 GW d’éolien offshore, 10 Md€ pour renforcer les interconnexions européennes et 4 Md€ dédiés à la digitalisation et au pilotage du réseau grâce à la data et à l’intelligence artificielle. Une montée en puissance des réseaux électriques qui pourrait générer « entre 8 000 et 12 000 emplois supplémentaires par an d’ici 2030 dans l’ensemble de la filière », affirme le géant français.

Occitanie : une consommation stable, une production qui décroche

Dans cette stratégie nationale, l’Occitanie prend une place majeure. RTE prévoit en effet plus de 10 Md€ d’investissements régionaux d’ici 2040 autour des trois grandes priorités du SDDR : adapter le réseau au changement climatique, raccorder les nouvelles installations bas carbone et renforcer les infrastructures à très haute tension.

Une transformation qui intervient alors que le paysage énergétique régional évolue rapidement, comme le montre le bilan électrique 2025 présenté à Toulouse. L’Occitanie affiche ainsi une consommation électrique relativement stable à 37,2 TWh, soit une légère hausse de 1,1 % par rapport à 2024. Dans le même temps, la production régionale recule fortement à 32,7 TWh, en baisse de 17 %. En cause, les arrêts programmés pour maintenance de la centrale nucléaire de Golfech. La filière nucléaire a ainsi reculé de 32,4 %, à 11,3 TWh.

Même tendance pour l’hydraulique. Après une année 2024 exceptionnelle grâce à des précipitations abondantes, la production est revenue à des niveaux plus classiques : 11,2 TWh, soit une baisse de 13,1 %. En revanche, le solaire a continué sa percée spectaculaire. La production photovoltaïque atteint désormais 6 TWh, en hausse de 18,6 % sur un an. Le parc régional gagne encore 0,7 GW de capacité installée. L’éolien, lui, a marqué le pas avec 3,3 TWh produits (-9,7 %), pénalisé par des conditions météo moins favorables malgré un parc en légère progression.

Au final, l’Occitanie conserve un mix électrique quasi intégralement décarboné : environ un tiers de nucléaire et près de deux tiers d’énergies renouvelables. Le thermique fossile devient même marginal avec seulement 0,1 TWh produit en 2025.